Modèles économiques des médias, marketing de contenus, outils et bonnes pratiques éditoriales, déontologie de l’information, usages et tendances et un zest de psycho-sociologie pour comprendre les usagers, ce qu’ils veulent et où ils vont…

Le « personal branding » : l’arme des plus faibles

personal lolers

personal lolers

Une nouvelle fois, la misérable polémique sur les journalistes brandeurs se poursuit, portée cette fois par les récipiendaires eux-mêmes. C’est faire trop d’honneur à ceux qui l’ont initiée…

Jeremy Joly, touchant de sincérité et visiblement atteint, se défend d’avoir jamais voulu endosser ce costume trop déplaisant pour lui du journaliste loleur un peu cynique et résolument arriviste.

Morgane Tual, à l’exacte opposé, assume totalement sa position et défend le droit de survivre en tant que journaliste de la légèreté et du superficiel plaisir, quitte à poster des “gifs de pet”.

Tous deux, sans s’en rendre compte légitiment une problématique qui n’existe pas, sauf dans l’esprit des chagrins qui l’ont initiée.

TOUS DES BRANDEURS !

Nous sommes tous des arrivistes que les choses soient claires ! Nous voulons arriver, progresser, nous élever… Cela s’appelle l’ambition et qui peut décréter que cela est mal ? Ce qui est mal, c’est de marcher sur les autres pour se faire. Et nos deux  journalistes sont très loin de ce portrait.

Il faut en revanche se méfier des purs, ces catarrhes (attention jeu de mot chiant)  donneurs de leçons transcendants – extérieurs et supérieurs- leurs motivations complexes ne sont pas toujours aussi désintéressées qu’ils voudraient nous le faire croire. Vanité, volonté de domination, jalousie…

Moi je préfère la vie, le positif, ceux qui se battent, y croient et s’amusent… car il faut de l’humour pour supporter notre époque difficile (ou toute époque d’ailleurs). Beaumarchais fait dire à son Figaro : “je me hâte de rire de peur de devoir en pleurer”, c’est souvent le motif profond qu’on retrouve chez les grands cyniques. Échappatoire comme un autre à l’insupportable frustration morale de l’injustice générale.  Le LOL pourrait bien être la nouvelle bible de Figaro (le personnage littéraire pas le titre arride) et pourquoi pas ?

Molière lui aussi se méfiait et moquait les fâcheux, les sinistres, les redresseurs de tort. Ils n’étaient pas plus qu’aujourd’hui gages de profondeur ni de moralité. Mais souvent mus d’un incommensurable ego ou d’une aigreur cachée qui les portaient à gâcher la moindre saveur fugace autour d’eux.

Alors vive le LOL, ce cordon sécuritaire et salutaire autour de la gravité du monde, qui n’exonère personne de s’en préoccuper. La pudeur m’a toujours plus impressionné que la rigueur.

LE PERSONAL BRANDING OU LE DROIT DE SEN SORTIR

Il ne faut pas chercher à théoriser plus loin. Les journalistes dépendent toujours des marques qui les emploient, les journaux, les médias qui les paient. Je rejoins sur ce point Cédric Motte. Dormez tranquilles bourgeois journalistes, les jeunes révolutionnaires journaleux cherchent juste à s’insérer, pas à prendre le pouvoir.

Mais ce sain désir d’ascension semble en déranger quelques-uns, en particulier, ceux qui sentent le pouvoir leur échapper… Il en a toujours été ainsi, c’est le cycle normal du remplacement générationnel. Pas de panique non plus de ce côté, un peu de dialogue devrait arranger tout cela. J’ai toujours été optimiste de nature 😉

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @ moxie

Sondage : Comment utilisez-vous Twitter le matin ?

Dans votre usage quotidien de l’oiseau bleu comment procédez-vous ? Vous lisez d’abord votre time-line ou vous envoyez les liens de votre revue de presse ? Petit sondage…

Les techniques habiles des nettoyeurs du web

silence, on vend...

silence, on vend…

Un petit litige avec Bouygues Telecom m’a conduit à évaluer le fameux pouvoir du consommateur 2.0 et son prétendu retour en force face aux entreprises. J’ai surtout découvert les techniques de censure ordinaire contre “monsieur tout le monde”.

Voir amendement à ce billet plus bas

Le web 2.0, la parole donnée au consommateur-citoyen sur Internet a ouvert le robinet public des revendications et des plaintes. Il est tellement plus facile et rapide de rédiger un commentaire rageur sur un forum qu’écrire un courrier au service clientèle, le timbrer, le poster.

La parole se déverse à grand flot sur les forums et les sites participatifs des marques qui contrôlent et modèrent d’ailleurs plus ou moins ces messages. A l’image des cahiers de doléances recueillis à la veille des Etats généraux de 1789 qui s’entassèrent, sans être lus.

La méthode Dooce

La méthode Dooce

Une des plus fameuses revanches d’un citoyen contre une marque fut celle de la blogueuse américaine dooce qui s’acharna publiquement contre une marque d’électroménager qui l’avait déçue… Comme on peut le constater à la lecture du nombre de ses abonnés (1,5 million), il ne s‘agissait pas du citoyen lambda. Beaucoup de grands médias français rêveraient de disposer du même volume d’audience. La blogueuse obtint naturellement réparation et plus encore

LE POT DE FER CONTRE LE POT DE TERRE ?

Dans mon cas, le rapport de force n’était pas le même. Si je dispose d’un blog et d’un compte Twitter actif, je ne me leurre pas sur ma microscopique “influence”, et tant mieux puisque c’était une condition de validité de l’expérience.

Détail de l’opération :

J’ai publié un billet racontant ma mésaventure avec Bouygues que j’ai copié-collé sur cinq forums différents, en rapport avec le domaine :

Le site de Bouygues lui-même
Comment ça marche
Forummobiles.com
Forum.lesmobiles.com
Tomsguide

Durant une matinée entière, je suis allé répondre aux commentaires sur ces différents sites, du moins ceux qui les avaient ouverts.

Résultat : une poignée de commentaires chez Bouygues, un retrait du message chez Tom’s guide et Comment ça marche… mais une belle activité sur les deux forums mobiles. 27 commentaires sur le premier, 24 sur le second et 340 vues.

Quelques heures après le début de l’opération, le community manager de l’entreprise me contacte via Twitter et propose de résoudre mon problème. Un appel plus tard et tout rentre dans l’ordre : Bouygues annule les frais indus et donne tort aux deux conseillers téléphoniques pour leur déficit d’écoute.

Bouygues champion Twitter

Bouygues champion Twitter


Première conclusion
: félicitations à Bouygues pour son exceptionnelle réactivité et la bonne fluidité de communication entre son site web et Twitter

 


Deuxième réaction
: pourquoi mon message a-t-il été effacé sur deux forums grand public ? Comment ça marche et Tom’s guide. Ce dernier allant jusqu’à effacer mon compte ?

Solution définitive

Solution définitive

Je n’ai rien commis de répréhensible sur le plan légal : pas d’injure, pas de diffamation, pas d’insulte… Si ce n’est le lien à la fin vers le papier original de mon blog, mais les autres forums se sont contenté de l’effacer.

Je me suis permis de leur poser la question des motifs : Comment ça marche n’a pas répondu à mon mail. Quant à Tom’s guide, impossible de les joindre, car, cerise sur le gâteau, le modérateur a installé un renvoi automatique vers le site des Télétubbies, ce qui est plutôt drôle hormis le bâillon qu’il constitue:

“Dafen@IDN vient de vous envoyer chez les télétubbies (Catégorie : toutes)
Raison de la sanction : spam”

Donc mon cri de colère de consommateur était du spam ? Je m’interroge sur l’origine de la modération : aurais-je eu affaire à ce qu’on appelle des nettoyeurs du web ?

