Sujets philosophiques ou de culture générale : histoire, économie…

Pourquoi la mort des célébrités – qu’on ne connaissait pas le moins du monde – nous affecte-t-elle ?

capture-decran-2016-12-28-18-00-51

©cyrille frank via instagram (cyceron)

Acteurs, musiciens, personnalités diverses… ils nous ont quitté brusquement et cela nous fait de la peine. Au delà de la raison objective : nous ne les connaissions pas.

Comme chaque année, plusieurs célébrités sont décédées en 2017, et certaines nous ont particulièrement ému : Jeanne Moreau dernièrement, Claude Rich, Simone Veil, Roger Moore…

Mais d’où nous vient cette étonnante tristesse à l’égard de parfaits inconnus ? Nous ne les fréquentions pas dans la « vraie vie », ils étaient peut-être des salauds, vaniteux, suffisants, pervers narcissiques, allez savoir ?

Pourtant, nous leur accordons, hors quelques-uns semble-t-il, d’emblée et sans condition, une sympathie au moment où ils nous quittent. Comment expliquer ce mystère ?

» J'en veux plus

Croire ou pas, la raison ne fait rien à l’affaire !

religion-bouddha-mediaculture.fr

Certains athées ne peuvent s’empêcher de penser que croire en Dieu est, d’une façon ou d’une autre, un aveu de faiblesse intellectuelle. Un reliquat de superstition qui mérite mépris ou condescendance, au mieux.

Cette idée – probablement le résultat de siècles d’anticléricalisme républicain – n’est pas juste sur le plan intellectuel. Et c’est un laïc, athée, voire agnostique dans mes moments de doute, qui vous le dit.

En réalité, il n’y a pas plus de raison de croire en Dieu que de ne pas y croire. Peut-on démontrer l’existence de Dieu ? Non, c’est un fait, malgré les efforts dérisoires des partisans de l’argument ontologique. Mais peut-on démontrer l’inexistence de Dieu ? Pas davantage !

L’organisation de l’univers peut aussi bien être le fruit d’un hasard total que le résultat d’une volonté divine, quelle que soit la forme que l’on donne à cette force supérieure.
» J'en veux plus

Pourquoi l’individualisme, peu adapté à la survie de l’espèce, est à la hausse

L'individualisme et la force ne suffisent pas

Crédit photo Shandi-lee via Flickr.com

L’homme est fait de contradictions. C’est un animal social qui ne peut vivre seul et en même temps, son besoin de liberté et sa volonté de puissance l’opposent perpétuellement aux autres. Si la socialisation est la stratégie adaptative la plus efficace, c’est pourtant l’individualisme qui a actuellement le vent en poupe.

A l’origine, la vie en société de l’homme, comme de tous les animaux sociaux a une origine pratique : assurer une meilleure survie de l’espèce. En groupe, on est mieux armé contre les bêtes sauvages, contre le froid et la faim. Oui, car s’il faut partager avec autrui les fruits de sa chasse, la traque collective permet d’attraper de plus gros animaux ou plus souvent. Rien de très différent de l’organisation en meute des carnivores, du vélociraptor au loup actuel.

Plus tard, c’est encore la vie en cité qui permet de protéger les récoltes des peuples nomades par l’érection de remparts. Ou de gérer efficacement la pénurie d’eau, comme en Egypte ou en Mésopotamie où l’irrégularité des crues nécessite très tôt une organisation centralisée pour distribuer les récoltes équitablement et assurer les travaux de canalisation. Une nécessité administrative qui donne naissance à l’écriture, mais c’est une autre histoire…

» J'en veux plus

Photo numérique : déplacement social et négation de la mémoire

La foule photographe ©NBC News

La foule photographe ©NBC News

Hier, place Saint-Pierre de Rome, la foule se pressait pour immortaliser ce balcon papal, à l’aide de son smartphone ou de sa tablette. « Immortaliser », le terme en dit long sur l’une des motivations fortes qui nous anime, photographes compulsifs. Elle n’est pas la seule.

