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déc
04

Journalistes, nous avons besoin de vous !

Journalistes, nous avons besoin de vous -© Olivier Cimelière

Journalistes, nous avons besoin de vous -© Olivier Cimelière

Olivier Cimelière, ancien journaliste et communiquant a écrit là un ouvrage remarquable*. Ce livre dresse un panorama honnête et très documenté des travers de la presse française. Mais, loin d’être une charge facile, c’est surtout une exhortation à changer qu’il adresse aux journalistes.

Le livre débute sur le rappel des faits historiques tout à fait essentiels à la compréhension de la presse française et de son image parfois dégradée. En quelques pages habilement résumées, il nous remémore la tutelle politique des débuts sous Richelieu avec la Gazette de Renaudot, puis le contrôle plus ou moins légiféré de la presse durant la révolution, sous le directoire, Napoléon et son neveu Napoléon III. Il évoque les compromissions économiques de la presse au 19e s, très bien dénoncées par Maupassant (Bel ami) ou Balzac (les illusions perdues).

Enfin il évoque la grande remise à plat après 45 par le général De Gaulle qui a instauré la représentation de toutes les tendances politiques, à l’exception des collaborationnistes bannis. Un grand homme qui n’a pas moins cherché à contrôler son propre organe de presse avec cette tentative de placer un homme à lui à la tête du grand quotidien national qu’il restaure : Le Monde, sur la dépouille du Temps, totalement discrédité. Démarche du général qui se brisera fort heureusement sur l’inflexible souci d’indépendance d’Hubert Beuve-Méry.

Il nous remet en mémoire les multiples tentatives de contrôle, d’intimidation voire d’espionnage de la presse : écoutes téléphoniques de Mitterrand, menaces de Charasse, intimidations de Sarkozy… Sans oublier, plus récemment, les pressions exercées sur certains journalistes comme Fabrice Turpin ou Elisabeth Fleury, coupables de n’avoir pas été assez « respectueux » du pouvoir politique.

LA PRESSE BROCARDÉE

Olivier revient sur les connivences, petits services aux politiques, copinages concomitants à l’ascension des Chazal, Carolis, Kelly, PPDA…

Il dénonce les pratiques journalistiques faciles : le « bon client », les experts omniscients, le « politiquement correct » confortable, le story-telling médiatique, l’émotionnel à tout crin (notamment les faits divers), la contamination de l’information par le divertissement… la course à l’information, le suivisme grégaire, la démagogie des micro-trottoirs…

Il fustige à coups d’exemples pas si lointains, l’auto-censure et le manque de courage de la profession, qui sacrifie quelquefois son idéal de vérité à son confort. Comme l’impossible publication de l’interview du père de Nicolas Sarkozy, refusée par toutes les télés.

SALUT NUMÉRIQUE MAIS PAS SANS LES JOURNALISTES

Le numérique a obligé le journaliste à descendre de son piédestal. A parler à son public et lui donner, la parole également. Ceci via l’apparition des commentaires, des blogs et aujourd’hui des réseaux sociaux qui démocratisent la diffusion de la parole publique.

Olivier raconte cette révolution web 2.0 qui, a permis l’émergence de cette expression alternative. Et il dénonce les tendances au repli corporatiste d’une partie de la profession face à cette nouvelle donne. Tels Jean-Michel Aphatie ou Philippe Val contempteurs de cette production privée d’information qu’ils assimilent à un torrent de boue et de désinformation. Les deux hommes qui se revendiquent de gauche tombent dans une contradiction gênante : comment peut-on défendre le principe démocratique et prétendre réserver le droit d’expression aux seuls journalistes qualifiés ?

Mais si l’UGC (User Generated Content), contenu crée par les utilisateurs, a révélé de vrais talents et permis à des Maitre Eolas ou Versac d’exprimer leurs idées et leur expertise, il ne saurait se substituer à la production professionnelle d’informations. Comme le dit Edwy Plenel « la générosité et la curiosité sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes. Elles ne le sont que si sont mises en oeuvre toutes les procédures propres à l’exercice professionnel, rigueur, précision, recoupement, opinions contradictoires« .

De même que les projets d’automatisation journalistiques, tel le News at seven, ne sont pas crédibles pour donner du sens. Le  journal télé américain réalisé à partir de l’agrégation de flux et d’articles récupérés sur Internet se passe en effet de journaliste et même de présentateur remplacé par une animation virtuelle.

©northernstarandthewhiterabbit via Flick'r

©northernstarandthewhiterabbit via Flick'r


LES DÉRIVES D’UNE INFORMATION DE FLUX

Le monde numérique n’est pas non plus ce paradis journalistique, loin s’en faut, et il ne s’agit pas « d’opposer les Anciens aux modernes ». D’autant que la presse en ligne est elle même atteinte de plusieurs maux, relève l’auteur.

« La hiérarchisation de l’information n’a plus cours dans un cybermonde où prime la dernière livraison inédite » constate la journaliste Marie Bénilde. Le cyber-journaliste, agrégateur d’informations passe plus son temps à repackager l’information, qu’à la produire. Il s’agit d’aller vite, de rééditer au bon format, avec le bon titre et peu importe l’importance fondamentale du sujet. Seul compte le potentiel d’audience, dans cette guerre économique exacerbée que se livrent les titres web.

Cette course à l’audience, démagogie éditoriale conduisent à une uniformisation des contenus. Olivier cite une étude de mai 2009 menée par trois chercheurs, Franck Rébillard, Emmanuel Marty et Nikos Smyrnaios. Selon eux 80% des articles se concentrent sur 20% des sujets.

La multiplication des théories conspirationnistes (telle que celles de Thierry Meyssan), de la rumeur, de la désinformation des groupes d’intérêt s’accentue sur le web. Donner la parole à tous, c’est ausi faciliter son accès aux manipulateurs et lobbystes de tout bord. Mais plutôt que traiter ces informations avec mépris, les journalistes doivent les confronter, y répondre et se battre pour imposer une vision plus réaliste des choses.

DES JOURNALISTES PLUS NÉCESSAIRES QUE JAMAIS

Car Olivier est tout à fait convaincu que les professionnels de l’information sont indispensables à ce monde qui s’accélère et se complexifie. Surtout vis à vis de la jeune génération pas assez éduquée à l’information, qui manque d’esprit critique et de repères pour faire le tri dans ce déluge d’informations qui lui tombe dessus.

Et l’auteur cite Marcel Gauchet : « ce que démontre le tous journalistes est précisément , a contrario, qu’il y a un vrai métier de journaliste. Qu’il faut redéfinir profondément mais qui va sortir vainqueur de cette confusion car on aura de plus en plus besoin de professionnels pour s’y retrouver dans le dédale et nous épargner de chercher au milieu de 999 000 prises de parole à disposition. (…). Mais à l’arrivée le niveau d’exigence à l’égard de la presse sera plus élevé et non plus bas« .

Idée qu’il reprend avec ses mots : « la génération numérique doit avoir les moyens d’accéder à une information crédible pour se forger une compréhension du monde plus pertinente que le seul horizon mitraillette des flux Twitter ou des agrégateurs RSS. Il y a donc urgence à restaurer des médias solides pour donner du sens, de la profondeur et de l’espoir ».

En tant que co-fondateur de Quoi.info, l’information expliquée au plus grand nombre, je n’aurais pas pu dire mieux

Cyrille Frank
Cyceron sur Twitter

Journalistes, nous avons besoin de vous – Edicool Edition par Olivier Cimelière

Disclaimer : *Olivier et moi nous nous connaissons et nous apprécions mutuellement. Mes louanges sont principalement motivées par la qualité de cet ouvrage.

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nov
27

La socialisation contre l’information ?

La socialisation excessive, société de Bisounours ?

La socialisation excessive, société de Bisounours ?

La société hyper-socialisée vers laquelle on se dirige présente des risques sur l’information. Elle nous conduit à des contenus édulcorés, aseptisés, politiquement corrects. Et le responsable, c’est désormais nous-mêmes.

L’ABÊTISSEMENT DES FOULES PAR ELLES-MÊMES

Les médias de masse, la télévision en particulier, sont régulièrement dénoncés pour leur rôle d’anesthésiant social. Les fictions, les jeux, le divertissement en général seraient un instrument de contrôle politique, le nouvel opium des peuples, ou le cirque romain moderne.

De fait, certaines chaînes, comme Fox News pratiquent la désinformation à des fins politiques, tout comme certains patrons de journaux français

Mais voilà que grâce à Internet et aux réseaux, la vérité peut enfin échapper au contrôle centralisateur. Grâce à Wikileaks, aux blogs, aux forums… l’information transpire en dépit des efforts d’opacité ou de manipulation des puissants.

Sauf, qu’en réalité, ces derniers semblent avoir inventé, grâce aux médias sociaux, une nouvelle technique bien plus redoutable que la précédente : l’auto-lavage de cerveau. C’est désormais le public lui-même qui officie, la victime est son bourreau.