LA CENSURE POUR LES CHAFOUINS

Une nouvelle activité s’est créée sur Internet qui génère beaucoup d’argent : les gestionnaires de e-réputation, dont un des pionniers est mon copain blogueur Versac via sa société Spintank (la meilleure du genre ai-je ouïes dire). En amont cela consiste à expliquer les règles basiques de l’interaction normale sur Internet et les réseaux sociaux, à commencer tout bêtement par  répondre aux gens.

En aval, ce sont des effaceurs qui sont payés pour limiter au maximum le buzz négatif autour d’une marque ou d’un produit. Leurs techniques sont variées : noyade de poisson sous une pluie de commentaires sans rapport, déplacement des messages dans des culs de sac d’audience, envoi de messages contraires sapant la crédibilité de l’émetteur, effacement pur et simple du commentaire, radiation du compte… Bref du spin-doctor économique appliqué à l’internet de monsieur tout le monde.

Dans mon cas, j’aurais donc eu droit à tout une bonne partie de l’arsenal répressif, en particulier le cul de sac de commentaire. Puisque l’opérateur a habilement déplacé mon billet (en Une de son portail, ça faisait désordre c’est vrai) dans une sous-sous navigation intitulée joyeusement Hors sujet. Et profitant au passage du déplacement pour supprimer la mise en forme de mon texte, en particulier les sauts de ligne, le rendant totalement illisible. Je doute après cela avoir eu beaucoup de lecteurs, mais au moins n’ont-ils pas supprimé le message.

Ce n’est donc pas le cas des deux gros forums grand public qui ont étonnement été les plus censeurs. ça me fait un peu de peine, surtout pour Tom’s guide dont j’admirais naguère l’intraitable indépendance, à l’époque où il s’appelait encore Tom’s hardware, avant de se développer à l’International et d’ouvrir son capital. Mais le propos n’est pas là.

Amendement du 21/09/10 à 12h42 : depuis la publication de ce billet, le modérateur de Tom’s guide m’a donné des explications d’une autre nature. Il a juste vu mon copier-coller, le lien vers mon blog en bas du billet et s’est dit : “voilà du bon spam des familles” (hommage à Burgess). Je ne lui en tiens pas rigueur et son propos se défend. La suppression de mes accès en revanche étaient un peu cher payé pour une première infraction… mais j’entends l’argument.

En revanche, j’invite Tom’s Guide et Comment ça marche à revoir leur position sur le fond et éventuellement à assouplir leur règles de modération. Les consommateurs sont très largement victimes des marchands qui régulièrement leur extorquent de l’argent de façon indirecte et plus ou moins vicieuse. Il suffit d’aller jeter un oeil aux dossiers de Que Choisir, ce qu’une amie journaliste a fait pour moi, pour s’en rendre compte. Aujourd’hui Internet constitue peut-être enfin, un vrai contre-pouvoir, pour les rares qui veulent se faire entendre. Alors oui, je revendique l’usage du mégaphone, tout comme dans les manifs.

Il y a certes des causes plus nobles et plus collectives. Mais j’ai aussi compris qu’en ces périodes de crise, l’heure n’était pas tellement à l’Etat Providence, mais plutôt à un terme technique germanophone “le demerdenzisich”.  Compter systématiquement sur une autorité supérieure, sur la loi, sur la police, sur papa ou maman pour se sortir des problèmes n’est pas une solution. Alors je continuerai de mégaphoner pour faire entendre mon droit. Quitte à faire amende honorable si j’ai hurlé trop fort. Mais c’est marrant comme le ton monte quand on ne vous écoute pas…

Je dois néanmoins reconnaître à ce forum : une vraie passion qui s’est manifestée par un déferlement de commentaires très impressionnant à la suite de ce billet. Donc il y a bien là des modérateurs impliqués qui font du mieux qu’ils peuvent et comme tout le monde (y compris moi-même) peuvent aussi se tromper. Je dois reconnaître que j’ai eu tort de les soupçonner de désinvolture ou d’incompétence (ce qui a ajouté  de l’huile sur le feu, objectif non recherché). Il y a eu une méprise des deux côtés,  suite à un problème technique : un problème de validation de mon compte, d’où sa suppression.

Je reste convaincu que d’autres nettoyeurs en revanche officient discrètement chez les commerçants et les marques fébriles. Ce papier mérité donc un complément d’enquête je le reconnais. Suite au prochain épisode.

 

Effaceurs commerciaux

Effaceurs commerciaux

LES FORCES CONTRE REVOLUTIONNAIRES

Face au changement de donne de la libéralisation de la parole, les marques et les entreprises ont peur et engagent des moyens cachés pour étouffer les scandales privés.

Pour protéger leur image ou leur budgets publicitaires, elles trahissent plus ou moins fortement les valeurs auxquelles elles prétendent adhérer de transparence, d’ouverture, de sincérité…

Tout comme les forces contre-révolutionnaires royalistes, aristocratiques et paysannes ont combattu la Révolution de l’intérieur, ce qui a coûté sa tête au roi. Il faut se rappeler, et ce n’est pas rassurant pour la liberté d’expression, que c’est finalement la bourgeoisie qui s’est imposée, c’est à dire les pouvoirs d’argent, tout comme les censeurs web-commerciaux d’aujourd’hui.

Ce n’est pas une prodigieuse découverte, tâchons de ne pas être naïfs, mais il faut en avoir conscience. La liberté c’est de comprendre de quelle manière nous sommes enchaînés (Platon si tu m’écoutes, sors-nous de la caverne 😉

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédits photo via Flick’r @ Yoshiffles et Mang M

Non, Google n’est pas responsable de la standardisation journalistique

clones journalistiques ?

clones journalistiques ?

Dans un article intéressant, mais assez démago, Owni pose la question suivante : les journalistes écrivent-ils pour Google ? Le vil moteur est supposé pervertir les journalistes qui s’intéressent plus à l’efficacité SEO de leur prose qu’à la satisfaction de leurs lecteurs. C’est partiellement vrai, mais la responsabilité en incombe aux journalistes, pas à Google.

D’abord il convient de rappeler une évidence économique : le but de Google est de faire des profits, or pour se faire, l’entreprise a opté dès l’origine pour la satisfaction du client, plus que les autres. Son succès vient de sa capacité à délivrer des résultats plus pertinents, plus exhaustifs et plus rapides que les autres. Google ne s’est pas arrogé plus de 65% de parts de marché mondial et plus de 90% en france en forçant la main des utilisateurs (contrairement à Microsoft qui dans les années 70-80 a percé grâce à une (abus?) position dominante sur la distribution de matériel informatique.

Google dont j’observe avec une certaine inquiétude par ailleurs le développement tentaculaire, n’en est pas moins méritant sur son core-business : il a réussi car c’est le plus efficace, celui qui rend globalement le meilleur service aux internautes.

L’ECRITURE WEB C’EST SERVIR L’UTILISATEUR PAS GOOGLE

“L’écriture web” n’est pas destinée à Google, mais bien au récepteur final : le lecteur internaute.

Ecrire pour Google, c’est écrire d’abord pour le lecteur : faire concis et précis (titre et accroches efficaces) riche (liens externes, popularité, régularité), et accessible sur la forme (gras, paragraphes etc.)