Cette photo (merci à Jérémie Clévy de l’avoir twittée), aussi incroyable qu’édifiante, témoigne de la généralisation des appareils mobiles et du réflexe de l’enregistrement visuel permanent (même si la comparaison est douteuse, la tendance est réelle). Ici, le moment est historique, c’est pourquoi le réflexe est général, mais cette photo révèle bien d’autres choses encore sur notre société et nos besoins.

» J'en veux plus

Comment les médias accentuent la marchandisation des relations sociales

Au coin le gratuit... ©ansik via Flickr.com

Au coin le gratuit… ©ansik via Flickr.com

Notre société, sous l’effet du capitalisme et de la mondialisation a modifié notre rapport aux autres. Le lien qui nous unit à autrui est de moins en moins gratuit et traduit au plan personnel, ce qui se produit à l’échelle des pays : la grande compétition. La maîtrise de la communication, elle, devient un critère de sélection plus important que jamais.

LA COMPÉTITION SOCIALE, PLUS FORTE QUE JAMAIS

Nous vivons dans une société de compétition larvée. Larvée, car si rien n’est bien franc, on est confronté en permanence, à un combat de boxe impitoyable. Les règles sont peu claires, peu effrayantes, et donc, d’autant plus traîtres.

Avant même que nous ayons ouvert la bouche, nous sommes jaugés et jugés. Le prix des vêtements que nous portons, les codes couleurs plus ou moins respectueux d’une harmonie classique, le respect de la mode la bonne culture n’existe pas (revues, créateurs de mode…). Jusqu’à la qualité et le niveau d’entretien de nos chaussures… Tout cela trahit notre niveau économique et social, par la maîtrise de codes mouvants qui constituent, par leur subtilité, une séries d’épreuves tacites de sélection.

» J'en veux plus

Pourquoi « l’info-socialisation » nous éloigne du bonheur

L'important, c'est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

L’important, c’est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

Dans la vie, ce qui compte, c’est le chemin, pas la destination. A ne pas saisir cela, nous gâchons notre bonheur. Mais “vivre l’instant présent” n’est qu’une formule. Et de moins en moins facile dans notre société « info-socialisée ».

Notre existence est tragique car nous sommes condamnés à ne pas savoir ni d’où nous venons, ni où nous allons, ni à quelle fin. Notre curiosité existentielle est irrémédiablement vouée à la frustration. La seule chose sur laquelle nous ayons un peu prise, c’est cette parenthèse entre deux néants : les instants que nous vivons.

Or, nous passons notre temps à nous projeter dans l’instant d’après : “quand ce cours de maths sera fini, je me précipiterai à la cantine; quand nous aurons franchi ce bosquet, nous pourrons nous reposer; quand mes enfants seront grands, nous voyagerons; quand je serai à la retraite, je me mettrai à la photo…”. Englués dans nos échéances, nos projections, nos objectifs, nous oublions que le seul but de notre existence, c’est d’essayer de profiter du voyage.

» J'en veux plus

La « bonne » culture n’existe pas

La mauvaise culture

La mauvaise culture

Une partie de la culture, confisquée par les élites et la société des clercs, respecte une norme fondée sur des choix “classiques” issus de la culture scolaire. Cette hiérarchie est acceptée inconsciemment par les classes plus modestes qui subissent ainsi une forme de violence symbolique.
» J'en veux plus

Klout, la bataille sociale se durcit

A l’avènement d’Internet et des « autoroutes de l’information », l’optimisme était de mise. Les nouveaux outils promettaient de rapprocher les gens. L’entraide, l’échange allaient améliorer notre vie et nous rendre meilleurs. Triste constat : les réseaux en réalité rapprochent moins les gens qu’ils ne les sélectionnent.

MEDIA SOCIAUX, LA FIN DU MYTHE DE LA COMMUNION UNIVERSELLE

Les réseaux sociaux sont parvenus à réaliser peu ou prou la prophétie de Marshall Mc Luhan : nous voilà en plein village global. Les distances physiques ont été abolies, nous pouvons communiquer de mieux en mieux avec n’importe qui sur la planète, hier avec le téléphone, aujourd’hui avec du son et de l’image via Skype.