Grâce aux recommandations sociales – j’aime, retweets, partages – le public est son propre prescripteur et c’est beaucoup plus efficace que lorsque le message vient d’en haut.  Chose qu’ont bien montrée Elihu Katz et Paul Lazarsfeld dans les années 50, dans “the two step flow of communication” (supériorité des contacts interpersonnels par rapport aux médias).

Car ce qui est partagé par le public en majorité, ce n’est pas le dernier rapport parlementaire édifiant de la Cour des comptes. C’est le dernier buzz rigolo, la pub ENORME, le lolcat trop drôle, la gaffe monstrueuse du politique…

LA VANITÉ, MOTEUR DE CETTE SOCIALISATION POUSSÉE

Sur-représentation des buzz, polémiques, informations choquantes, amusantes, insolites. Ce qui s’échange bien sur les réseaux, est ce qui est différent, hors-norme et vecteur de plaisir pour le récepteur. Et qui rapporte des “points” de socialisation à son diffuseur.

Car il s’agit de plaire à son entourage. Nous sommes dans une recherche de séduction permanente,  pour gagner ce nouveau bien de consommation, la vanité, que les nantis veulent désormais s’offrir.

Un mécanisme ancien mais qui gagne en ampleur. “Il a toujours des bons liens Vincent’, remplace l’ancien “ah dédé il a toujours de bonnes blagues”. Mais c’est le même processus à l’oeuvre : gagner la sympathie de l’autre en lui procurant une satisfaction, et quoi de plus efficace que de le divertir ?

Les médias eux, gardent les mains propres. La démocratie agit de son propre chef : c’est elle-même qui partage, qui diffuse ce qu’elle aime. Et ce qu’elle apprécie en majorité, c’est le plaisir, l’émotion, le positif… Rarement du complexe, pourtant indissociable de l’accès à certains savoirs.

Les programmateurs télé racoleurs se replient toujours derrière le public qu’ils ne font que servir. “On leur donne ce qu’ils ont envie de voir”. Aujourd’hui,plus besoin d’argumenter : les programmes sont en self-service, le serveur ne peut être mis en cause.

LOL, société du plaisir, il faut divertir

LOL, société du plaisir, il faut divertir

LES RELATIONS SOCIALES ASEPTISÉES

La socialisation à tout crin a une autre conséquence : la neutralisation des discours, l’aseptisation des conversations. La langue de bois tant dénoncée atteint désormais tout le monde. Les réseaux nous ont transformé en politiciens.

Chaque individu ménage son électorat virtuel de followers, les conversations sur Facebook s’édulcorent, pour se limiter au plus petit dénominateur commun. Comment ne pas déplaire à 130 personnes si différentes, à qui l’on s’adresse désormais simultanément ? Ce que la sociologue Dannah Boyd appelle la convergence sociale. En n’abordant aucun sujet qui fâche, comme toute bonne maîtresse de maison qui bannît la politique ou la religion des conversations.

Du côté des médias, le rapprochement du journaliste avec ses lecteurs induit un autre risque, s’il est trop poussé : la démagogie, le “politiquement correct”. Quand on tisse des liens avec son public, on perd en indépendance. Le bon journaliste ne doit pas être dans l’empathie, mais dans la distance.

Il doit accepter de déplaire à son audience pour lui révéler des choses importantes. Pourra-t-il le faire aussi facilement demain au risque de perdre de son influence auprès de sa communauté ? Acceptera-t-il de dire du mal d’un personnage populaire, et de décevoir d’un coup tous les fans de ce dernier ? Surtout que l’impact sera visible, mesurable. X abonnés en moins au fil Twitter, et autant de “delike”.

La communication verticale, unilatérale conduit à l’autisme et à l’éloignement des médias de leur public. A l’inverse, trop d’empathie enferme dans une dépendance malsaine. Après la tutelle politique, les pressions économiques, la presse pourrait tomber sous la coupe d’un 3e et redoutable adversaire : son public.

Cyrille Frank
aka Cyceron sur Twitter

Crédit Photo  cbbbc et thierrimages via @Flickr

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nov
19

Ecriture web: la taille maximum est une hérésie !

écrirure webCrédit photo  @Flick’r

“Les formats doivent être courts sur Internet, sinon le lecteur fuit”. Voilà l’une des opinions les plus communément admises sur le web et il faut dire qu’elle se vérifie souvent. Cependant, c’est loin d’être une règle absolue.

L’écran d’ordinateur, mode de réception particulier de l’information a imposé des contraintes particulières de lecture. C’est qu’on lit mal sur ce support lumineux et vibrant, au texte souvent trop petit, à résolution faible…

Jakob Nielsen, spécialiste reconnu de l’ergonomie estimait en 1997 qu’on lisait en moyenne 25% moins bien sur un écran d’ordinateur que sur du papier.

Cette étude qui a presque 15 ans reste toujours valide pour ce qui concerne les écrans de PC dont la qualité reste faible, comparativement au papier (les meilleurs écrans du marché sont à 110 dpi quand la qualité papier elle, se situe à 300). Des études 2005 menées sur les écrans « Cleartype » de Microsoft montrent que le gain en vitesse de lecture n’est que de 5%. Il reste encore de la marge par rapport au papier…

Conséquence : il faut écrire de manière plus efficace pour espérer retenir l’attention du lecteur. Et lui permettre de scanner la page, pour en tirer un sens minimal, même quand il lit en diagonale : structure pyramidale de l’écriture (du plus important au plus accessoire), intertitres informatifs, mots et expressions clés du texte en gras, listings…

Jakob Nielsen recommande aussi d’écrire court (3000 signes maximum) et de couper les textes en plusieurs papiers, en usant des hyperliens, afin de faciliter leur digestion par le lecteur.

Autant de règles bien connues des rédacteurs web, que leur rabâchent une flopée de formateurs, dont je fais partie. Il y a toutefois des nuances à apporter à ces recommandations.

PLUS COURT, CE N’EST PAS FORCEMENT PLUS SIMPLE

La longueur excessive d’un texte est dissuasive pour une majorité d’entre nous. C’est que nous n’avons pas que ça à faire,  lire des textes sur Internet, quel que soit leur intérêt. Il y a une compétition autour de l’attention beaucoup plus importante aujourd’hui, du fait de l’offre médiatique croissante et de l’explosion de la société des loisirs.

Mais attention à ne pas essayer forcer le calibrage d’un texte aux forceps. 3000 signes qui correspondent grosso-modo à une page Word, n’est pas une taille absolue à respecter. Vouloir dire des choses complexes en peu de mots, cela ne facilite pas la lecture car cela rend plus difficile la compréhension du sens.

La synthèse excessive, bien connue des philosophes et qui leur permet de condenser des idées complexes, pour faciliter notamment leur diffusion. Ainsi, Kant, orfèvre en la matière nous montre combien la synthèse excessive nuit à la lecture. La 3e définition qu’il donne du beau dans critique de la faculté de juger est édifiante :

« la beauté est la forme de la finalité d’un objet en tant qu’elle est perçue en celui-ci sans la représentation d’une fin. »

Il faut pas moins de 2200 caractères pour expliquer cette phrase, et encore s’agit-il d’un remarquable effort de simplification.

L’usage de tous les termes et concepts compliqués permet de gagner en synthèse, de diminuer le nombre de mots employés. Mais la lecture est-elle plus facile pour le lecteur ? Non, bien au contraire !

Ex :

“La morale politique est aujourd’hui aux antipodes de l’évergétisme romain”

reste beaucoup plus difficile d’accès que ce paragraphe entier :

“La morale politique a bien changé depuis l’antiquité. Autrefois les consuls et magistrats romains, avaient obligation de se montrer généreux pour le bien public. Financement d’édifices, banquets, spectacles gratuits… Ils devaient dépenser pour la communauté, en contrepartie du pouvoir politique qui leur était confié. Aujourd’hui, c’est le contraire : ce sont les politiques qui pillent les biens publics”

La longueur d’un texte n’est donc pas le seul critère, ni le critère le plus important pour faciliter la lecture et la compréhension d’un texte.  Les deux aspects étant liés, car il est naturellement très difficile de lire un texte qu’on ne comprend pas. D’où la nécessité d’employer les termes les plus simples, compris du plus grand nombre.

ecriture web 2Crédit photo lman @Flick’r


SIMPLIFIER LE TEXTE SANS APPAUVRIR LE SENS

J’entends déjà les critiques de ce précept : mais à n’utiliser que des termes “basiques”, on appauvrit la langue, on baisse le niveau, on n’élève pas le public !

Eternel débat qui traverse l’école depuis longtemps : doit-on s’adapter aux écoliers ou ceux-ci doivent-ils s’adapter à l’école ? Le “profil d’une oeuvre”, synthèse expliquée d’une oeuvre littéraire, est-il une renonciation pédagogique ? Je ne le crois pas.