Ce sont tous ces critères qui sont récompensés dans l’algorithme de classification de Google et le moteur ne fait qu’appliquer les bonnes pratiques journalistiques classiques, adaptées au support qu’est l’écran (la lecture est en moyenne 25% plus lente et difficile sur un écran que sur du papier selon l’expert reconnu du sujet Jakob Nielsen). Ecrire pour le web, c’est bien écrire tout court.

LA STANDARDISATION VIENT DES JOURNALISTES

S’agissant de la standardisation des formats sur le web, je rappelle que cela n’est pas nouveau. Il existe dans tous les médias, en particulier en télévision, et depuis fort longtemps. Qui n’entend la désopilante musique des actualités Pathé dans lesquelles le speaker enchaînait des phrases de 3km avec un ton nasillard et un vocable ampoulé ? C’était le standard de l’époque.

Aujourd’hui en télévision, il est à la mode d’entonner une petite musique ternaire qui alterne l’aigu et le grave pour appuyer prétendument un propos : c’est le fameux ton sentencieux et prétentieux de Capital : “derrière cette porte (respiration), des millions d’euros s’échangent” (abaissement de la voix sur la dernière syllabe).

Je ne parle même pas des clichés journalistiques qui témoignent d’un mimétisme socio-professionnel classique et dénoncée avec humour et auto-dérision sympathique par  Rue89 via le compte alertecliché

C’EST AUX PRODUCTEURS DE CONTENU DE NE PAS ABUSER

Ce qui est vrai , en revanche, c’est qu’il ne faut pas être dogmatique et appliquer bêtement des recettes de SEO sans les comprendre. Ainsi les titres avec “kickers” ne sont pas une obligation, mais c’est plus efficace en termes de lecture (et pas seulement de référencement!)

Ex :
“Retraites : le détail de la réforme du gouvernement” indique tout de suite au lecteur la nature du sujet, c’est un service à lui rendre dans la profusion d’information (l’infobésité dit-on chez les journalistes “tendance”)

Mais le titre :
“La réforme des retraites gouvernementale en détails” fonctionne très bien aussi. l’information essentielle se trouve toujours le plus tôt possible.

Il est vrai également que les titres d’articles de jeux de mots plus ou moins tirés par les cheveux ont de moins en moins lieu d’être sur Internet. Ce n’est pas la faute de Google, c’est la faute de nos modes de vie hystériques et de la concurrence de l’attention liée à la pléthore de stimuli (tv, radio, jeux, mobile etc…). Nous n’avons pas de temps à perdre, bombardés que nous sommes de messages. Attirer l’attention des lecteurs aujourd’hui c’est comme essayer de parler aux automobilistes sur l’autoroute : faut vraiment faire court et clair !

Titres 20 minutes

Titres 20 minutes

Il faut donc que les titres soient informatifs et concis s’ils veulent retenir l’attention des lecteurs et c’est ce que récompense Google, pas autre chose. Mais cela n’empêche pas d’être créatif et imaginatif sur les titres des pages d’accueil, comme le fait très bien 20minutes. A condition de veiller à écrire un titre d’article informatif pour permettre au lecteur de comprendre immédiatement de quoi on lui parle quand il arrive de la recherche, aujourd’hui et demain (il faut penser aux archives). Et pour s’adapter  aussi à tous les nouveaux modes d’accès à l’information : flux RSS, mobile etc.

Enfin l’algorithme de Google évolue constamment et les différentes techniques utilisées par les petits malins pour envoyer du trafic sur du mauvais contenu sont assez régulièrement sanctionnées. Google n’a pas envie de tuer la poule aux oeufs d’or et attache énormément d’importance à l’efficacité des critères de classification. Le jour où il cessera de le faire, il disparaîtra. C’est l’ancien éditeur d’AltaVista qui vous parle…

Google est un bon outil de recherche qui sert avant tout l’utilisateur. Si les titres web se standardisent, c’est d’une part dans l’intérêt du lecteur et d’autre part, par manque d’imagination et d’inventivité des journalistes.

Enfin, que le web soit plus orienté vitesse et efficacité est inhérent à l’usage majoritaire de ce média. Pour les titres plus incitatifs et ludiques, il y a le papier. A chacun son truc, comme l’a bien compris Libération. Enlever à la presse ce rare avantage concurrentiel par rapport au web, n’est vraiment pas charitable 🙂

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flick’r @Legoboy Production

 

A LIRE AUSSI :

Bouygues, champion de la radiation client ?

bouygues telecom

bouygues telecom

Pour la 4e année consécutive, Bouygues se gargarise d’être le numéro 1 de la relation client, dixit l’étude TNS-Bearing Point. Ma mésaventure personnelle avec l’opérateur mobile me laisse perplexe sur les conclusions qu’il faut en tirer.

Le service clientèle Twitter de Bouygues m’a contacté à peine 4 heures après mon premier post.  Chaleureux, drôle et humain ! le Community manager ou responsable com’ ont rattrapé la bévue du SC téléphonique.  Bravo et merci. Reste à évangéliser les troupes marketing trad vis à vis du web 2.0.  Je suis disponible 🙂

Suis-je victime d’une statistique et aveugle malchance ou cela signifie-t-il seulement que les autres opérateurs sont pire ? Bouygues serait-il un peu moins mauvais que les autres ? Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois paraît-il. Jugez plutôt…

Le 20 août dernier, après plusieurs mois d’attentisme mou, je décide de me lancer dans la modernité et de franchir le cap de l’Internet mobile. A moi la connexion 3G illimitée porteuse de connectivité épanouie. A moi les autoroutes de l’information bienveillantes, accessibles partout, tout le temps. Le bonheur est là, à portée de main, et me tend les bras.

Un coup de fil au très performant service clientèle transforme mon misérable forfait 1h30 en forfait Ideo 2h, SMS illimités (j’exècre ce pianotement digital au dernier stade, mais enfin, c’est gratos), Internet 3G à volonté, le tout combiné à mon abonnement Internet pour seulement 60 euros/mois. Ideo, c’est idéal. La charmante opératrice téléphonique m’avertit du changement de mon abonnement et me précise que le nouveau ne sera effectif qu’à partir du 8 septembre.

Le jour même, je reçois un SMS qui m’avertit en effet du délai d’activation de ma promesse d’avenir radieux : « votre demande de changement de forfait a bien été prise en compte et sera effective le 8 septembre », puis un second message assez inepte auquel je ne prends pas bien garde : « votre demande d’ajout/suppression de service est enregistrée et sera effective le 9 septembre ».

Là commence l’attente insupportable consolée par la certitude d’accéder prochainement au firmament de mon extase technologique. Enfin, le 8 septembre au matin arrive le message de délivrance : « votre demande de changement de forfait du 8 septembre a été prise en compte. Votre contrat est mis à jour.

INDICIBLE JOIE SUPRÊME FELICITE

Je me rue sur mon nouveau téléphone comme la vérole sur le bas clergé. E-mails, Search, Youtube… je teste, je teste pendant plus d’une heure. Puis, enfin repus et rassuré d’appartenir au club des mobilo-geeks, je ferme mon engin et l’oublie tout à fait.

Jusqu’à consultation le 11 septembre de ma facture téléphonique qui m’avertit d’un dépassement de 104, 09 euros. Je conserve ma légendaire placidité une bonne dizaine de secondes avant d’empoigner rageur mon téléphone pour appeler le merveilleux service clientèle.

J’explique mon souci à une adorable demoiselle qui, mal à l’aise et confuse, transfère mon appel à l’un de ses collègues. Dès le début, je sens un très net supplément d’hormones dans le ton de la voix de mon correspondant. L’apparente erreur du supérieur service clientèle, n’en est pas une. En réalité, tout est ma faute.