Pourtant le mythe de la grande communion mondiale, du rapprochement social universel a fait long feu. Malgré ses 450 amis, on discute toujours avec les 10 ou 15 mêmes (16 pour les femmes, 10 pour les hommes en moyenne selon Cameron Marlow, sociologue de Facebook). On pourrait bavarder avec ses contacts indiens, russes ou néerlandais. Savoir comment se passe la vie là-bas, comment ils vivent les évènements, quelle est leur vision du monde. Bref, étendre notre champ de perception pour mieux comprendre les choses.

Mais c’est avec son collègue de bureau qu’on échange tous les jours sur Facebook. Comme avec le PC Ultron X2200, ultra-puissant, qu’on s’est fait refourguer par un vendeur malin, ayant su flatter notre ignorance technologique crasse. On dispose d’un matériel capable de calculer les trajectoires des comètes, mais c’est pour écrire des messages furieux à son banquier qu’on l’emploie.

La réalité nous rattrape : les outils de communication ne remplacent pas le fond. Sans proximité intellectuelle, affective voire physique et sans les liens qu’on tisse progressivement avec les autres, la communication ne tient pas. De même que l’utopie d’une curiosité naturelle de l’être humain envers son prochain, très dépendant du niveau d’instruction et des normes éducatives assimilées depuis l’enfance.

UN DEPLACEMENT DES MODES DE SOCIALISATION

Est-ce à dire pour autant que les réseaux sociaux sont inutiles ? Certes non. Facebook a crée un espace intermédiaire tiède entre l’e-mail froid et le téléphone chaud. il permet de garder un oeil distant sur son second cercle d’amis et de maintenir un lien avec un groupe étendu d’amis. Ceux qu’on n’a pas le temps de voir, mais dont le sort ne nous est pas complètement indifférent. Ou garder un contact distant avec cette famille envahissante à qui on peut envoyer la photo du dernier, commenter le succès au bac du petit cousin… sans passer un quart d’heure au bout du fil. Finalement, Facebook, c’est un surtout un gestionnaire social, un outil de contrôle de son temps de communication. Beaucoup à ceux qui nous sont proches, moins aux autres.

De son côté, Twitter est un outil incroyable de réseautage et de découverte professionnelle. S’y fait-on des amis pour de vrai ? Oui, cela arrive, mais ce n’est pas la règle, pour la simple et bonne raison qu’une journée n’a que 24 heures et qu’il faut déjà satisfaire son premier cercle initial. Et puis, comme le savent les amateurs des anciens forums ou chatrooms, il vaut mieux parfois ne pas franchir le miroir d’Alice, sous peine d’être déçu. L’information textuelle, pauvre par nature sur le plan de la qualité d’informations échangées, permet de masquer ses défauts, ses manques. N’oublions pas que l’essentiel de la communication humaine est non verbale, comme l’ont montré les Erving Goffman, Bateson, Birdwhistell et autres chercheurs de l’école de Palo Alto.

Quant aux sites de rencontre, ils restent utiles  pour lutter contre la solitude urbaine et combler les besoins sexuels exubérants d’une société de plus en plus stimulée par  notre environnement. Ils facilitent la mise en relation en milieu urbain après la disparition des anciens lieux de socialisation : place du village, bals, café etc.

C’est donc plus à un déplacement des modes de communication qu’à un renforcement auquel on assiste. Le temps passé sur les réseaux sociaux commence d’ailleurs à empiéter sur l’e-mail, tout comme le jeu commence à prendre le pas sur le cinéma (jusqu’à une fusion entre ces deux univers, tel que le préfigurait Existenz ?).

La compétion socio-économique s'accroît - mediaculture.fr

Crédit photo © jlabianca via Flickr.com

LA COMPETITION AU COEUR DE LA SOCIALISATION

En revanche, les médias sociaux sont en train de devenir un puissant outil de sélection socio-économique. Quand tout le monde a le bac, l’internet haut débit, le dernier écran plat… il faut bien trouver de nouveaux critères de différenciation. Il n’y saurait y avoir que des premiers de la classe.

Les marques ont vite compris l’énorme avantage d’Internet : identifier les leaders d’opinion. Ceux qui sont écoutés et suivis par le plus grand nombre, si l’on en croît la théorie toujours suivie du « two step flow » de 1944. En s’adressant à eux et en les chouchoutant, on peut toucher la masse, à moindre coût. C’est comme cela qu’une poignée de blogueurs influents a pu profiter de la manne des agences de com’, fin des années 2000.