Soyons pragmatique et cessons, pour une fois, d’entrer dans de grandes théories, typiquement françaises (mais ce qui fait aussi notre charme). Si nous voulons être lus du plus grand nombre, il faut modifier nos habitudes d’écriture. De même que si nous voulons être compris des élèves en difficulté, il faut adapter notre pédagogie.

Les mots doivent être des véhicules de la pensée, pas des instruments de valorisation personnelle, de distinction et partant, de ségrégation sociale.

UN ARBITRAGE ENTRE SYNTHESE ET CLARTE

Il faut faire le plus court possible, c’est évident. Car le temps que l’on fait gagner au lecteur est un service en soi. Mais il faut parallèment, lui apporter une richesse, un contenu qui va le marquer et lui procurer une satisfaction.

Et pour se faire, il faut parfois prendre le temps nécessaire, sans tomber dans le délayage, ni la répétition (le rédacteur ne peut employer cette arme de la pédagogie, s’il veut retenir son lecteur qui n’est pas captif comme l’élève).

Il y a donc une alchimie compliquée entre l’explication qui prend de la place en nombre de mots et la nécessité d’aller au plus court.

Là entre en jeu la hiérarchisation des informations : quels sont les détails que l’on va sacrifier au profit de la lisibilité et l’accessibilité du plus grand nombre ? Quelles sont les informations les plus importantes qu’il faut lui transmettre, s’il ne devait en retenir que quelques-unes ?

Nous sommes dans une guerre de l’information, où il faut donner rapidement à ses troupes de lecteurs les 3 ou 4  infos les plus importantes avant le grand saut en parachute. Et derrière ce choix des mots et des informations, se trouve bien sûr une mission pédagogique et politique : fournir à nos lecteurs les meilleures armes intellectuelles pour se défendre dans notre société.

Une mission compliquée, un équilibre difficile qui requiert un peu schizophrénie et appelle à sortir de ce que l’on est soi-même. Oui, je connais le mot “schizophrénie”, mais mon lecteur, le connaît-il ?

Et pour répondre à cette question, naturellement se trouve la question de la cible : qui est celui à qui je souhaite m’adresser ? Quel est son niveau de langage, sa disponibilité, ses attentes ?

Autant de questions qui nous ont travaillé chez quoi.info et pour lesquelles nous espérons avoir trouvé des réponses pour le plus grand nombre. Le public nous dira prochainement si nous avons visé juste (lancement du site imminent). Il sera encore temps de changer la position du curseur…

Cyrille Frank
aka Cyceron sur Twitter

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nov
13

TV connectée : et si Big Brother, c’était nous ?

TV connectée, la tentation totalitaire ?

TV connectée la tentation totalitaire ?

Notre téléviseur à écran ultra-plat avec  rétro-éclairage et autre technologie 3D est déjà un dinosaure. Le nec plus ultra, c’est désormais les télévisions connectées qui commencent déjà à se diffuser. Avec cette technologie, il ne sera plus possible d’échapper aux fonctions sociales de type Facebook. Pour le meilleur et le pire.

La télévision connectée, c’est le mariage du téléviseur et de l’Internet. Un seul matériel pour regarder ses programmes et interagir avec eux. Pour quoi faire ?

  • Consommer : vous regardez un programme et commandez les produits qui apparaissent dans les décors, et pourquoi pas le collier de la présentatrice ?
  • Se socialiser : vous suivez la finale de la Nouvelle star, tout en commentant en temps réel les prestations vocales des candidats, avec votre communauté. Ceci via un panneau de discussion qui s’ouvre à côté de la fenêtre principale retransmettant le programme. Et vous pouvez gérer comme vous voulez le degré d’ouverture : réservé à vos amis, ouvert aux internautes…
  • S’informer : la télé connectée, c’est aussi la promesse de l’information contextuelle enrichie. Pendant le JT de 20h, des zones interactives défilent parallèlement aux sujets abordés par le présentateur. Au fait c’est où l’Afghanistan ? La charia, c’est quoi exactement. Et hop, on vous fournit des infos multimédia qui améliorent votre connaissance du monde.
  • Se divertir : vous pouvez participer à des jeux télévisés interactifs et vous inviter sur le plateau, à côté des candidats présents physiquement. Désormais, le jeu peut être planétaire et simultané, les candidats « réels » n’étant là que pour ajouter au spectacle et incarner un peu tout ça. Et aussi servir d’appât aux joueurs virtuels : un jour, ce sera eux les stars, peut-être.

UNE RÉVOLUTION, VRAIMENT ?

Tout cela ne semble pas si nouveau. Depuis des années existe déjà Facebook Connect qui permet à CNN de connecter les fans de sa page sur un évènement télévisé retransmis en direct. Ainsi lors de la cérémonie d’intronisation d’Obama, les lecteurs du site web de CNN, en se connectant à Facebook, pouvaient voir et commenter en direct l’évènement. Leurs commentaires étaient alors repris dans le fil de discussion visible de tous. L’application Coveritlive permet de la même façon de commenter collectivement un évènement en direct, match de foot, concert…

Le téléshopping existe depuis les années 50, les émissions interactives datent des années 70 en radio (« stop ou encore » de RTL), sans parler des numéros SMS surtaxés qui font le bonheur des producteurs d’émissions comme Endemol. Quant à la culture « enrichie », on a eu les CD-Roms dont on a vu dans les années 2000, combien ils intéressaient peu de gens. Trop peu, compte tenu de leurs coûts de production, pour faire vivre le secteur (paix à ton âme Montparnasse Multimedia).

CE QUI CHANGE C’EST L’ÉCHELLE, ET CA CHANGE TOUT

La télévision, c’est le média qui touche le plus de monde avec la radio, comme en atteste le taux d’équipement de + de 98%. C’est aussi le vecteur d’information numéro un des gens (en particulier le JT de 20h), loin devant la presse et Internet (aujourd’hui 30% de nos compatriotes ne sont pas connectés à Internet).

Aujourd’hui, on peut décider de ne pas aller sur Facebook ou de ne pas acheter la dernière console de jeu. Mais quand tout cela sera accessible via l’objet familial trônant au milieu du salon, croyez-vous que nous résisterons longtemps ? La pression sociale est déjà forte pour nous pousser vers ces merveilleux réseaux tellement fun et intelligents que sont Facebook ou Twitter. Ce sera pire encore avec la télévision connectée, offrant la connexion aux autres par une simple télécommande.

Les citoyens pourront d’autant moins refuser, que les chaînes de télévision feront tout pour promouvoir ces nouvelles fonctions. Pour faire du commerce e-télévisé, pour gagner des parts de marché  en captant l’attention des téléspectateurs via l’interactivité, en vendant de nouveaux services payants éducatifs, ludiques etc. L’eldorado promis par cette nouvelle technologie est surtout celui des marchands.

ORWELL AVAIT TOUT FAUX

Big Brother, c’est désormais nous tous. Avec ce village global prophétisé par Mc Luhan, nous sommes les scrutateurs permanents de nos voisins. Tels les personnages malsains des films de Chabrol qui espionnent derrière leurs rideaux, nous regardons en douce les pages Facebook de nos amis. Nous savons via leurs statuts ce qu’ils mangent, ce qu’ils font au moment où ils le font. Nous sommes informés via les applications de géolocalisation de type Foursquare de leurs déplacements. Et nous en abusons parfois dans une frénésie maladive

Le 21e siècle sera social ou ne sera pas. Celui qui ne jouera pas le jeu sera mis sur la touche, comme dans l’excellent « Paradis pour tous » d’Alain Jessua.  Le pauvre Philippe Léotard finit par se suicider, refusant de partager la normalité béate des moutonneux consommateurs et rejeté pour cela.

Déjà on sent poindre la méfiance vis à vis de ceux qui n’entrent pas dans la norme. Ne pas se socialiser, c’est suspect. Un jour prochain viendra-t-il où le principal délit sera le refus de socialisation ?

Les lois sont faites pour protéger l’intérêt supérieur du plus grand nombre. On ne punit pas toujours en fonction de critères moraux, mais sur des critères de dangerosité pour le système. C’est pourquoi, les faux-monnayeurs encourent-ils 15 ans de prison, pas moins que les agresseurs faisant usage de torture et de barbarie.

Cet intérêt supérieur de la société expliquerait aussi pourquoi l’inceste a été prohibé ou le suicide banni par les religions. Dans un cas, il s’agissait de pacifier les groupes sociaux, dans l’autre d’empêcher une main d’oeuvre corvéable de s’auto-détruire. On ne casse pas l’outil de travail !

Refuser de se socialiser en réseau sera-t-il considéré un jour comme un danger pour la stabilité du sytème ? Un exemple néfaste et économiquement risqué s’il faisait tâche d’huile ?