UN SERVICE CLIENTELE SOURD MAIS PAS MUET

« Monsieur vous avez reçu un SMS vous indiquant que le service multimédia ne serait effectif qu’à compter du 8 septembre à minuit. Par conséquent, vous étiez encore sur votre précédent abonnement, d’où, les 100 euros de communications excédentaires qui sont dues » me dit le commercial aguerri avec toute la fermeté dont il sait faire preuve. »

Je ne prends même pas la peine de contester son propos erroné, s’agissant de l’avertissement d’horaire. Estomaqué par l’argumentation, je tâche de lui expliquer que c’est bien mal commencer ma lune de miel 3G avec Bouygues, que cette sur-facturation exorbitante. Mon heure et quelque d’utilisation anticipée du service me coûte 4 mois d’abonnement de mon précédent forfait. C’est mal récompenser ma fidélité, taché-je de lui faire comprendre.

Mais l’obstiné commercial ne se démonte pas et verse maintenant dans le paternalisme réprobateur « Monsieur, vous êtes abonné chez nous depuis plusieurs années, vous saviez à quelle date anniversaire prenait fin votre abonnement, c’est donc une erreur de votre part, je ne peux rien faire ». C’est évident, tout le monde se rappelle de la date anniversaire de son forfait mobile, juste après l’anniversaire de sa mère.

Plus j’essaie d’argumenter, moins le bougre me laisse parler. En quelques minutes une bataille vocale absurde s’engage entre nous, à celui qui couvrira le mieux la voix de l’autre. « Je parle de vol légal, d’arnaque inacceptable » Lui me renvoie à mon erreur initiale : n’avoir pas respecté les 24 heures de délai prétendument indiqués, jamais reçus.

Je finis par raccrocher, furieux, décidé à résilier tout : veau, vache , cochon, couvée, internet mobile, mobile, Internet fixe…

LE SERVICE RESILIATION PIRE ENCORE

Calmé mais résolu, je rappelle une heure plus tard le service résiliation, certain de trouver une oreille plus attentive et peut-être négocier un arrangement pour éviter de mettre fin à trois ans de bons et loyaux paiements mensuels.

Mais mon interlocuteur est encore plus sourd que le premier. « Je sais monsieur, vous avez appelé mon collègue à 14h26, mais étant donné votre erreur, nous ne pouvons rien faire » me dit-il en résumé. Histoire de me faire bien comprendre que son camarade a eu le temps de bien lui expliquer la situation et que vraiment, je suis totalement responsable.

Je tâche de développer une argumentation sur la différence entre la lettre de la loi et l’esprit de la loi et que, en dépit de mon erreur (que je prends hélas naïvement à mon compte), je suis de bonne foi.  Les 100 euros sur-facturés constituant une injustice terrible pour qui a contracté justement un nouveau forfait censé l’en préserver. Mais mon zélé commercial ne m’écoute même pas et couvre ma voix de sa logorrhée constante.

Je lui demande alors la résiliation de tout et lui demande donc le prix de ce désengagement. Il m’annonce alors le tarif sympathique de 350 euros, correspondant aux deux ans d’engagement que je viens de signer. Contrairement au nom de la déesse grecque de la victoire qui porte bien mal son nom, je suis bel et bien Niké. Avec Les 90 euros de dédommagement pour les 3 mois restant de la Bbox, cette résiliation me coûterait donc près de 450 euros.

Je fulmine et avant de raccrocher de rage, promets avec une candeur infantile, une rétorsion future vis à vis de cette malhonnête société. Comme si mon interlocuteur en avait quelque chose à cogner.A part sa commission à la fin du mois, mes états d’âme et le principe de justice lui sont  parfaitement étrangers.

zorro des zéros

zorro des zéros

UN COMBAT PATHETIQUE ET RIDICULE

Je ne suis qu’une victime très ordinaire parmi des milliers d’une politique de mé-sinformation (probablement calculée) d’une société privée. Cela arrive tous les jours à plein de gens, mon cas n’a rien de bien émouvant. Mais c’est surtout le mépris total avec lequel j’ai été traité, sur le fond et la forme, qui me révolte. J’ai une brutale envie de me venger et de venger avec moi les milliers d’autres petites victimes de cette machinerie sourde : je m’improvise le Zorro des zéros. C’est une cause minable, mais elle est à ma hauteur: celle des petites gens floués. Voici donc ce billet de rétorsion destiné à punir ce merveilleux service clientèle. Un combat perdu d’avance certes. Mais qui ne se bat pas, n’a pas le droit de se plaindre, non ?

Cyrille Frank aka Cyceron
Crédit photo via Flick’r @ James Cridland et barbera

Les mécanismes séculaires de l’influence médiatique

l'influence des médias

Influence des médias

Les “influenceurs”, interprètes des autochtones du web, sont les éclaireurs des nouveaux territoires médiatiques auprès des commerçants et politiques qui n’y entendent rien. Leur technique repose sur 5 principes séculaires.

1- INSPIRER LA CRAINTE

Inspirer la crainte plus que l’amour (Machiavel, “le Prince”), susciter la terreur même, tel Vlad l’empaleur résistant à l’envahisseur ottoman qui a tellement frappé les imaginations ennemies, que son nom entra dans la légende sous le nom de Dracula.

Il faut s’attaquer à des ennemis redoutables pour mettre en scène son courage, sa force, sa vertu. Tout comme les héros grecs n’accédaient au mythe que via l’accomplissement rituel d’épreuves surhumaines (cf les 12 travaux d’Héraclès)

C’est la stratégie de Birenbaum brocardant Aphatie, ou de Bruno Roger Petit épinglant Elisabeth Levy. Il n’y a pas de grand héros, sans grands monstres. Le message adressé aux autres est clair : “attention, j’ai le pouvoir de détruire socialement, car je maîtrise le ridicule”.

2- SUSCITER L’AMOUR

Raréfier son attention au vulgus pecum  et accorder ses faveurs avec une extrême parcimonie. Reproduire la geste aristocratique qui veut que l’on ne remercie jamais les serviteurs, que l’on n’accorde que le minimum d’attention au vulgaire, que l’on respecte son “rang”. C’est déchoir qu’user sa personne à des personnes ou des tâches subalternes. Techniques de contrôle de l’aristocratie par Louis XIV que Mitterrand a su fort bien reproduire vis à vis des élites intellectuelles et médiatiques.

Par le jeu classique de l’offre et la demande, la raréfaction des communications augmente leur valeur. Et quel meilleur moyen ensuite pour créer de la reconnaissance, voire de l’amour, de la part de ceux à qui l’on s’adresse exceptionnellement : “il m’a parlé, il m’a souris, il m’a répondu !”

Même procédé que celui utilisé par les politiques qui se font souffler le nom des “petites gens” qu’ils rencontrent. Ou du Pdg qui lors d’une assemblée, s’adresse à l’employé du bas de l’échelle par son patronyme. Quel merveilleux gain d’image et d’estime du peuple gagné “à pas cher”.

3- EXAGERER SA PUISSANCE

Un des instruments de la domination sociale est le bluff. Exagérer sa puissance et celles de ses ennemis pour intimider, glorifier son propre nom. Stratégie très efficace mise en place par ce pionnier de la propagande : Jules César qui dans la “Guerre des Gaules” accentue outrancièrement la férocité et la barbarie des celtes pour mieux réhausser son mérite de les avoir vaincus.