Mais les usages se déplaçant sur les réseaux sociaux, il fallait trouver de nouveaux critères d’influence. Et les marques ont élu Klout en la matière, quoi qu’on puisse penser de ce choix douteux pour mesurer l’influence sociale.

En offrant des avantages à ceux qui dépassent un certain score, elles ne font que renouer l’alliance avec les fameux influenceurs, espérant bénéficier par la suite de leurs relais, car ils ne manqueront pas de s’en gargariser.

Les employeurs aussi s’intéressent à la performance sociale de leurs futures recrues. Et privilégient déjà ceux qui ont su développer une certaine audience et dont ils espèrent bien profiter pour diffuser leurs messages, trouver des collaborateurs etc.

La compétition au départ purement symbolique pour capter l’attention devient donc de plus en plus concrète. Il y a désormais de vrais enjeux économiques : trouver un job, payer ses achats moins cher…

A l’heure où les inégalités de revenus reviennent au centre des préoccupations conjoncturelles de nos élus, cette nouvelle forme de sélection devrait les alerter. Non pas pour tâcher de le réglementer bêtement, par une loi inepte de non-discrimination Twitter à l’embauche. Mais en mettant les moyens sur l’éducation et la formation aux outils sociaux, à commencer par les employés du Pôle emploi.

Cyrille Frank

Retrouvez-moi…

Sur Twitter
Sur Facebook
Sur Linkedin

A LIRE AUSSI : 

Les mécanismes séculaires de l’influence médiatique

l'influence des médias

Influence des médias

Les « influenceurs », interprètes des autochtones du web, sont les éclaireurs des nouveaux territoires médiatiques auprès des commerçants et politiques qui n’y entendent rien. Leur technique repose sur 5 principes séculaires.

1- INSPIRER LA CRAINTE

Inspirer la crainte plus que l’amour (Machiavel, « le Prince »), susciter la terreur même, tel Vlad l’empaleur résistant à l’envahisseur ottoman qui a tellement frappé les imaginations ennemies, que son nom entra dans la légende sous le nom de Dracula.

Il faut s’attaquer à des ennemis redoutables pour mettre en scène son courage, sa force, sa vertu. Tout comme les héros grecs n’accédaient au mythe que via l’accomplissement rituel d’épreuves surhumaines (cf les 12 travaux d’Héraclès)

C’est la stratégie de Birenbaum brocardant Aphatie, ou de Bruno Roger Petit épinglant Elisabeth Levy. Il n’y a pas de grand héros, sans grands monstres. Le message adressé aux autres est clair : « attention, j’ai le pouvoir de détruire socialement, car je maîtrise le ridicule ».

2- SUSCITER L’AMOUR

Raréfier son attention au vulgus pecum  et accorder ses faveurs avec une extrême parcimonie. Reproduire la geste aristocratique qui veut que l’on ne remercie jamais les serviteurs, que l’on n’accorde que le minimum d’attention au vulgaire, que l’on respecte son « rang ». C’est déchoir qu’user sa personne à des personnes ou des tâches subalternes. Techniques de contrôle de l’aristocratie par Louis XIV que Mitterrand a su fort bien reproduire vis à vis des élites intellectuelles et médiatiques.

Par le jeu classique de l’offre et la demande, la raréfaction des communications augmente leur valeur. Et quel meilleur moyen ensuite pour créer de la reconnaissance, voire de l’amour, de la part de ceux à qui l’on s’adresse exceptionnellement : « il m’a parlé, il m’a souris, il m’a répondu ! »

Même procédé que celui utilisé par les politiques qui se font souffler le nom des « petites gens » qu’ils rencontrent. Ou du Pdg qui lors d’une assemblée, s’adresse à l’employé du bas de l’échelle par son patronyme. Quel merveilleux gain d’image et d’estime du peuple gagné « à pas cher ».

3- EXAGERER SA PUISSANCE

Un des instruments de la domination sociale est le bluff. Exagérer sa puissance et celles de ses ennemis pour intimider, glorifier son propre nom. Stratégie très efficace mise en place par ce pionnier de la propagande : Jules César qui dans la « Guerre des Gaules » accentue outrancièrement la férocité et la barbarie des celtes pour mieux réhausser son mérite de les avoir vaincus.