D’UN EXTRÊME A L’AUTRE

Dans les années 80 les films comme « Buffet froid«  ou « Les chiens » montraient les dérives d’une société urbaine solitaire où la promiscuité éloignait les gens, les uns des autres, paradoxalement.

Aujourd’hui nous avons compensé ces travers par des outils de socialisation qui nous permettent d’échanger, de nous rencontrer en ligne, pour lutter contre la solitude de nos vies tertiaires et uniformes. Mais ces outils commencent à être envahissants. Quand je me connecte à Amazon, je sais maintenant ce que mes amis ont acheté avant moi. Si je joue sur Facebook, on me dit comment je me situe par rapport à ma communauté… Serons-nous condamnés à être sans cesse reliés à nos amis ?

Et comme Sartre, en conclure que l’enfer, c’est les autres ? Ou plutôt l’image négative qu’ils nous renvoient de nous-mêmes ? Car la socialisation, c’est le miroir permanent. On n’existe que dans le regard des autres, c’est pourquoi, il ne faut guère s’étonner que notre société évolue vers un nombrilisme outrancier. Pourquoi raconte-t-on ses derniers achats de vêtement à ses amis ? Pour nous valoriser auprès d’eux. Pourquoi communiquons-nous sur Facebook notre score à « Angry Birds » ? Pourquoi effectuons-nous des check-in dans les différents restaus où nous allons ?  Pour exister, montrer que notre vie est riche et lui donner un sens, grâce à autrui.

Pour s’oublier un peu, il faut parfois être seul. La société  de demain nous le permettra-t-elle vraiment ? Pas sûr, surtout si cela entrave la consommation, moteur du système économique.

Lequel tendra à se rapprocher de l’organisation monacale ou militaire qui proscrivent l’individualisme et désamorcent l’autonomie de décision pour favoriser l’obéissance.


Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via ©Flick’r @terrakate

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sept
11

Klout, la bataille sociale se durcit

A l’avènement d’Internet et des « autoroutes de l’information », l’optimisme était de mise. Les nouveaux outils électroniques promettaient de rapprocher les gens. L’entraide, l’échange allaient améliorer notre vie et nous rendre meilleurs. Triste constat : les réseaux en réalité rapprochent moins les gens qu’ils ne les sélectionnent.

MEDIA SOCIAUX, LA FIN DU MYTHE DE LA COMMUNION UNIVERSELLE

Les réseaux sociaux sont parvenus à réaliser peu ou prou la prophétie de Marshall Mc Luhan : nous voilà en plein village global. Les distances physiques ont été abolies, nous pouvons communiquer de mieux en mieux avec n’importe qui sur la planète, hier avec le téléphone, aujourd’hui avec du son et de l’image via Skype.

Pourtant le mythe de la grande communion mondiale, du rapprochement social universel a fait long feu. Malgré ses 450 amis, on discute toujours avec les 10 ou 15 mêmes (16 pour les femmes, 10 pour les hommes en moyenne selon Cameron Marlow, sociologue de Facebook). On pourrait bavarder avec ses contacts indiens, russes ou néerlandais. Savoir comment se passe la vie là-bas, comment ils vivent les évènements, quelle est leur vision du monde. Bref, étendre notre champ de perception pour mieux comprendre les choses.

Mais c’est avec son collègue de bureau qu’on échange tous les jours sur Facebook. Comme avec le PC Ultron X2200, ultra-puissant, qu’on s’est fait refourguer par un vendeur malin, ayant su flatter notre ignorance technologique crasse. On dispose d’un matériel capable de calculer les trajectoires des comètes, mais c’est pour écrire des messages furieux à son banquier qu’on l’emploie.

La réalité nous rattrape : les outils de communication ne remplacent pas le fond. Sans proximité intellectuelle, affective voire physique et sans les liens qu’on tisse progressivement avec les autres, la communication ne tient pas. De même que l’utopie d’une curiosité naturelle de l’être humain envers son prochain, très dépendant du niveau d’instruction et des normes éducatives assimilées depuis l’enfance.

UN DEPLACEMENT DES MODES DE SOCIALISATION

Est-ce à dire pour autant que les réseaux sociaux sont inutiles ? Certes non. Facebook a crée un espace intermédiaire tiède entre l’e-mail froid et le téléphone chaud. il permet de garder un oeil distant sur son second cercle d’amis et de maintenir un lien avec un groupe étendu d’amis. Ceux qu’on n’a pas le temps de voir, mais dont le sort ne nous est pas complètement indifférent. Ou garder un contact distant avec cette famille envahissante à qui on peut envoyer la photo du dernier, commenter le succès au bac du petit cousin… sans passer un quart d’heure au bout du fil. Finalement, Facebook, c’est un surtout un gestionnaire social, un outil de contrôle de son temps de communication. Beaucoup à ceux qui nous sont proches, moins aux autres.

De son côté, Twitter est un outil incroyable de réseautage et de découverte professionnelle. S’y fait-on des amis pour de vrai ? Oui, cela arrive, mais ce n’est pas la règle, pour la simple et bonne raison qu’une journée n’a que 24 heures et qu’il faut déjà satisfaire son premier cercle initial. Et puis, comme le savent les amateurs des anciens forums ou chatrooms, il vaut mieux parfois ne pas franchir le miroir d’Alice, sous peine d’être déçu. L’information textuelle, pauvre par nature sur le plan de la qualité d’informations échangées, permet de masquer ses défauts, ses manques. N’oublions pas que l’essentiel de la communication humaine est non verbale, comme l’ont montré les Erving Goffman, Bateson, Birdwhistell et autres chercheurs de l’école de Palo Alto.

Quant aux sites de rencontre, ils restent utiles  pour lutter contre la solitude urbaine et combler les besoins sexuels exubérants d’une société de plus en plus stimulée par  notre environnement. Ils facilitent la mise en relation en milieu urbain après la disparition des anciens lieux de socialisation : place du village, bals, café etc.

C’est donc plus à un déplacement des modes de communication qu’à un renforcement auquel on assiste. Le temps passé sur les réseaux sociaux commence d’ailleurs à empiéter sur l’e-mail, tout comme le jeu commence à prendre le pas sur le cinéma (jusqu’à une fusion entre ces deux univers, tel que le préfigurait Existenz ?).

La compétion socio-économique s'accroît

Réseaux sociaux : la baston commence...

LA COMPETITION AU COEUR DE LA SOCIALISATION

En revanche, les médias sociaux sont en train de devenir un puissant outil de sélection socio-économique. Quand tout le monde a le bac, l’internet haut débit, le dernier écran plat… il faut bien trouver de nouveaux critères de différenciation. Il n’y saurait y avoir que des premiers de la classe.

Les marques ont vite compris l’énorme avantage d’Internet : identifier les leaders d’opinion. Ceux qui sont écoutés et suivis par le plus grand nombre, si l’on en croît la théorie toujours suivie du « two step flow » de 1944. En s’adressant à eux et en les chouchoutant, on peut toucher la masse, à moindre coût. C’est comme cela qu’une poignée de blogueurs influents a pu profiter de la manne des agences de com’, fin des années 2000.

Mais les usages se déplaçant sur les réseaux sociaux, il fallait trouver de nouveaux critères d’influence. Et les marques ont élu Klout en la matière, quoi qu’on puisse penser de ce choix douteux pour mesurer l’influence sociale.

En offrant des avantages à ceux qui dépassent un certain score, elles ne font que renouer l’alliance avec les fameux influenceurs, espérant bénéficier par la suite de leurs relais, car ils ne manqueront pas de s’en gargariser.

Les employeurs aussi s’intéressent à la performance sociale de leurs futures recrues. Et privilégient déjà ceux qui ont su développer une certaine audience et dont ils espèrent bien profiter pour diffuser leurs messages, trouver des collaborateurs etc.

La compétition au départ purement symbolique pour capter l’attention devient donc de plus en plus concrète. Il y a désormais de vrais enjeux économiques : trouver un job, payer ses achats moins cher…

A l’heure où les inégalités de revenus reviennent au centre des préoccupations conjoncturelles de nos élus, cette nouvelle forme de sélection devrait les alerter. Non pas pour tâcher de le réglementer bêtement, par une loi inepte de non-discrimination Twitter à l’embauche. Mais en mettant les moyens sur l’éducation et la formation aux outils sociaux, à commencer par les employés du Pôle emploi.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo @ jlabianca via Flickr

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juin
16

Nouvelles technos : la tentation totalitaire

la tentation totalitaireLes nouveaux outils de socialisation ont changé l’échelle et la vitesse de diffusion des échanges. On est désormais bel et bien dans le “village planétaire” prophétisé par Marshall McLuhan. Pour le meilleur et pour le pire.