Rappeler ses victoires ou les nommer comme telles, même quand il s’agit de défaite. Ainsi de Ségolène qui répète à l’envi qu’elle a réuni la moitié des Français sur son nom, considérant sa défaite comme une victoire à venir. Technique politique très ancienne qui rappelle la bataille de Kadesh entre Ramsès II et Muwatali II, l’empereur hittite. Bataille au cours de laquelle les deux peuples se sont neutralisés mais dont chacun a revendiqué la victoire. Les Egyptiens ont toutefois gagné la bataille politique en inscrivant l’Histoire  sur les murs de leurs temples. La maîtrise de l’Histoire est éminemment politique. D’où la vigilance dont il faut faire preuve vis à vis de ceux qui veulent la réécrire à l’aune de leurs intérêts et convictions particuliers.

4- S’ENTOURER DE MYSTERE

En matière d’influence web, il faut faire savoir le plus possible que l’on a des relations, des entrées, que l’on est un “insider”… Sans donner de noms, sans faire l’inventaire de son carnet d’adresses, mais en donnant par petites touches des gages réguliers de sa tentaculaire longueur de bras.

Etre concis, pour ne pas dire laconique, afin que le propos ouvert puisse être interprété de 100 façons différentes. S’appuyer sur la fonction projective de l’individu, la fameuse tâche de Rorschach. Ou illusion de forme qui ne représente rien, si ce n’est ce que l’individu y met lui-même. Procédé superbement mis en scène par David Lynch dans Mulholland Drive, l’IKEA cinématographique, le film à monter soi-même.

Etre obscur pour masquer le manque de profondeur de la pensée mais toujours avec des mots compliqués, supplétifs d’intelligence qui rassurent le lecteur. Cosmogonie, herméneutique, sérépendité… Autant de “name-dropping” qui visent parfois moins à développer une argumentation qu’à en mettre plein la vue. Technique classique en agence de pub où l’on “néologise” à tour de bras ou l’on use d’anglicismes abscons pour impressionner le client. Il s’agir de le mettre immédiatement en position d’infériorité : vous utilisez un langage qu’il ne comprend pas, c’est dire s’il a besoin de vous…

5- FREQUENTER LES PUISSANTS

Communiquer avec des élites médiatico-intellectuelles (Eric Zemmour ou David Abiker par exemple), avec des politiques “tendance si possible (nkm est parfaitement indiquée), avec des puissance d’argent (grands patrons, directeurs d’agence de publicité et de communication…).

Par le jeu tacite de l’adoubement relationnel, si vous fréquentez les puissants, c’est que vous en êtes. D’où l’importance capitale d’être vu avec des pop-stars, tel Christian Audigier, affichant sur les murs de son club de nuit ses effusions avec Michael Jackson.

D’où la nécessité sur Twitter d’entretenir des conversation publiques avec des puissants ou du moins des influents : journalistes, créateurs d’entreprises, célébrités… Et surtout pas en message direct, le DM est le démon.

escalier social

escalier social

ATTEINDRE LE BOL DE SANGRIA

Le but du jeu ultime est d’intégrer le cercle fermé des puissants, des vrais influenceurs : les médias traditionnels, au premier rangs desquels les médias audio-visuels. D’abord la radio, puis, si tout va bien, la télévision, seul média de masse (mais peut-être plus pour longtemps…) Ou intégrer des cercles politiques qui ouvrent bien des portes : business, médias, fonctions publiques…

Les “influents” sur la toile se servent surtout d’Internet comme un moyen d’ascension sociale. Ils monnaient leur savoir-faire et leur lien sur la masse auprès des vrais puissants qui leur achètent un moyen de contrôle supposé sur les opinions : pour vendre  des marques, des partis, des idées politiques…

Crédit photo via Flick’r :  musmacity1 et pixel@work

Faut-il impérativement twitter en anglais ?

Pour attirer les utilisateurs anglo-saxons de Twitter, majoritaires,  faut-il s’adresser dans leur langue, ou l’anglais est-il un repoussoir pour les lecteurs français ?


Nouveaux médias : une nouvelle classe de dominants

Le pouvoir au peuple ?

Maintenant le pouvoir au peuple ?

Internet et les nouveaux médias ne facilitent pas le partage du pouvoir. Ces nouvelles technologies comme beaucoup avant elles, permettent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dirigeante.

LE PEUPLE AU POUVOIR ?

Avec les nouvelles technologies de l’information se répand l’idéologie du peuple au pouvoir : simplification des techniques, baisse des coûts d’entrée… Les nouveaux produits démocratisent la culture et permettent à tous de s’élever socialement, de “reprendre la main”.

C’est un peu l’idée inhérente à l’UGC (User Generated Content). Nous serions passés de l’ère du consommateur passif à celui de l’internaute actif et créateur. Les technologies “libèrent la créativité”, comme quelques publicités et autre best-sellers nous l’assurent.

D’autres plate-formes libèrent la création du plus grand nombre grâce au financement mutualisé de type My major company

De même le consommateur, désormais acteur (“consom’acteurs” disent les marketeux jamais en mal de néologismes fumeux), prend sa revanche sur les marques. Il décide désormais de manière beaucoup plus rationnelle en se fondant sur la recommandation de ses proches (pdf rapport Credoc) plus que sur la publicité.

Les blogs, Twitter et les réseaux socaiux libèrent la parole, décentralisent et démocratisent la discussion, les médias traditionnels en particulier la presse, perdent leur monopole sur l’information. Celle-ci appartient désormais à tout le monde. C’est la fin de l’information descendante et l’avènement au contraire d’une collaboration avec le lecteur dans la fabrication de l’information. Jusqu’à l’irruption d’un journalisme à la demande, où la ligne éditoriale est déterminée par le lecteur lui-même.

Avec Facebook, Les PME peuvent se lancer dans le grand bain du e-commerce avec facilité : il leur suffit de monter une page de fan. Plus besoin de développer des usines à gaz, monter des bases de données sur serveurs et maîtriser 5 langages informatiques. Démarches totalement inaccessibles qui les rendaient totalement dépendants de web-agencies plus ou moins sérieuses ou honnêtes.

Le savoir n’a jamais été aussi libre d’accès grâce notamment à Wikipedia, qui malgré ses erreurs, reste un source encyclopédique assez fiable (ou plutôt pas moins mauvaise que d’autres). Les grandes universités fournissent désormais gratuitement en ligne leurs cours en vidéo à l’instar de quelques prestigieuses grandes écoles, telle Yale

Une pléthore de bases documentaires sont en libre accès comme je le décris dans mon billet “nouveaux medias : trop de mémoire ou pas assez ?

L’ARGUMENTAIRE DES VENDEURS DE PELLES


Ruée vers l'or

Nouveaux médias : le nouvel eldorado

Dans la ruée vers l’or américaine de la fin du XIXe, sauf exceptions, les seuls qui firent fortune  sont ceux qui vendaient les pelles et les pioches.

Aujourd’hui, face à l’eldorado du web, les “vendeurs de pelles” sont les agences marketing, les consultants, les web-agencies, les fabriquants de matériel informatique… tous ceux qui ont intérêt à générer le plus d’investissement dans le secteur, à faire venir un maximum de prospecteurs.