Rappeler ses victoires ou les nommer comme telles, même quand il s’agit de défaite. Ainsi de Ségolène qui répète à l’envi qu’elle a réuni la moitié des Français sur son nom, considérant sa défaite comme une victoire à venir. Technique politique très ancienne qui rappelle la bataille de Kadesh entre Ramsès II et Muwatali II, l’empereur hittite. Bataille au cours de laquelle les deux peuples se sont neutralisés mais dont chacun a revendiqué la victoire. Les Egyptiens ont toutefois gagné la bataille politique en inscrivant l’Histoire  sur les murs de leurs temples. La maîtrise de l’Histoire est éminemment politique. D’où la vigilance dont il faut faire preuve vis à vis de ceux qui veulent la réécrire à l’aune de leurs intérêts et convictions particuliers.

4- S’ENTOURER DE MYSTERE

En matière d’influence web, il faut faire savoir le plus possible que l’on a des relations, des entrées, que l’on est un « insider »… Sans donner de noms, sans faire l’inventaire de son carnet d’adresses, mais en donnant par petites touches des gages réguliers de sa tentaculaire longueur de bras.

Etre concis, pour ne pas dire laconique, afin que le propos ouvert puisse être interprété de 100 façons différentes. S’appuyer sur la fonction projective de l’individu, la fameuse tâche de Rorschach. Ou illusion de forme qui ne représente rien, si ce n’est ce que l’individu y met lui-même. Procédé superbement mis en scène par David Lynch dans Mulholland Drive, l’IKEA cinématographique, le film à monter soi-même.

Etre obscur pour masquer le manque de profondeur de la pensée mais toujours avec des mots compliqués, supplétifs d’intelligence qui rassurent le lecteur. Cosmogonie, herméneutique, sérépendité… Autant de « name-dropping » qui visent parfois moins à développer une argumentation qu’à en mettre plein la vue. Technique classique en agence de pub où l’on « néologise » à tour de bras ou l’on use d’anglicismes abscons pour impressionner le client. Il s’agir de le mettre immédiatement en position d’infériorité : vous utilisez un langage qu’il ne comprend pas, c’est dire s’il a besoin de vous…

5- FREQUENTER LES PUISSANTS

Communiquer avec des élites médiatico-intellectuelles (Eric Zemmour ou David Abiker par exemple), avec des politiques « tendance si possible (nkm est parfaitement indiquée), avec des puissance d’argent (grands patrons, directeurs d’agence de publicité et de communication…).

Par le jeu tacite de l’adoubement relationnel, si vous fréquentez les puissants, c’est que vous en êtes. D’où l’importance capitale d’être vu avec des pop-stars, tel Christian Audigier, affichant sur les murs de son club de nuit ses effusions avec Michael Jackson.

D’où la nécessité sur Twitter d’entretenir des conversation publiques avec des puissants ou du moins des influents : journalistes, créateurs d’entreprises, célébrités… Et surtout pas en message direct, le DM est le démon.

escalier social

escalier social

ATTEINDRE LE BOL DE SANGRIA

Le but du jeu ultime est d’intégrer le cercle fermé des puissants, des vrais influenceurs : les médias traditionnels, au premier rangs desquels les médias audio-visuels. D’abord la radio, puis, si tout va bien, la télévision, seul média de masse (mais peut-être plus pour longtemps…) Ou intégrer des cercles politiques qui ouvrent bien des portes : business, médias, fonctions publiques…

Les « influents » sur la toile se servent surtout d’Internet comme un moyen d’ascension sociale. Ils monnaient leur savoir-faire et leur lien sur la masse auprès des vrais puissants qui leur achètent un moyen de contrôle supposé sur les opinions : pour vendre  des marques, des partis, des idées politiques…

Crédit photo via Flick’r :  musmacity1 et pixel@work

Nouveaux médias : une nouvelle classe de dominants

Le pouvoir au peuple ?

Maintenant le pouvoir au peuple ?