L’ère industrielle a inventé la solitude urbaine, la souffrance des individus perdus dans la foule anonyme et sourde. Cela a été de nombreuses fois mis en scène au cinéma par des films comme “Buffet froid”, “Chacun cherche son chat”, “Lost in translation”…

Dans les années 80 et 90, que ne rêvions-nous alors de proximité, de communication, de chaleur humaine dans nos cités déshumanisées? Cette place du village où tout le monde se parle et se connaît. Cette ambiance “Pagnol” où la parole est simple, bourrue mais sincère. Celle du “bonheur est dans le pré” qui montre des rapports humains si fallacieux en ville, si authentiques et joyeux à la campagne.

Mais c’est oublier que la proximité porte en elle les germes de la promiscuité. Le village est aussi lieu d’espionnage mutuel où les habitants sont sous le contrôle social permanent de tous. Un des thèmes chers à Claude Chabrol qu’il exprime avec brio dans “Poulet au vinaigre”, entre autres films.

Grâce à la magie des réseaux web, à la progression des taux d’équipements et des outils de communication, la vie urbaine s’est réconciliée avec la socialisation. L’avènement des forums, des chats puis aujourd’hui des réseaux sociaux rapproche les individus anonymes et solitaires.

Les sites de rencontre en ligne foisonnent, les communautés thématiques se multiplient, les différentes générations se retrouvent sur Facebook, les recruteurs et candidats se parlent directement sur Viadeo ou LinkedIn…`

LA FOULE TOTALITAIRE ?

Pourtant certaines pratiques, font parfois douter du progrès réel en termes de mieux vivre pour nos sociétés de cette « resocialisation technologique ».

Le défouloir des commentaires. La teneur des commentaires des sites d‘information laisse parfois songeur sur l’utilité de ces déversoirs à médiocrité : jalousie, a priori, racisme, haîne…
A tel point que certains sites comme Le Figaro choisissent de contrôler les commentaires avant leur publication (sauf pour leurs abonnés mais ils disposent de leur nom et adresse, ce qui limite les incartades). D’autres, tel Rue89 les ferment après 7 jours, non sans avoir remonté les meilleurs et masqué les autres. Passé l’euphorie du tout participatif, est donc venue la question de la sélection des meilleurs et de la chasse aux trolls

La rumeur. Celle-ci a trouvé un vecteur de diffusion très puissant sur Twitter. La vitesse d’usage inhérente à l’outil, le manque de précaution de quelques “influents”, les erreurs déontologiques de certains journalistes “cautions” , favorisent la diffusion des non-informations. On l’a vu avec le foisonnement de théories du complot après la mort de Ben Laden ou l’arrestation de DSK. Et plus récemment après le “teasing” de Luc Ferry sur l’identité d’un ancien ministre pédophile qui a suscité un flot de messages d’accusation terribles contre plusieurs cibles.

Le bashing planétaire. La mésaventure de la jeune Jessi dont les propos agressifs publiés sur Youtube a suscité son « lynchage » par les internautes, n’est que la face émergée de l’iceberg. De plus en plus d’enfants (et pas que) se disent victimes de moqueries et insultes sur Facebook et subissent ni plus ni moins que la méchanceté classique des cours de récré, mais désormais au su et vu de la communauté. La CNIL s’en est elle-même ému au point de rédiger des recommandations

La dictature de la norme sociale. Sans même parler de harcèlement, les réseaux sociaux font émerger une autre forme de violence : celle qui s’exprime par la compétition sociale autour des statuts Facebook. Cette mise en valeur permanente de soi, sa vie, son entourage auprès de sa communauté est cause de souffrance pour ceux qui ne peuvent s’aligner. Une pression sociale que certaines marques n’hésitent pas à accentuer pour mieux vendre leurs produits.

prison volontaireLES TECHNOS NE SONT PAS COUPABLES

Ceci n’est pas une charge aveugle pour dénoncer les nouvelles technologies. D’abord parce que leurs bienfaits restent dominants sur le plan de la socialisation, l’accès à la connaissance, la vie pratique…

Ensuite parce que l’usage des technologies n’est que le reflet de nos sociétés et de leurs valeurs. C’est d’ailleurs beaucoup plus effrayant, car le mal n’en est que plus profond. Ce n’est pas en supprimant Tweeter qu’on mettra fin aux rumeurs. Celles-ci existent depuis longtemps et Jean Noël Kapferer a bien montré que celle-ci ont une utilité sociale. Même si la visibilité, l’intensité et la diffusion de ces rumeurs, via les nouveaux outils, en accentuent la portée.

La question est donc : sommes-nous dignes de ces outils ? Avons-nous une société suffisamment mûre pour en profiter comme il se doit, sans tomber du côté obscur ?

L’individualisme de nos sociétés nous pousse à « la ramener » en permanence quand on gagnerait à écouter. Notre besoin d’égo nous conduit à exagérer la réussite de chacune de nos actions sur Facebook. Notre égoïsme nous amène à télécharger sans retenue, sans nous poser la moindre question des conséquences possibles pour les producteurs de contenu…

Bref, avec cette communication permanente liée aux nouvelles technologies, n’avons-nous pas mis un revolver chargé entre les mains d’enfants ? A la fin du film (assez médiocre par ailleurs) “8 mm”, Nicolas Cage demande au méchant qu’il s’apprête lui-même à torturer, pourquoi il a été si vilain. Et ce dernier lui répond : “j’en avais le pouvoir”.

Ce ne sont pas les outils, les nouvelles technologies qui sont en cause dans les dérives auxquelles on assiste, ce sont bien les choix que nous faisons. Même si le temps et l’adaptation à ces nouveaux vecteurs de communication en corrigeront certainement les plus grands excès.

Mais une chose me semble acquise, c’est combien nous sacrifions une part croissante de notre liberté pour un meilleur confort, que ce soit dans notre rapport aux réseaux sociaux, mais aussi à nos données personnelles. A l’instar des nostalgiques de l’ère soviétique, nous sommes en quelque sorte des « prisonniers » volontaires.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flickr @hulk4598 et Noo

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mai
24

Les théories du complot ne sont pas totalement irrationnelles

mythes du complot

Mort de Ben Laden, arrestation de DSK… l’actualité récente a donné lieu à des réactions de scepticisme massives de la part du public. Cette méfiance vis à vis de l’information officielle n’est pas que pur délire irraisonné.

Un sondage paru récemment montre qu’une majorité de Français (57%) ne croit pas à la culpabilité de DSK et pense qu’il s’agit d’un complot. Comme pour l’affaire Ben Laden, les théories du complot fleurissent et remettent en question l’information officielle.

Un phénomène de plus en plus courant vis à vis de l’information même si le caractère exceptionnel de ces deux évènements en accentue l’intensité. Une conséquence directe des nouveaux modes de production et de partage de l’information.


COMMUNIQUER LE PLUS VITE POSSIBLE A TOUT PRIX

Cette contrainte favorise les erreurs, les imprécisions initiales, les changements de version. Ce fut le cas lors des premières conférences de presse organisées par la Maison blanche après la mort de l’ennemi public numéro un.

Les informations officielles ou officieuses ne cessent alors de changer durant les jours qui suivent l’évènement : nombre de commandos, circonstances de l’assaut, motifs de l’immersion du corps de Ben Laden, collaboration ou pas du Pakistan…

Mais pourquoi vouloir communiquer si vite, au risque de se tromper et de devoir modifier son discours ? Pour garder la maîtrise du flux médiatique et en tirer un maximum de profit politique dit en substance le sociologue des médias Eric Maigret.

Il faut alimenter la machine coûte que coûte, nourrir les fauves pour pouvoir en prendre le contrôle. Même si cela signifie revenir sur ses déclarations, adapter le discours en fonction de faits nouveaux.

Cela rappelle la technique télévisée de Nicolas Sarkozy qui préfère affirmer avec fermeté des sottises en direct pour convaincre un maximum de citoyens, plutôt qu’afficher un doute ou une faiblesse plus honnête, mais moins efficace politiquement.

Dans le cas de DSK, la course à l’information conduit à se tromper d’une heure dans l’occurrence des faits reprochés à l’ancien président du FMI. Les premiers éléments livrés par la police à chaud ayant été contredits par le directeur de l’hôtel ce qui a démoli l’alibi de DSK.

Autant d’erreurs liées à l’emballement médiatique qui contribuent à instaurer un climat de méfiance vis à vis de l’information. Le public est dans une attitude ambigüe: il est à la fois demandeur d’informations fraîches qu’il consomme avec avidité et il a en même temps une réaction de rejet face à l’information mouvante, qui se construit en temps réel devant lui.

La vitesse grisante a pour prix l’instabilité des faits qui contribue à renforcer l’insécurité psychologique. Sentiment qu’il convient de combler le plus vite possible, et pourquoi pas par une théorie complotiste qui a le mérite de la simplicité

ORIENTER VOIRE MANIPULER L OPINION

Dans le cas de Ben Laden, les déclarations de la Maison blanche ont eu clairement pour but de décrédibiliser au maximum l’ex chef d’Al Qaïda:

- En le présentant comme un lâche qui s’est servi de sa propre épouse comme bouclier.