Il s’ensuit un bouillonnement d’activité, d’innovations, d’émulation qui n’est pas que négative, bien au contraire, quand elle n’est pas exagérément risquée

Mais le discours pro-web 2.0 sous-estime bien souvent les risques pour les entreprises. “Entrez dans la discussion, jouez le jeu de la transparence”… Oui, sauf quand les moyens de gestion communautaire ne sont pas là, sauf quand la manière de procéder n’apporte aucune valeur utilisateur. Ouvrir une page de fan Facebook alimentée d’un flux d’infos corporate, c’est comme les “sites vitrines” des années 2000 : cela ne sert à rien si ce n’est enrichir un peu l’agence qui aura vendu le projet (“vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas en être”)

En revanche, ouvrir ses produits aux commentaires sans Community manager digne de ce nom (et pas un stagiaire qui en sait à peine plus que vous), c’est dangereux. C’est comme appeler des gens au téléphone, sans jamais parler : ça agace.

UN DISCOURS MERITOCRATIQUE CULPABILISANT

Avec la simplification des outils, la démocratisation et la gratuité des savoirs disponibles, la baisse des coûts d’entrée… tout semble tellement plus facile que si l’on n’y arrive pas, c’est qu’on ne le veut pas vraiment. C’est cette mythologie de la méritocratie que la sociologue Marie Dullut-Berat décrit pour le domaine scolaire.

Ce discours du “tout est possible” est celui du libéralisme économique et de la droite traditionnelle. Libérez les entraves qui pèsent sur les individus et la société dans son ensemble y gagnera. En plus d’être efficace, ce système est juste car il repose sur le mérite puisqu’il favorise l’accession des plus dynamiques, ceux qui ont la volonté de s’en sortir, ceux qui ont fait l’effort, ceux qui ont pris des risques…

Sauf que cette vision utopiste minore tous les facteurs indirects et néanmoins puissants d’inégalité, tels que le niveau culturel, le capital culturel, les valeurs d’ambition, de confiance du milieu d’origine etc.

On retrouve avec le web 2.0 toute cette utopie dangereuse du possible qui rejette implicitement dans le camp des fainéants ou des inaptes, tous ceux qui ne prennent pas le train de la technologie.

Je me rappelle du cri sincère de Loïc Lemeur, lors d’une réunion de blogueurs en pleine présidentielle 2007, qui, s’adressant à une jeune fille sur-diplômée expliquant sa difficulté à trouver du travail s’écria : “monte ta boîte !”.  Cela lui paraissait évident, voire facile et il ne semblait pas comprendre la réticence de ceux qui hésitent à se lancer. Sans prendre conscience que sa confiance, son assurance à lui, sont le résultat unique d’une éducation de confiance, de réussites accumulées, de rencontres motrices, de chance… sans parler des facilitateurs de parcours comme les grandes écoles (HEC en l’occurrence).

LA CONSTITUTION D’UNE NOUVELLE ELITE

Nouvelle élite

Une nouvelle classe dominante

En réalité, les nouvelles technologies consacrent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dominante : ceux qui les maîtrisent.

Tout comme les maires du Palais ont remplacé les monarques mérovingiens (les fameux “rois fainéants”), comme la bourgeoisie a remplacé l’aristocratie après la révolution française… Aujourd’hui se construit lentement sous nos yeux une nouvelle classe médiatico-commerciale qui prend le pas sur les héritiers d’une économie vacillante

Jeunes journalistes 2.0,  communicants et marketeux technophiles, experts et consultants en réseaux sociaux, entrepreneurs du secteur technologique… Tous ceux qui s’adaptent à l’accélération du changement pour non seulement survivre mais  en vivre.

Ce n’est ni juste, ni injuste car l’Histoire est a-morale, contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire. C’est juste une évolution logique et inéluctable qui crée des crispations du côté de ceux qui refusent ce déplacement de pouvoir car ils se sentent menacés, à juste titre d’ailleurs.

Ainsi par exemple, Erwann Gaucher qui dénonce fort justement dans son article le mépris de certains médias traditionnels vis à vis de nouvelles pratiques du journalisme, en l’occurrence le “personal branding”.

Les changements technologiques importants dans l’Histoire sont toujours créateurs de déséquilibres et de bouleversements politico-économiques. La maîtrise du fer a favorisé les tribus sur celles qui pratiquaient le bronze, la technique militaire collective et soudée de la phalange grecque ou de la manipule romaine ont permis la domination de ces deux civilisations, les armes à feu ont permis l’unification du Japon par les clans Nobunaga et Tokugawa, ainsi que la domination coloniale…
Lire à ce sujet l’excellent “culture et carnage

Aujourd’hui l’arme de domination sociale principale de nos sociétés modernes est l’information. Et à ce jeu là, les classes déjà dominantes, comme toujours, sont les mieux armées. Contrairement au discours technophile utopiste, nous assistons non pas à une démocratisation du pouvoir, mais à un déplacement entre groupes déjà favorisés. Aux lions la carcasse, à la masse des chacals alentour, peut-être quelques miettes du festin.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo Flick’r: zert., zerozz1080 , Dunechaser

Réseaux sociaux : bienvenue dans la matrice

conformisme, réplication

Crédit photo Just.Luc via Flick'r

Les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, accentuent tous deux la valeur de socialisation. Laquelle conduit à une forme d’auto-contrôle de ses membres, notamment via le conformisme qui traduit l’évitement du risque.

PLUS D’AMIS NE VEUT PAS DIRE PLUS D’ECHANGES

Fabrice Epelboin, de l’excellent Readwriteweb, avait commenté l’étude (2009) de Cameron Marlow, sociologue travaillant pour Facebook, qui montre le décalage entre le nombre d’amis Facebook et le nombre réel d’amis, ceux avec qui lesquels on a de vrais échanges.

Les internautes ont en moyenne 130 amis sur Facebook (chiffre 2010) mais ne dialoguent qu’avec quatre d’entre eux (pour les hommes) ou six (pour les femmes).

Même les collectionneurs ayant 500 amis ou plus, ne font guère mieux : 10 pour les hommes et 16 pour les femmes. (Peut-être parce qu’elles y passent plus de temps, mais cela ne répond pas à la question de leurs motivations, à creuser…)

Idem pour les interactions faibles (commentaires, “j’aime”, mises à jour de statuts) le chiffre d’amis réel reste étonnement faible : sept amis en moyenne chez les hommes et dix chez les femmes.

Voilà qui remet en cause l’idée d’une sur-sollicitation sociale qui conduirait à l’appauvrissement des échanges en raison du nombre. S’il fallait communiquer avec tout le monde, la teneur des propos serait évidemment réduite à un minimum de mots, par rationnement évident du temps. Il en découlerait une superficialité “mécanique”.

PAS APPAUVRISSEMENT MAIS EDULCORATION

L’analyse des thèmes les plus des abordés dans les mises à jour de statuts sur Facebook en 2009 témoigne d’une tonalité fortement “divertissante” des préoccupations : people, cinéma, sport et les outils eux-mêmes (Facebook, Twitter) occupent le haut du pavé. On note toutefois l’importance de la thématique Santé (en 3 et 8e position du classement ci-dessous) mais davantage pour des raisons conjoncturelles : le buzz autour du risque de pandémie H5N1.

Le FML (fuck my life) qui correspond à “notre vie de merde”, fait un carton. C’est un thème ultra-efficace pour créer de la complicité sur le mode humoristique et communautaire avec un message implicite “tous égaux face aux emmerdes.

Mais exception notable : la position de la Religion en 14 e position, thème sérieux et engageant, mais qui traduit surtout la sur-représentation du continent américain dans le volume global des messages échangés. Les Etats-Unis totalisent 125 millions d’utilisateurs contre moins de 19 millions pour la Francechiffres juillet 2010. Je gage qu’en France, la thématique religieuse serait bien plus faible.

