Médias, écoutez et engagez le public pour restaurer la confiance (2/3)

Pour restaurer ou renforcer le lien avec le public, si on commençait par l’écouter ? Ce fut une thématique récurrente du festival d’information locale qui s’est tenu à Nantes les 27 et 28 juin 2019.

La question de l’interaction avec les lecteurs est vraiment mon dada. Je suis convaincu que c’est l’un des facteurs décisifs de restauration non seulement de la confiance, mais aussi des modèles économiques des médias.

Plusieurs voix se sont exprimées en ce sens lors du FIL, à ma grande satisfaction.

Pierre France notamment, de Rue89 Strasbourg est venu expliquer comment son site s’attache à développer un journalisme d’engagement, à l’écoute du public et perçu comme utile.

1. ALLER À LA RENCONTRE DES LECTEURS-CITOYENS

Le journalisme de Rue89 Strasbourg, va assez loin dans l’action, comme le décrit son rédacteur en chef à travers quelques opérations qu’il a menées :

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Presse en ligne : l’agrégation d’actualités n’est pas la solution (mais peut être utile)

Blendle cesse la vente à l’unité d’articles de presse. Fin d’un modèle d’affaire qui promettait de renouveler le lectorat, et de générer des revenus. Mais même l’abonnement global ne suffira pas à financer les médias.

Publié le 10 juin 2019, actualisé le 2 août 2019.

L’agrégateur d’actualités néerlandais Blendle change de modèle économique à compter d’août 2019. Les clients ne pourront plus acheter d’article à l’unité, mais devront s’abonner à un accès illimité pour 9.99 euros/mois.

Ceci permettra aux lecteurs d’accéder à pas moins de 161 journaux et magazines. Blendle espère atteindre 100.000 abonnés – son seuil de rentabilité – alors qu’il n’a pour l’instant que 50.000 clients occasionnels ou réguliers.

C’est un petit coup de semonce dans le Landerneau des éditeurs en ligne. Blendle, avec sa vente à l’article, faisait figure d’exception européenne et intriguait les éditeurs sur l’opportunité d’offrir eux-aussi cette possibilité aux internautes.

L’idée semblait pourtant intéressante sur le papier. Elle consistait à élargir sa base de prospects, et de récupérer des revenus substantiels par l’accumulation de micro-ventes qui n’auraient pas eu lieu s’il avait fallu acheter le journal entier, et encore moins s’abonner. Principe classique du « petits ruisseaux qui font les grandes rivières »

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Le bonheur pour tous, la géniale invention libérale et totalitaire

Les injonctions au bonheur foisonnent sur les réseaux sociaux via les visuels inspirationnels, notamment. On les retrouve aussi dans l’abondante littérature en développement personnel, ou même en entreprise. Et pour cause : c’est une invention du libéralisme, pour son propre bien.

Dans son excellent billet, Sophie Gourion se demande si le bonheur est soluble dans les visuels aspirationnels.

« Du « chief hapiness officer » à tous les gourous du développement personnel et autres vendeurs de pelles : tout le monde a compris qu’il y avait un potentiel de business fructueux derrière la promesse du bonheur ».

Sophie souligne fort justement le côté très culpabilisant de ces injonctions au bonheur qui pullulent sur les réseaux sociaux, comme ci-dessous : « Le bonheur ne résulte pas de ce que l’on obtient, mais de ce que l’on donne”.

Toutes ces petites phrases apparemment anodines et positives constituent en réalité une double peine pour la personne qui les lit . « Non seulement elle souffre mais elle culpabilise en se disant qu’elle ne doit son malheur qu’à elle-même » explique Sophie avec justesse.

Et pour cause : elles sont le fruit du néo-libéralisme anglo-saxon.

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Information locale : produire des contenus plus accrocheurs et engageants (1/3)

Quels contenus pour séduire le lecteur de presse locale à l’heure de l’infobésité ? C’était l’une des questions auxquelles ont répondu les intervenants du festival de l’info locale, à Nantes les 27 et 28 juin 2019. Formats longs, podcasts, stories, newsgames… Les conférences et débats ont fourmillé d’idées et de conseils.