- En évoquant le prix de la propriété à un million de dollars, dans laquelle il vivait grassement pendant que son peuple vivait dans le dénuement.

La déclaration de John Brennan, responsable de la lutte antiterroriste lors de la conférence de presse à la Maison blanche le 2 mai 2011 est éloquente :

« Si l’on regarde le tableau, nous avons Ben Laden, commanditaire des attaques, vivant dans une propriété à plus d’un million de dollars, vivant dans une zone très à l’écart du front, se cachant derrière des femmes qui été placées en rempart devant lui. Je pense que cela montre à quel point sa légende a été fausse durant toute ces années. Et à nouveau, en regardant ce que Ben Laden faisait caché là, alors qu’il poussait d’autres personnes à mener de nouvelles attaques, en dit long sur la nature de la personne qu’il était. »

- En diffusant les images d’un vieillard esseulé et diminué regardant sa propre image sur son téléviseur, en contradiction avec l’image d’un chef de guerre fier et puissant.

- En communiquant par la suite sur la présence de cassettes pornographiques retrouvées dans sa propriété, découverte infamante pour un représentant de l’islam intégriste.

Dans le cas de DSK, les déclarations pleine d’assurance des avocats ou de ses amis font partie de cette bataille médiatique, cette guerre d’intox destinée à brouiller les cartes et discréditer le point de vue adverse.

Idem s’agissant de l’exploitation politique de l’évènement par le camp adverse : déclarations outrées de la droite sur l’image de la France prétendument ternie

L’opinion publique a acquis à ses dépends une certaine maturité face à l’information, échaudée par les manipulations précédentes dont elle a été l’objet : Guerre du Golfe “propre”, fausses armes de destruction massives, nuage de Tchernobyl aux frontières…

Désormais les enjeux de la manipulation de l’information lui sont clairs et elle n’hésite pas à remettre en doute les thèses officielles, dont un certain nombre se sont révélées des mensonges.

Les citoyens décryptent de mieux en mieux ces manoeuvres pour orienter leur opinion, mais revers de la médaille, ils en inventent aussi de nouvelles, imaginaires et plus ou moins fantaisistes.

LA FONCTION SOCIALE DE PLUS EN PLUS FORTE DE L’ INFORMATION

Plus que jamais, il est nécessaire d’être au courant, de savoir de quoi l’on parle pour être relié aux autres, pour s’insérer dans la communauté. Il est désormais impératif d’avoir une opinion pour pouvoir prendre part à la discussion. Ceci, pour maintenir son prestige social, sa valeur symbolique dans la société, laquelle n’est plus simplement assimilable à son statut professionnel.

Il s’agit de montrer son intelligence, sa sagacité, son esprit critique, sa curiosité et son utilité pour la communauté. Il faut être quelqu’un “d’intéressant”, c’est à dire apporter quelque chose à l’autre. Reflet direct de notre société de consommation, les échanges sont de moins en moins gratuits. Ils doivent apporter de la valeur : informer, divertir, voire enrichir l’autre.

Les réseaux sociaux accentuent ce phénomène en matérialisant le niveau, la valeur de chacun : combien d’amis sur Facebook, combien de followers et de retweets sur Twitter ? Chacun peut désormais se mesurer, se juger, se jauger et prendre part à cette compétition sociale pour gagner son écot d’égo.

Dans ce contexte, la posture supérieure “de celui qui ne se fait pas berner” est fortement rétributrice. Les médias accentuent ce penchant naturel en proposant des angles “dessous des cartes” efficaces en termes d’audience :

- Pourquoi le corps de Ben Laden a t-il été jeté si rapidement en mer ?
- Le commando avait-il pour ordre de tuer ben Laden ?
- Affaire DSK : qui est vraiment la victime présumée ?
- Affaire DSK : l’Elysée avait des documents compromettants dès 2007

Par ailleurs le besoin de savoir est également lié à cette volonté de partager, de communiquer l’information le premier pour en retirer une bénéfice maximal. D’où le cercle vicieux des médias qui s’adaptent de mieux en mieux à cette demande grâce aux nouvelles technologies.

Comme l’expliquent bien Slate, ou Rue89, les théories du complot permettent globalement de rationnaliser l’inepte et de reprendre le contrôle personnel du sens. Mais cette défiance a des origines pas uniquement irrationnelles. Elles s’appuie sur de mauvaises expériences passées et aussi sur les tentatives bien réelles de contrôle de l’information par les politiques. Elle repose aussi sur l’accroissement de la vitesse de l’information, porteuse d’erreurs et de doutes. Une vitesse qui est toutefois réclamée par le public lui-même de manière ambigüe : il faut aller de plus en plus vite, sans faire d’erreurs toutefois.

De fait, paradoxalement, alors que nous sommes beaucoup mieux informés qu’autrefois, le scepticisme vis à vis de l’information semble progresser. Il ne faudrait pas que notre salutaire esprit critique en progression nous conduise au sollipsisme radical inhibiteur et destructeur. Lequel sape les fondements de notre démocratie et  nourrit les extrêmes sur le refrain : “on nous cache tout, on nous dit rien”.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flickr @dekenter et @rebeccanathan

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avr
24

D’où vient notre fascination pour les faits divers ?

fascination violence

fascination violence

Les faits divers plus ou moins sordides se multiplient dans l’actualité récente. Un filon juteux exploité par les médias, mais qui repose sur des motivations puissantes du public et notamment se rassurer, s’émouvoir, se socialiser.

Les faits divers sordides semblent occuper une place croissante dans l’actualité, comme en témoignent la tuerie de Nantes, ou la disparition des jumelles suisses il y a quelques temps. Claire Sécail, chercheuse du CNRS confirme cette intuition pour ce qui concerne en tout cas le traitement de l’actualité en  télévision.

Mais il semble bien que les autres médias soient aussi de la partie. Pour Patrick Eveno, historien de la presse, interrogé par Rue89, il n ‘y a pas plus de faits divers qu’avant,  “c’est la multiplication des canaux médiatiques qui explique le bruit médiatique beaucoup plus élevé” autour des faits divers”.

De fait, les journaux et pas seulement télévisés, n’hésitent plus à en faire la Une, reléguant les sujets internationaux ou de politique intérieure à une moindre place.

Cette hiérarchie de l’information glissante est dictée de toute évidence par des raisons économiques et de conquête d’audience. Mais le rôle des médias n’explique pas le succès des faits divers dont l’origine tient aux fonctions psychosociales majeures qu’ils remplissent.

1/ RENFORCER NOTRE SATISFACTION EXISTENTIELLE

Nous éprouvons du plaisir à observer les souffrance ou le malheur des autres, car cela met en exergue notre situation privilégiée, par contraste. J’ai un boulot pénible, mais moins que cet ouvrier. Je suis peut-être fauché, mais au moins, je suis en bonne santé. J’ai des soucis professionnels, mais je ne suis la proie d’aucun drame majeur.

C’est l’un des ressorts essentiels du voyeurisme à l’oeuvre dans les émissions de type “bas les masques”, “jour après jour” etc. De même est-ce l’un des facteurs du succès planétaire des fameux “Dallas” et autre “Dynastie”, comme le montre (entre autres choses) l’étude de Katz et Liebes dans les années 80. Les riches aussi souffrent, donc inutile d’envier ce monde d’argent finalement si malheureux, lui aussi.

Entendre les malheurs atroces qui touchent l’autre, c’est se rappeler qu’on a la chance de ne pas être soi-même une victime. Pour Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie à Bichat, c’est un mécanisme pour conjurer nos angoisses.

Une part non négligeable des informations que nous recherchons de manière générale a d’ailleurs pour but de conforter nos choix, nos valeurs, l’architecture mentale  que l’on s’est construit. D’où la difficulté à convaincre l’autre dans les discussions dont le but premier est surtout de renforcer son système primaire, comme le rappelle Aymeric. D’où la stratégie d’évitement des messages contraires à ses opinions préalables, à se convictions ou à ses choix.

De la même manière, une part du plaisir lié aux  films d’horreur consiste à se savoir précisément à l’abri. Idem pour la fascination vis à vis de ce qui est dangereux : les requins, les félins… Imaginer ou regarder ces souffrances atroces dont on ne sera jamais victime, c’est prendre conscience de la chance qu’on a, concrètement, physiquement… Il s’agit aussi un catalyseur d’angoisse – de là son succès auprès des ados -qui permet de la partager avec d’autres et de ne pas rester seul face à elle.

Fondamentalement selon Michel Lejoyeux, c’est la peur de la mort et “l’exigence sociale obsessionnelle de santé individuelle” qui explique cette fascination conjurationnelle pour la violence et les faits divers.