Si cette étude n’entrant pas dans le détail des propos, ne peut servir à prouver le caractère inoffensif des conversations- les commentaires parfois haîneux des sites sportifs en témoignent- il montre en tout cas l’absence de thématique politique. Mais sans doute y a-t-il là une explication d’ordre démographique avec une forte proportion de jeunes (45% ont moins de 25 ans cf graphique ci-dessus)

En l’absence de données qualitatives, il faudra donc se contenter d’hypothèses et de  subjectivité personnelle (assumée) 🙂

Car si l’on a vu que la sur-sollicitation informationnelle ne générait pas nécessairement plus d’échanges réels sur Facebook, et on peut en supposer la même chose sur Twitter, je soupçonne un effet indirect de cette masse d’auditeurs silencieux.

Et c’est là que se situe peut-être le principal danger des réseaux sociaux : l’édulcoration des propos, l’auto-censure, le politiquement correct.

Comment ne pas dire que des choses très superficielles et consensuelles quand son auditoire  potentiel est si varié ? Qu’il est constitué à la fois d’amis, de collègues (voire son chef), de membres de sa famille… Qu’il comporte indifféremment des gens de droite, de gauche, des laïcs ou religieux, et autant de valeurs différentes, parfois aux antipodes ?

Il se produit alors dans le privé ce qui se passe dans la sphère publique pour les personnes médiatiques, politiques ou people : l’effet “minimum dénominateur commun”. Une fois que l’on a ôté toutes les occasions de déplaire, que reste-t-il ?

Il reste les belles valeurs universelles de générosité et d’amour, d’égalité et de tolérance que l’on peut observer à travers les causes, ou les groupes :

Soutien aux deux journalistes de France 3 retenus en Afghanistan

Pour que Facebook soit plus vigilant sur les propos racistes et homophobes

La ferme des célébrités : Marre des stéréotypes racistes sur l’Afrique !!

Il reste l’humour et  la dérision via les insolites, fakes et autre pubs rigolotes. C’est le LOL gentillet tellement en vogue aujourd’hui, car il permet de limiter le risque social tout en s’assurant une popularité.

L’EVITEMENT DU CONFLIT

Fight club

Crédit photo Joe Sciglitano via Flick'r

Ce que l’on observe sur Facebook, comme dans la société en général, c’est l’évitement de l’affrontement, de tout heurt communicationnel.

Ce qu’on appelle le “small chat” ou les discussions d’ascenseur. Surtout ne dire que des choses bien lisses, pas engageantes qui ne vous livrent pas trop. Car il s’agit aussi de se protéger de la multitude.

La plupart des gens que j’observe sur Facebook se comportent comme des grands timides qui auraient convoqué une conférence de presse pour parler d’eux. “Que vais-je bien pouvoir publier sur mon mur de pas trop personnel ? Tiens une pub marrante, ça devrait leur plaire”

Quand un message négatif est émis, ce dernier prend bien garde d’enfoncer les portes ouvertes de l’indignation générale : Les Bleus quelle honte, Domenech quel imbécile, Hortefeux quel salaud…

UN POIL PLUS DE LIBERTE SUR TWITTER

Il y a sans doute sur Twitter un peu plus de liberté de ton, en raison de la plus grande homogénéité de ses utilisateurs actifs, lesquels sont issus de la sphère davantage professionnelle que privée.

Et surtout, en raison du profil plus individualiste et socialement dominant de ces hyper-twitters qui leur confère une assurance beaucoup plus forte. On y retrouve d’ailleurs la quasi-totalité des blogueurs “influents”, de Maitre Eolas à Jegoun en passant par Koztoujours, comme un grand nombre de journalistes jeunes et branchés : Vincent Glad, Alex Hervaud, AudeBaron

Ou encore des professionnels de la communication qui s’efforcent de lutter contre l’auto-censure et renforcent même leur marque par ce biais. C’est ce que raconte Michelle Blanc forte de “ses plusieurs milliers d’abonnés”.

C’est à propos de ce critère d’individualisme (et d’individualité) plus grand  que je déclarais, de manière un peu provocatrice, que Twitter est de droite quand Facebook est de gauche.

UNE PROVOCATION CALCULEE

Il y a parfois, parmi la faune dominante, une stratégie délibérée de différenciation et de médiatisation par la provocation, notamment via les “twitt-clashs”.

Une distance à la norme savamment étudiée qui permet d’être socialement transcendant, à la fois extérieur et donc supérieur à la foule. Un procédé aux motivations multiples que je tente de décrypter dans mon billet dédié aux prises de bec sur Twitter

A Facebook l’humour inoffensif et souvent burlesque, à Twitter le LOL sarcastique (ironique et méchant) qui n’est pas sans rappeler le film Ridicule

Mais Twitter non plus n’échappe pas à ses marronniers consensuels tels la liberté de télécharger, la lutte contre le contrôle étatique, bref le discours classique des geeks libertaires sur-représentés également parmi les influents du réseau. Je recommande à tout socio-suicidaire de venir défendre sur Twitter l’industrie musicale contre le peer to peer ou la loi Hadopi. Même la populaire NKM, malgré sa prudence, y a laissé quelques plumes

PANURGE CA URGE

On retrouve ce conformisme de position dans l’usage des retwitts. Certaines autorités, certains noms agissent sur la masse (dont je fais partie) comme des neutraliseurs de sens-critique. J’en ai été moi-même victime en retwittant des articles que j’ai trouvés géniaux sur l’instant, pour ne pas avoir pris assez de temps à y réfléchir. L’article ci-dessus qui théorise “la mort du web” n’en est pas moins intéressant, mais il m’a fallu lire celui-ci pour comprendre mon empressement aveugle à l’enthousiame.

C’est le travers même de Twitter qui est aussi sa qualité : la vitesse. Il faut aller vite car si l’on retwitte un truc trop vieux, on est ridicule. Si l’on veut avoir les bonnes places du RT, c’est comme au théâtre, il faut être le premier. Ah vanité de la course aux followers…

Alors, pour limiter le risque, on se repose sur des valeurs sûres. Chris Anderson de Wired, c’est quand même pas le dernier des imbéciles ! Les facteurs additionnés de vitesse et réputation tendent sur Twitter à renforcer encore davantage l’autorité de la source. Ce qui nous rappelle la fameuse expérience de Milgram devenue célèbre récemment via une polémique émission de télé

On en arrive alors de temps à autre, à ces ratés des RT. Quand la vitesse nécessaire pour accroître son influence nous fait riper. Comme ces retwitts de messages comportant de mauvais liens. Ou ces relais d’articles dont le titre plus ou moins racoleur dit précisément le contraire du texte, ce qui signifie que le retwitter n’a pas jugé utile de lire l’article qu’il recommande pourtant aux autres.

Bienvenue dans la matrice

Crédit photo : Kleiner Hobbit via Flick'r

ET SI LA MATRICE C’ETAIT  NOUS ?

“L’enfer, c’est les autres” disait Sartre dans Huis-clos, ou plus exactement, l’enfer c’est l’image de soi qu’en ont les autres, quand cette image est mauvaise.

On pourrait dire plus simplement que l’enfer, c’est soi-même. Nous somme piégés par notre ego et notre besoin d’amour qui nous conduisent à être dépendants des autres, de l’image qu’ils peuvent avoir de nous.

Le sociologue et linguiste Erving Goffmann a très bien démontré, notamment dans “The face work” comment nous jouons des rôles et “théâtralisons” notre communication (verbale et non verbale), de façon le plus souvent inconsciente. Ceci pour mieux correspondre à l’image que l’on souhaite donner de nous-mêmes ou pris au piège de l’image que l’on croit donner. De sorte que les échanges sociaux sont une négociation permanente de notre image.