Dense, riche, concret orienté. Voilà la première impression qui me vient à l’issue de ces deux jours passionnants dans les magnifiques locaux de Sciences Com. Jugez plutôt : près de 70 ateliers, débats ou conférences, 80 intervenants francophones et anglophones… Le tout organisé à un rythme soutenu, sans doute influencé par les Media Speed Training organisés par le même Ouest Medialab tous les ans.

Il valait donc mieux ne pas traîner dans les couloirs entre chaque session, pour ne rien rater ! Et avoir bien fixé ses priorités car trois événements avaient lieu simultanément.

La bonne idée des organisateurs : concevoir la programmation en cinq thèmes qui touchaient aux différentes problématiques des médias (et pas que l’aspect éditorial) :

  • Développer ses contenus
  • Interagir avec le public
  • Animer ses équipes
  • Monétiser ses contenus
  • Diversifier ses activités

PREMIER VOLET : LES CONTENUS ET FORMATS ACCROCHEURS ET ENGAGEANTS 

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Le journalisme de solutions : réconcilier les lecteurs avec l’actualité est une urgence !

Le journalisme de solutions est devenu une nécessité démocratique et économique pour renouer le lien avec les lecteurs. Ce n’est pas une édulcoration du monde, encore moins le “journal des bonnes nouvelles”.

Le journalisme de solutions, autrement appelé constructif ou d’impact, est l’une des réponses nécessaires de la profession. Celle-ci fait face à un danger particulièrement inquiétant : le désintérêt croissant vis à vis de l’actualité.

Le Reuters Institute, dans son étude annuelle de 2019 (étude pdf), a interrogé pas moins de 75.000 personnes dans 38 pays. 32% d’entre elles, évitent régulièrement ou parfois les actualités, un chiffre en augmentation de trois points depuis deux ans.

Rapport Reuters 2019

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Presse en ligne : 10 conseils pour parvenir à faire payer les lecteurs sur Internet

kiosque payant presse rue Angleterre

©r4vi en CC via Flickr.com

Enfants gâtés de la gratuité, nous, internautes, sommes aujourd’hui majoritairement rétifs à payer pour de l’information. Pas impossible, mais pas pour toutes les informations et pas à n’importe quel prix.

Pourquoi paierait-on pour une information qu’une foule de sites proposent gratuitement ? La concurrence des blogs et sites de “curation”, au premier rang desquels Google Actualités – qui resservent plus ou moins légalement le travail des autres – démonétise l’information. Sans parler des réseaux sociaux qui deviennent les premiers distributeurs de la presse en ligne, et prélèvent une part croissante du marché publicitaire, au détriment des producteurs.

Et pourquoi devrait-on soudainement payer pour ce que la quasi-totalité des médias ont offert pendant de longues années ?

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Médias et citoyens : dix pistes pour rétablir la confiance

Journalistes et médias ne sont pas populaires ces derniers temps. Critiqués, bousculés, violentés, ils sont la cible des gilets jaunes, notamment. On leur reproche leur partialité, leur soumission aux pouvoirs politiques et économiques. Ce rejet vient de loin, mais il y a des pistes pour corriger le tir.

Les gilets jaunes, tout comme la vague de complotisme et de recherche de médias “alternatifs”, ne sont pas nés hier. Le doute s’est immiscé depuis longtemps.

Il est le fruit des nombreux mensonges et manipulations dont les citoyens ont été l’objet depuis la fin des années 80. Qu’on se rappelle le nuage de Tchernobyl opportunément stoppé à la frontière (1986), les faux charniers de Timisoara après la chute de Ceaucescu (1989), la guerre du Golfe “propre” de 1990 avec ses “frappes chirurgicales” mises en scène par CNN, la fiole de prétendu Anthrax agitée en 2003 à l’ONU par le général Powell pour justifier la 2e guerre d’Irak…

Comme dit Alain Souchon “on nous prend, faut pas déconner dès qu’on est né, pour des cons, alors qu’on est… des foules sentimentales”.