2/ EPROUVER UNE EMOTION A MOINDRE COÛT

Par projection de soi, observer le malheur des autres, via la perte d’un être cher par exemple, c’est souffrir un peu soi-même, mais sans trop souffrir quand même. Nous éprouvons le sentiment potentiel de la douleur sans pâtir réellement de ses affres, ni en intensité, ni dans le temps. La tristesse est un sentiment qui n’est pas déplaisant, tant qu’il est mesuré et facilement réversible.

L’émotion, qui nous sort de nous même, nous déconnecte de la raison, par contagion affective est source de plaisir car elle nous fait lâcher prise, nous permet de nous laisser porter et de nous apitoyer sur nous-mêmes.

ego larmoyant
3/ CELEBRER NOTRE EGO

Oui, car à bien y réfléchir, notre propension à nous projeter en l’autre et à éprouver des sentiments de compassion n’est pas étranger à un certain égoïsme. A travers les malheurs de l’autre, c’est aussi soi-même que l’on pleure : quand je pense que cette famille nantaise pourrait être la mienne, quelle horreur…

L’empathie et la compassion ont finalement un lien assez fort avec l’égo, l’amour de soi. Ce qui n’est pas pour autant une critique dans la mesure où elles sont un premier pas vers la compréhension et l’amour d’autrui.

4/ SE DIVERTIR

Les faits divers se prêtent particulièrement bien au story-telling de l’information, le feuilletonnage trépidant de l’actualité, avec ses mystères, ses rebondissements et l’épilogue espéré. Le cas de la disparition de la famille nantaise rassemble tous ces ingrédients qui nous maintiennent en haleine.

L’information devient fiction et nous divertit là encore, au sens de diversion qui nous éloigne des turpitudes et soucis de notre vie quotidienne.

5/ SE SOCIALISER

Le fait divers, en ce qu’il fait appel aux émotions et aux pulsions égotiques fondamentales (voir ci-dessus), intéresse tout le monde. C’est donc un sujet très efficace pour capter l’attention de son auditoire et susciter l’intérêt des autres.

Selon une étude britannique de 2006 par ailleurs,  nous semblons être meilleurs narrateurs lorsque nous racontons des potins, des faits très socialisants. Nos informations sont alors plus précises, plus complètes et mieux décrites.

Mais quand bien ne serait-ce pas le cas,  nous avons moins besoin d’être efficaces, car l’attention de notre auditoire est déjà gagnée au départ par la simple nature du sujet. Le fait divers remplit donc une fonction sociale essentielle, de même que le potin people ou l’insolite.

Les médias, en s’appuyant sur des ressorts psychologiques puissants, accentuent sans nul doute le phénomène, davantage qu’ils ne l’expliquent. Dans leur course à l’audience, ils flattent les instincts naturels de leur audience. Il faut se demander cependant si cela n’a pas pour risque d’augmenter l’accoutumance et la désensibilisation émotionnelle. C’est à dire le besoin d’augmenter l’intensité du stimulus pour obtenir le même effet. En d’autres termes, relater des faits divers de plus en plus sordides ou spectaculaires pour maintenir l’attention du public ?

Cyrille Frank aka Cyceron

Copyright via Flick’r  @mr_minimalist et @ h.koppdelaney

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mar
01

Médias et information : sale temps pour la complexité

puzzled

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Les médias, et la télévision en particulier, ont tendance à gommer la complexité du monde. Ils doivent s’adapter à un public moins disponible qui exige des explications rapides. Ils répondent aussi à un besoin croissant de sécurité qui favorise les réponses simples et peu nuancées.

UN PUBLIC PLUS EXIGEANT ET CRITIQUE

La population a plus que jamais besoin de sens et accepte de moins en moins d’être dirigée sans comprendre ni être éventuellement consultée. C’est d’abord le résultat d’une amélioration du niveau d’instruction moyen de la population depuis les années 50, grâce à la démocratisation de l’enseignement.

La proportion d’une classe d’âge obtenant le baccalauréat est passée de  3% en 1945, à 25 % en 1975, pour atteindre 65,6 % en 2009. Même si ce chiffre cache des disparités puisque parmi les bacheliers, seuls 53% ont un baccalauréat général ( 25% obtenant un bac technologique et 22% un bac professionnel).

Cela, en dépit d’une baisse des performances de l’éducation nationale au cours de la dernière décennie, et malgré une maîtrise des savoirs de base (orthographe, grammaire, calcul) qui semble en recul par rapport aux années 1920.

Il n’en reste pas moins que la diversité des savoirs s’est accrue et que le niveau moyen d’instruction des Français s’est élevé.

A cela s’ajoute une maturité croissante du citoyen face à l’information. 50 ans de télévision sont passés par là. Gavés de journaux TV, de reportages, débats politiques, ou publicités, les téléspectateurs décodent de mieux les modes de communication et se montrent de plus en plus critiques face aux médias ou aux politiques.

Déçus par les différents fiascos médiatiques (guerre du Golfe, Timisoara, Outreau…), ils sont devenus méfiants vis à vis des journalistes. Phénomène accentué par le fait que les représentants les plus visibles de la profession -ceux qui officient en télévision- font preuve d’une révérence voyante.

Une perte de confiance lente mais constante qui est rapprocher historiquement du discrédit qui frappa les journaux “va-t-en-guerre” après la première guerre mondiale. Et entraîna une chute considérable des tirages après 1917

La concurrence de l'attention

La concurrence de l'attention

UN PUBLIC DE MOINS EN MOINS DISPONIBLE

Mais parallèlement à cette exigence croissante de sens, le peuple ne peut y consacrer qu’un temps de plus en plus réduit. Son attention est désormais concurrencée par le divertissement, le jeu, la socialisation qui empiètent sur la recherche d’information et la construction d’un système cohérent de compréhension du monde.

Il faut donc aller à l’essentiel, divulguer rapidement des clés d’interprétation pour laisser du temps aux autres activités de plaisir ou d’ego.

D’où le succès des formats courts, tels 20 minutes ou de synthèse (“les clés de l’info”, “le dessous des cartes”). D’où le succès en librairie des ouvrages de vulgarisation permettant de rattraper rapidement son retard culturel (la culture G pour les nuls, les grandes dates de l’Histoire de France…)

D’où sur Internet la généralisation de l’écriture web pour augmenter l’efficacité journalistique afin de capter une attention de plus en plus rare et fugace. Et l’ensemble des nouveaux formats plus rapides et digestes pour s’adapter aux nouveaux modes de vie du lecteur : infographies, diaporamas…

Une tendance à rapprocher du “unique selling proposition” inventée par la publicité américaine des années 40. Cette simplification du message publicitaire réduit à un seul argument de vente devient l’angle principal d’un papier, le message essentiel.

UN BESOIN D’ECHAPPER A L’INSÉCURITÉ

Bombardés d’informations en permanence, nous subissons une pression psychologique nouvelle : celle d’être confrontés davantage à l’horreur du monde.

Ainsi découvrons-nous chaque jour ces prêtres pédophiles, ces chiens meurtriers, ces catastrophes mondiales ou ces insurrections sanglantes… Connaissance nouvelle de faits anciens qui tend à nous faire croire à une régression de nos civilisations : “mais dans quel monde vit-on ?”

Les médias produisent donc un sentiment d’insécurité en améliorant notre connaissance des problèmes ou en grossissant l’ampleur de ceux-ci, à des fins de dramatisation et d’audience. Ainsi du nombre de voitures brûlées dont l’augmentation depuis 2005 traduit surtout un meilleur recueil des données, tout comme l’augmentation du nombre des incivités à l’école tient aussi à la mise en place de la base Signa.

Une peur diffuse accrue par l’exploitation politique des faits divers de l’actualité pour discréditer le camp ennemi, ou prouver sa propre efficacité. On ne compte plus le nombre de mesures adoptées dans l’urgence pour répondre à un drame, dispositions généralement inefficaces, non appliquées, voire absurdes

Or, face à ces informations angoissantes qui augmentent notre sentiment d’instabilité psychologique, nous nous replions vers la fiction et le divertissement. Et ce phénomène contamine aussi l’information via des JT édulcorés, pacifiés, story-tellisés. Ce n’est pas un hasard si le Journal télévisé le plus fort dans ce registre est celui qui a le public le plus âgé et le plus inquiet : le 13h de JP Pernaut sur TF1.

OCCULTATION VOLONTAIRE DE LA COMPLEXITÉ

Notre besoin d’échapper à l’angoisse existentielle accrue par une meilleure connaissance du monde, nous conduit à privilégier inconsciemment les réponses simples.

La simplicité est rassurante, stable et plus confortable que la multiplicité ou l’interaction des causes. D’autant que les facteurs d’explication sont généralement si nombreux et conjugués qu’ils génèrent l’angoisse de l’incertitude.