Un négoce qui s’incarne même aujourd’hui à travers un marché boursier créé pour mesurer la cote de e-réputation des usagers Facebook

Et ce n’est peut-être qu’un début des offres de services liés à la e-réputation, on connaît les désormais les effaceurs, peut-être demain les relookers de e-réputation, chargés d’inventer une vie ou un passé valorisant ? Mais P. K. Dick l’a sans doute déjà écrit dans l’un de ses innombrables et prémonitoires romans

Avec les réseaux sociaux nous sommes reliés en permanence dans le temps et dans l’espace et renonçons, dans une certaine mesure, à notre autonomie de pensée au bénéfice du groupe. Ceci, car la valeur de socialisation l’emporte, sauf exceptions, sur l’individualisme. Nous troquons une certaine liberté contre une sécurité affective et  une estime de soi. Et comme dans la matrice, on n’a pas envie de se réveiller…

Cyrille Frank aka Cyceron

Quand les journalistes se font marketeux, ce n’est pas chiant

Jour chiant- 11 août 2010 via Rue89

Jour chiant- 11 août 2010 via Rue89

Le 11 août dernier, Rue89, nous a montré comment réaliser une campagne de marketing viral en lançant la 2e édition de son #jourchiant. Une initiative réussie qui montre aussi la nécessité pour les journalistes de “marketer” un peu leurs articles.

LE #JOURCHIANT UN #JOURFASTE

Le hashtag “jourchiant est devenu n°1 des plus échangés et retwitté en France
. Il a été abondamment retwitté par la twittosphère influente et active : journalistes, blogueurs, professionnels des médias ou d’Internet… Au total 585 twitts ou retwitts sur #jourchiant (39 X 15) L’article de live-blogging de Rue89 affiche 56 000 visites sur l’article et 227 commentaires (A 12H30 le lendemain 12 août). Ce fût indéniablement le sujet le plus discuté de la journée du 11 août, du moins au sein de la twittosphère “influente”, c’est à dire des plus actifs et plus leaders d’opinion.

LES INGREDIENTS DU SUCCES

1- Un sujet pertinent

Le succès de cette opération virale repose aussi sur la cohérence avec la ligne éditoriale de Rue89. En l’occurrence le propos était pertinent : dénoncer les “marronniers d’été”, pratique journalistique traditionnelle qui consiste à édulcorer l’information en période estivale. Les journalistes parlent pas ou peu des choses graves pour ne pas fournir d’infos “anxiogènes” à leurs lecteurs durant leurs vacances. Ce qui était intéressant dans la démarche de Rue89, c’était le principe du témoignage qui ajoute une dose de représentativité à son propos. Les exemples donnés par les lecteurs eux-mêmes confirment bien le postulat de départ : oui, on en a assez de cette ligne éditoriale biaisée des médias durant les périodes de congés. L’information “sérieuse” ne s’arrête pas aux portes de l’autoroute A7.

2- Un sujet impliquant

Qui amuse, qui agace, qui enthousiasme, qui indigne… mais qui ne laisse pas indifférent.

Enthousiasme pour certains : “@coraliejaunet: Le #jourchiant de @rue89 est vraiment une bonne idée, non ?”

Indignation pour d’autres (lapin compris) :“@MMartin: #jourchiant @SylvainLapoix @tdebaillon @koztoujours @zinebdryef Le premier mot qui m’est venu, après un mot très vulgaire, c’est “indécent”…

Agacement : “@DESCHODT: heu… #jourchiant = resucée de viedemerde. On va avoir droit à des bouquins bientôt. #jourchiant #modeàlacon

Perplexité : “@SylvainLapoix: “le 11 août, #jourchiant !” Ah bon ? Société http://is.gd/ecKK9 (expand) Inter http://is.gd/ecK9o Eco http://is.gd/ecKLr Médias http://is.gd/ecKMr ” ou

@alicemkr + 1 Le #jourchiant c’est que sur Twitter. Moi j’ai passé une excellente journée! Avis aux No Life…”

Suivisme : ” @megaconnard: En ce #jourchiant suivez @megaconnard le mec le plus chiant de twitter. Sans compter l’opportunisme de bon aloi de Slate : “@slatefr: Chez nos amis de @Rue89, c’est le #jourchiant. Pas chez nous. De la lecture: http://bit.ly/9AB2RI http://bit.ly/d4xke3 http://bit.ly/bfSsRC

3- Une participation accessible

L’appel à contribution a été un succès indéniable car l’effort demandé était mesuré. Il s’agissait d’une participation facile et rapide qui suscitait l’engagement immédiat du plus grand nombre. On n’était pas dans le data-journalisme contributif de Wikileaks ou d’Owni qui requièrent davantage de temps et d’abnégation.

4- Un ton ludique

Crédit phto Eyecatcher

Crédit photo : Eyecatcher via Flick'r

Si le propos de fond est sérieux, le ton est humoristique. Il s’agit de repérer les “perles” de l’information assoupie, pas de dénoncer gravement les dérives d’une société en perte de valeur ou de démocratie, à la sauce Plenel. L’équipe de Rue89 s’est clairement amusée avec son sujet, n’hésitant pas à se bâcher les uns les autres sur Twitter dans une ambiance espiègle et rigolarde, à l’exemple de @Pierrehaski en personne :

“Un #jourchiant sans @Julien89, c’est comme un plat auquel manquerait une épice”

Et la réponse de @Julien89 : “Pfff, vous êtes déjà alcoolisés… @zinebdryef @pierrehaski @AugustinS @lucilesourdes @emmabonneau @francoiskrug @yannguegan #jourchiant“…

5- Une contribution valorisante

C’est un élément très important du mécanisme viral de ces sujets en chaîne, reliés par les hashtags #). Il faut impérativement que le participant soit valorisé socialement par son propos. La bonne idée de Rue89 est de permettre à tous d’être intelligents et de briller en société. On retrouve ce principe dans d’autres hashtags récents comme : #4motsavantlamort, #PourTousCeuxQui, #jesuisvieux. Faire plancher tout le monde sur un sujet identique pas trop dur,  afin de permettre à chacun d’exprimer sa lucidité, sa pertinence, sa créativité, son humour, sa sensibilité. En somme ces hashtags sociaux sont des exhausteurs de personnalité, et quel meilleur moyen pour susciter l’adhésion de la population active de Twitter, justement en recherche de visibilité sociale ?

6- Une force de frappe médiatique

La meilleure idée du monde ne suffit pas à lancer une opération virale, il faut que celle-ci puisse s’appuyer sur un relais médiatique fort. En l’occurrence, Rue89 a soigné l’exposition de son l’article en Une de son site, mais a aussi promu l’article sur Twitter, mettant une bonne partie de sa rédaction à contribution, à commencer par son patron Pierre Haski. @augustins, @YannGueguan, @zinebdeyef, @lucilesourdes, @emmabonneau @julien89 ou encore le compte officiel de la rédaction @rue89 ont donc relayé l’opération.

Rue89 nous a donc prouvé comment les réseaux sociaux pouvaient être utilisés pour augmenter son audience, sans pervertir sa ligne éditoriale ni abîmer son image (hormis auprès de quelques grincheux qui n’ont pas compris la démarche). C’est un exemple réussi d’une vraie synergie entre journalistes et lecteurs, porteuse de sens mais aussi de complicité. Et cela sans dotation :) . Mais ce succès viral est aussi la récompense d’un travail communautaire et journalistique de longue haleine appuyé sur un média. N’est pas Rue89 qui veut…”

Cyrille Frank aka Cyceron

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