Dans ces exemples, les politiques ont utilisé les médias pour contrôler l’opinion, pour susciter son adhésion à la guerre, éviter des mouvements de panique, justifier l’exécution sommaire d’un couple de dictateurs infâmes. La question s’est posée d’une complicité avec le pouvoir politique, dès lors que CNN et les chaînes d’info à travers le monde diffusaient en boucle des images contrôlées soigneusement par les services d’information du gouvernement et l’armée américaine. Le vers était déjà dans le fruit.

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Newsletters : huit clés pour réussir son offre éditoriale et sa diffusion

 

Utile, originale, concise, bien titrée… voici huit conseils clés pour réussir sa newsletter à l’heure de l’infobésité et bataille pour l’attention.

1. Soyez utile, au sens large du terme

Ce premier point ressemble fort à un enfoncement de porte ouverte et pourtant… combien de contenus éditoriaux ne répondent pas ou mal à cette condition essentielle.

Il a selon moi quatre grandes catégories de services à rendre au lecteur. J’ai réinterprété le fameux modèle du mix-marketing des 4P (produit, prix, place, promotion) à la motivation des lecteurs, ce qui donne le “motivation-mix” suivant :

  • Pensée : en quoi le contenu me fait comprendre le monde et moi-même
  • Pratique : en quoi l’information m’aide dans ma vie concrète
  • Plaisir : en quoi le contenu me divertit, m’apporte du plaisir (y compris de l’agrément de lecture), m’informe sur mes passions
  • Partage : un service placé au centre du schéma ci-dessus car tous les contenus, s’ils sont bons, nous aident à nous socialiser.

Une information utile, drôle, émotionnelle se partage avec ses amis, sa famille, etc . Et ce n’est pas nouveau ! Il y a toujours eu un journal dans les cafés, lieu de socialisation, par excellence. On a besoin d’alimenter la conversation et l’information est le principal carburant social.

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Innovation média : huit moteurs et freins majeurs

Ouest Médialab organisait le 18 septembre 2018 son 5e Speed Training à Nantes dans les magnifiques locaux de l’école Audencia. L’occasion d’échanger quelques idées avec Nicolas Becquet lors d’un débat portant sur les moteurs et freins de l’innovation dans les médias.

Nicolas, manager des supports numériques à L’Echo, et moi-même sommes d’emblée tombés d’accord sur ce premier constat : s’il y a des ingrédients favorables, il n’y pas de recette universelle. Il appartient à chaque support de trouver SA recette, son organisation, son dosage efficaces.

Ceci complique la tâche, car il faut tâtonner un peu, tester différentes choses, avant de  trouver le mode fonctionnement idéal. Loin des martingales faciles importées parfois des grands journaux et magazines – tels le New York Times – aux moyens, contextes, organisations pourtant très éloignés des nôtres

Il y a néanmoins des facteurs clés qui facilitent cette innovation. J’ai recensé les huit principaux, à mon sens.

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Médias, ce n’est pas le moment d’abandonner les commentaires, ni l’interaction avec vos lecteurs !

 

Bulle de discussion, phylactère de BD rose, sur fond bois

Les commentaires et les interactions sur les sites d’information sont en voie de disparition. Mauvaise nouvelle pour les médias qui ne font ainsi qu’accentuer leurs difficultés, sur le long terme.

Le mouvement est assez général, en France ou francophonie et dans le monde. De nombreux éditeurs, effrayés par la mauvaise qualité des interactions – grossièretés, insultes, fausses nouvelles… ont décidé depuis environ deux ans, de supprimer les commentaires de leurs sites.

Une fois de plus, l’utopie Internet d’une société revitalisée par la technologie, en prend un coup. Non, il ne suffit pas de donner aux gens le pouvoir de s’exprimer pour créer une démocratie participative.

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