Notre pouvoir d’achat stagne ou décline ? C’est la faute de l’Europe et de son euro trop fort, ou de la Finance internationale qui se gave sur le dos du travailleur, ou de ces Français qui s’accrochent à leurs privilèges…

Les médias renforcent d’ailleurs cette tendance à la simplification pour gagner en impact (voir ci-dessus) et apporter ces réponses tant attendues. Difficile de dire à nos enfants-citoyens: “pas si simple, c’est plus compliqué que cela, le monde est gris” (mélange peu emballant de noir et blanc)

A échelle micro ou macroscopique, la complexité est synonyme de fragilité. Une molécule complexe a plus de chance d’être dissoute au contact d’une autre qu’une molécule simple. Une structure métallique alambiquée résistera moins à la tornade qu’un modèle élémentaire offrant moins de prise au vent. Un esprit animé de concepts complexes et variés sera plus sujet au doute qu’un esprit binaire.

La simplification est un mécanisme d’auto-protection pour gagner en résistance mentale et se protéger de ce fameux doute déstabilisateur. Un phénomène classique étudié en psychologie sociale : l’exposition sélective aux messages. Les consommateurs ou électeurs évitent les messages qui ne conforment pas leur opinion préalable ou leur système cohérent de pensée.

Ainsi, après avoir acheté une voiture, le consommateur évite soigneusement toute publicité d’un autre modèle susceptible de lui faire regretter son choix. Ou les électeurs d’un parti évitent les discours du clan opposé ou résistent intérieurement à l’argumentation susceptible de déstabiliser leur opinion préalable, résultat d’un système cohérent et stable.

Besoin d'utopie

Besoin d'utopie

LA SIMPLIFICATION : UN BESOIN D’UTOPIE

La complexité est angoissante car elle entrave l’action. La peur des conséquences en cascade d’une action impliquant de nombreux acteurs et paramètres conduit à ne rien faire, à l’image des Ents du Seigneur des Anneaux paralysés par l’analyse extrême de la moindre décision.

Attention, chasser Ben Ali ou Khadafi du pouvoir c’est ouvrir la voie aux islamistes, plonger la région dans la guerre civile, risquer une nouvelle crise du pétrole…

A contrario, Wikileaks traduit un besoin de réenchantement du monde par l’action : on ouvre les vannes de l’information et on verra bien. Au diable l’analyse des conséquences potentielles des révélations. Dieu reconnaîtra les siens. Et foin de tergiversations, l’état du monde et la corruption des Etats exige des mesures rapides et fortes.

De même les discours simplificateurs sur le rôle déterminant des nouvelles technologies dans les révolutions arabes révèlent autant un besoin de “comprendre” rapidement le complexe qu’un désir d’utopie. Et si on avait trouvé le rempart ultime contre les dictatures : les nouvelles technologies de l’information ?

Un besoin d’autant plus fort qu’il se nourrit du vide politique qui semble totalement impuissant à résoudre les problèmes du monde globalisé et par la même complexifié.

Méfiance toutefois car les réponses simples sont rarement les meilleures et conduisent à de profondes déconvenues, comme en attestent l’effondrement des idéologies successives. La pédagogie de la complexité elle est plus ingrate, plus lente et difficile, mais elle a le mérite de répondre à notre besoin de sens sur la durée. Mais comment en convaincre les politiques dont l’agenda électoral se situe à court terme ?

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @alasis @cinnamongirl

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fév
19

Rumeurs sur Twitter : les journalistes plus coupables

Echo Twitter

Echo Twitter

Comme quelques collègues, j’ai retwitté hier un message mensonger annonçant la fin du post.fr, “un fake”. Comment en suis-venu à relayer un message sans prendre le temps d’en vérifier convenablement la source ? Quelles leçons en tirer ?

L’annonce émanait d’un compte twitter « lepost » affichant logo officiel et url trompeuse, avec le contenu suivant :

“C’est officiel: notre site ferme le 1er mars. Merci à tous ceux qui nous ont lu et soutenu. Lepost.fr fut une fabuleuse aventure”.

Comme je l’ai compris quelques secondes plus tard, il s’agissait d’un faux message de tweetpoubelle, blagueur impénitent multirécidiviste. (Retour de bâton après la rumeur de la mort de Jean Dujardin propagée peu de temps auparavant par le Post.fr ?)

Il a fallu l’expérience du Loleur de Compétition VincentGlad pour remettre aussitôt de l’ordre dans la maison. “Hé les gens c’est un fake le compte @Iepost. Ne vous emballez pas.”

Une crédulité des journalistes dénoncée par AlexHervaud : “Il y a un gros problème de crédulité dans l’internet français quand même. Et quand ça vient de journalistes, ça fait peur. #iepost

Je l’ai bien évidemment pris pour moi et ce n’était pas volé. En effet, la ficelle après réflexion- et c’est bien ce qui a fait défaut- était un peu grosse. Alors comment moi et d’autres journalistes avons-nous commis cette bourde ?

1- Le contexte favorable

Le plaisantin a très bien trouvé son sujet en résonance avec l’actualité du site, faisant état lui-même des inquiétudes quant à son avenir. Depuis quelques jours la blogo-twittosphere bruissait de rumeurs sur la fin programmée du Post. Ce message semblait donc couronner une évolution logique.

Processus instinctif de confirmation mentale par accoutumance ou faisceau apparemment concordant de signes.

2- L’autorité de l’émetteur

Le message relayé par d’autres journalistes, s’est trouvé automatiquement pré-validé via la crédibilité supposée de ces professionnels. Il suffit d’une source de confiance pour affaiblir voire annuler la vigilance.

On retrouve les mécanismes de respect instinctifs de l’autorité décrits dans la fameuse expérience de Milgram. On est tous plus ou moins le mouton de son troupeau, nous conformant aux valeurs, principes et habitudes de notre groupe d’appartenance.

On pense aussi au très bon ouvrage de Jean-Noël Kapferer sur les Rumeurs et les phénomènes de validation par proximité “je le sais via la soeur de mon meilleur ami, lequel travaille dans le cinéma où l’on a retrouvé des seringues cachées dans les sièges…”

vitesse des tuyaux

vitesse des tuyaux

3- Simplicité technique et vitesse

La communication par simple clic facilite la “prise de parole” et accélère considérablement la transmission des messages. Plus besoin de reformuler son message, ni même de faire un copier-coller, une simple pression furtive suffit à propager la rumeur.

Cette vitesse, liée à une possibilité technique, conduit à un risque de déconnexion de la raison. Si l’on ne se force pas passer le message au tamis de son esprit critique, il est très facile de dire ou répéter des âneries.

D’ailleurs sans aller jusqu’à relayer une bêtise, combien de temps se laisse-t-on pour réfléchir à l’article lu ? Une minute, une heure ? Nous n’avons pas un agenda illimité et par ailleurs, la valeur du message décroît avec le temps. Mais c’est précisément là que se trouve pourtant la valeur ajoutée des journalistes : dans le temps passé à lire, vérifier, analyser, sélectionner et simplifier éventuellement le message.

4- La course à l’amplification

Pourtant sur Twitter la fraîcheur de l’information semble être sa principale valeur. Il s’agit de décrocher le scoop twitter, synonymes de RT, pour augmenter sa valeur sociale, son influence, sa notoriété… La médiatisation préalable du sujet joue alors également fortement sur son potentiel de relais.

Une bonne rumeur Twitter ne fleurira jamais autant que sur le terreau d’une inquiétude, d’une préoccupation antérieure. Comme lors de la campagne pour le traité constitutionnel européen, où l’on vit s’épanouir les rumeurs les plus alarmantes sur l”interprétation du texte. Comme celle présageant la remise en question du droit à l’avortement. Paramètre fort bien maîtrise par l’espiègle Tweetpoubelle.

5- La technologie déresponsabilisante

Plus besoin d’arriver à l’heure, les mobiles permettent désormais d’annoncer son retard. Inutile de soigner ses réglages photo, il suffit d’en prendre plusieurs ou de faire des retouches sur Photoshop.

Foin de stress à l’idée de graver une erreur dans le marbre. Avec Internet, on peut corriger rapidement et effacer éventuellement les traces de son méfait. Comme il suffira d’effacer son message Twitter erroné. Pas vu, pas pris.

Sauf que la crédibilité, tout comme la confiance des consommateurs est si longue à conquérir et si facile à perdre…

Crédulité grégaire, fainéantise intellectuelle, précipitation plus ou moins intéressée… nous autres journalistes pouvons nous laisser aller à une certaine facilité via les médias immédiats. Décontenancés par un nouvel univers, un rythme et des pratiques différentes, il est facile de délaisser ses bonnes pratiques habituelles.

Attention, car en tant que médiateurs “accrédités”, notre responsabilité n’est pas mince vis à vis de nos lecteurs. Demain un mauvais RT sera une faute professionnelle, à l’instar d’une info non vérifiée. Twitter, ludique et facile n’en est pas moins grave. Petit rappel à l’ordre auto-administré.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @lune_de_saphir et @Unprobableview

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