Internet et les nouveaux médias ne facilitent pas le partage du pouvoir. Ces nouvelles technologies comme beaucoup avant elles, permettent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dirigeante.

LE PEUPLE AU POUVOIR ?

Avec les nouvelles technologies de l’information se répand l’idéologie du peuple au pouvoir : simplification des techniques, baisse des coûts d’entrée… Les nouveaux produits démocratisent la culture et permettent à tous de s’élever socialement, de “reprendre la main”.

C’est un peu l’idée inhérente à l’UGC (User Generated Content). Nous serions passés de l’ère du consommateur passif à celui de l’internaute actif et créateur. Les technologies “libèrent la créativité”, comme quelques publicités et autre best-sellers nous l’assurent.

D’autres plate-formes libèrent la création du plus grand nombre grâce au financement mutualisé de type My major company

De même le consommateur, désormais acteur (“consom’acteurs” disent les marketeux jamais en mal de néologismes fumeux), prend sa revanche sur les marques. Il décide désormais de manière beaucoup plus rationnelle en se fondant sur la recommandation de ses proches (pdf rapport Credoc) plus que sur la publicité.

Les blogs, Twitter et les réseaux socaiux libèrent la parole, décentralisent et démocratisent la discussion, les médias traditionnels en particulier la presse, perdent leur monopole sur l’information. Celle-ci appartient désormais à tout le monde. C’est la fin de l’information descendante et l’avènement au contraire d’une collaboration avec le lecteur dans la fabrication de l’information. Jusqu’à l’irruption d’un journalisme à la demande, où la ligne éditoriale est déterminée par le lecteur lui-même.

Avec Facebook, Les PME peuvent se lancer dans le grand bain du e-commerce avec facilité : il leur suffit de monter une page de fan. Plus besoin de développer des usines à gaz, monter des bases de données sur serveurs et maîtriser 5 langages informatiques. Démarches totalement inaccessibles qui les rendaient totalement dépendants de web-agencies plus ou moins sérieuses ou honnêtes.

Le savoir n’a jamais été aussi libre d’accès grâce notamment à Wikipedia, qui malgré ses erreurs, reste un source encyclopédique assez fiable (ou plutôt pas moins mauvaise que d’autres). Les grandes universités fournissent désormais gratuitement en ligne leurs cours en vidéo à l’instar de quelques prestigieuses grandes écoles, telle Yale

Une pléthore de bases documentaires sont en libre accès comme je le décris dans mon billet “nouveaux medias : trop de mémoire ou pas assez ?

L’ARGUMENTAIRE DES VENDEURS DE PELLES


Ruée vers l'or

Nouveaux médias : le nouvel eldorado

Dans la ruée vers l’or américaine de la fin du XIXe, sauf exceptions, les seuls qui firent fortune  sont ceux qui vendaient les pelles et les pioches.

Aujourd’hui, face à l’eldorado du web, les “vendeurs de pelles” sont les agences marketing, les consultants, les web-agencies, les fabriquants de matériel informatique… tous ceux qui ont intérêt à générer le plus d’investissement dans le secteur, à faire venir un maximum de prospecteurs.

Il s’ensuit un bouillonnement d’activité, d’innovations, d’émulation qui n’est pas que négative, bien au contraire, quand elle n’est pas exagérément risquée

Mais le discours pro-web 2.0 sous-estime bien souvent les risques pour les entreprises. “Entrez dans la discussion, jouez le jeu de la transparence”… Oui, sauf quand les moyens de gestion communautaire ne sont pas là, sauf quand la manière de procéder n’apporte aucune valeur utilisateur. Ouvrir une page de fan Facebook alimentée d’un flux d’infos corporate, c’est comme les “sites vitrines” des années 2000 : cela ne sert à rien si ce n’est enrichir un peu l’agence qui aura vendu le projet (“vous ne pouvez pas vous permettre de ne pas en être”)

En revanche, ouvrir ses produits aux commentaires sans Community manager digne de ce nom (et pas un stagiaire qui en sait à peine plus que vous), c’est dangereux. C’est comme appeler des gens au téléphone, sans jamais parler : ça agace.

UN DISCOURS MERITOCRATIQUE CULPABILISANT

Avec la simplification des outils, la démocratisation et la gratuité des savoirs disponibles, la baisse des coûts d’entrée… tout semble tellement plus facile que si l’on n’y arrive pas, c’est qu’on ne le veut pas vraiment. C’est cette mythologie de la méritocratie que la sociologue Marie Dullut-Berat décrit pour le domaine scolaire.

Ce discours du “tout est possible” est celui du libéralisme économique et de la droite traditionnelle. Libérez les entraves qui pèsent sur les individus et la société dans son ensemble y gagnera. En plus d’être efficace, ce système est juste car il repose sur le mérite puisqu’il favorise l’accession des plus dynamiques, ceux qui ont la volonté de s’en sortir, ceux qui ont fait l’effort, ceux qui ont pris des risques…

Sauf que cette vision utopiste minore tous les facteurs indirects et néanmoins puissants d’inégalité, tels que le niveau culturel, le capital culturel, les valeurs d’ambition, de confiance du milieu d’origine etc.

On retrouve avec le web 2.0 toute cette utopie dangereuse du possible qui rejette implicitement dans le camp des fainéants ou des inaptes, tous ceux qui ne prennent pas le train de la technologie.

Je me rappelle du cri sincère de Loïc Lemeur, lors d’une réunion de blogueurs en pleine présidentielle 2007, qui, s’adressant à une jeune fille sur-diplômée expliquant sa difficulté à trouver du travail s’écria : “monte ta boîte !”.  Cela lui paraissait évident, voire facile et il ne semblait pas comprendre la réticence de ceux qui hésitent à se lancer. Sans prendre conscience que sa confiance, son assurance à lui, sont le résultat unique d’une éducation de confiance, de réussites accumulées, de rencontres motrices, de chance… sans parler des facilitateurs de parcours comme les grandes écoles (HEC en l’occurrence).

LA CONSTITUTION D’UNE NOUVELLE ELITE

Nouvelle élite

Une nouvelle classe dominante

En réalité, les nouvelles technologies consacrent surtout l’avènement d’une nouvelle classe dominante : ceux qui les maîtrisent.

Tout comme les maires du Palais ont remplacé les monarques mérovingiens (les fameux “rois fainéants”), comme la bourgeoisie a remplacé l’aristocratie après la révolution française… Aujourd’hui se construit lentement sous nos yeux une nouvelle classe médiatico-commerciale qui prend le pas sur les héritiers d’une économie vacillante

Jeunes journalistes 2.0,  communicants et marketeux technophiles, experts et consultants en réseaux sociaux, entrepreneurs du secteur technologique… Tous ceux qui s’adaptent à l’accélération du changement pour non seulement survivre mais  en vivre.

Ce n’est ni juste, ni injuste car l’Histoire est a-morale, contrairement à ce qu’on veut parfois nous faire croire. C’est juste une évolution logique et inéluctable qui crée des crispations du côté de ceux qui refusent ce déplacement de pouvoir car ils se sentent menacés, à juste titre d’ailleurs.

Ainsi par exemple, Erwann Gaucher qui dénonce fort justement dans son article le mépris de certains médias traditionnels vis à vis de nouvelles pratiques du journalisme, en l’occurrence le “personal branding”.

Les changements technologiques importants dans l’Histoire sont toujours créateurs de déséquilibres et de bouleversements politico-économiques. La maîtrise du fer a favorisé les tribus sur celles qui pratiquaient le bronze, la technique militaire collective et soudée de la phalange grecque ou de la manipule romaine ont permis la domination de ces deux civilisations, les armes à feu ont permis l’unification du Japon par les clans Nobunaga et Tokugawa, ainsi que la domination coloniale…
Lire à ce sujet l’excellent « culture et carnage »

Aujourd’hui l’arme de domination sociale principale de nos sociétés modernes est l’information. Et à ce jeu là, les classes déjà dominantes, comme toujours, sont les mieux armées. Contrairement au discours technophile utopiste, nous assistons non pas à une démocratisation du pouvoir, mais à un déplacement entre groupes déjà favorisés. Aux lions la carcasse, à la masse des chacals alentour, peut-être quelques miettes du festin.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo Flick’r: zert., zerozz1080 , Dunechaser