Réflexion sur les pratiques journalistiques et des médias et de l’ensemble des producteurs d’information.

Sondage : fallait-il mettre à pied Audrey Pulvar ?

Voir le débat sur la question entre Jean-Marie Charon, sociologue des médias et Gilles Bruno, de l’Observatoire des médias

Le “story-telling” contre l’information

story-telling

story-telling et information

Le “story-telling” est devenu l’un des termes à la mode du marketing-journalistique. La nouvelle martingale d’audience et de satisfaction lecteur. Pour intéresser désormais le public, il faut lui raconter une histoire susceptible de l’émouvoir. Une pratique ancienne qui présente des risques déontologiques.

Obama a perdu, Mitt Romney a gagné. Tel est le verdict de la presse au lendemain du premier débat présidentiel américain. Un exemple parlant de cette tendance journalistique à scénariser l’information, à lui donner un sens, par souci de simplification et de dramatisation.

Les faits sont mornes, banals, inintéressants ? Et bien, habillons-les d’un vernis narratif agréable, “vendeur” qui fera appel aux émotions : compassion, révolte, admiration. Tout plutôt que l’apathie, l’indifférence ou la complexité des évènements bruts.

L’enquête universitaire valide ou invalide un postulat en fonction des éléments trouvés. Les reportages d’information en particulier télévisuels, eux, sont construits en amont des preuves rassemblées. Le canevas du reportage est décidé en salle de rédaction et seuls sont collectés les images et témoignages confortant ce parti-pris, ce choix éditorial préalable.

Patrick Champagne dans “la vision médiatique” a montré comment les journalistes construisent parfois la réalité qu’ils prétendent décrire. Qu’il s’agisse du problème des banlieues ou des manifestations d’étudiants, ils vont chercher sur le terrain les éléments de réponse qu’ils ont élaboré dans leur bureau.

STORY TELLING, PAR SOUCI DE VITESSE ET DE RENTABILITE

Primo, les journalistes télé n’ont guère le temps de procéder à une vraie enquête. L’actualité commande d’aller vite, “t’as une journée pour récupérer de l’image coco”. La contrainte d’organisation et derrière celle-ci la pression économique est forte.

Secondo, la course à l’audience, la concurrence pousse au spectaculaire et à la simplification.

Des émeutes à Vaux-en-Velin ? Pour en comprendre les raisons, il suffit de voir les immeubles délabrés, la tristesse des tours, l’insalubrité des lieux que l’on va filmer sous leur pire angle. Le chômage d’une poignée de jeunes qui zonent, la violence verbale des petits caïds désireux de gagner quelques galons de respectabilité en passant à la télé, suffiront à expliquer les motifs du “malaise”. Le message est simple : c’est le lieu de vie déprimant, ces “horizons bouchés” et l’oisiveté qui conduisent à la révolte, au délit.

Tant pis si les choses sont plus complexes, tant pis si la majorité des habitants de la cité est composée de travailleurs silencieux et dociles. Qu’importe si le tissu associatif est foisonnant et créatif, si tous les équipements sportifs et culturels fraîchement achetés disent le contraire du discours misérabiliste. Le journaliste ne sélectionnera que les éléments conformes à son schéma originel.

Il faut raconter cette histoire qui apportera du “sens” au téléspectateur. Mais s’il vous plaît une explication rapide, le sujet ne dure que 5 mn. Difficile d’aborder la complexité dans des formats si étroits, et pas de chance : notre monde se complexifie

Et puis l’intelligence n’est tout simplement pas rentable. Il est tellement plus vendeur d’angler un reportage de 20 mn sur la violence machiste des jeunes de banlieue. Du spectaculaire, du révoltant, de l’anxiogène coco…

L'émotion contre l'information

L’émotion contre l’information

L’EDULCORATION DU REEL

Certains autres reportages vont procéder à l’inverse en valorisant les émotions et sentiments positifs. Le JT de 13h de Jean-Pierre Pernaud nous modèle une France idéale et irréelle de carte postale, celle de nos régions tellement riches, jolies et harmonieuses. Cette France de la tradition emplie de bon sens, de beauté, d’intelligence. Une vision conçue sur mesure pour sa cible : les retraités et femmes au foyer, majoritaires devant leur poste à cette heure de la journée.

Mais les champions toutes catégories du story-telling sont indéniablement les journalistes sportifs, en particulier en télévision. Stade2 version Chamoulaud/Holz ont poussé à son comble cette façon de faire du journalisme, par scénarisation de l’information.

Le domaine roi où s’exerce cette technique : les portraits qui sont construits à l’hollywoodienne, sur des canevas standardisés :

1- Un défi difficile, un but lointain et inaccessible (championnat, prix…)
2- Des difficultés, des épreuves, la souffrance, les injustices qui s’accumulent
3- Description des vertus du héros : gentil, persévérant, fidèle, aimant sa famille…
4- La victoire, enfin, l’apothéose, la récompense.
5- Epilogue : tout est bien qui finit bien, la morale est sauve, il n’y a pas de hasard, les justes sont récompensés. Vous pouvez dormir tranquilles, tout est bien dans le meilleur des mondes.

Dans ce vieux reportage de Stade2, le petit jeune dont on dresse le portrait, Zinedine Zidane est un gentil garçon. Et comme les mots pour le décrire ne viennent pas tout seuls à sa compagne, le journaliste n’hésite pas à les lui souffler : “il est gentil hein ?”… Construction préalable.

La vie est déjà assez dure, le sport conçu comme divertissement se rapproche de la fiction, pour servir l’émotion, y compris contre l’information.

D’où la mièvrerie de Gérard Holz qui dissimule gentiment les histoires de gros sous, la tricherie institutionnalisée du vélo ou de l’athlétisme, les vilaines batailles en coulisses. Qui idéalise les portraits des sportifs qui sont tous “sympas”, même quand tout le monde sait en coulisse qu’ils sont parfaitement antipathiques.

Dans ce monde de carton-pâte, kawaï et kitch, la télévision devient évasion, rêve, fiction sous les apparences d’une réalité objective. L’alibi derrière la guerre économique que se livrent chaînes de tv ou titres de presse est vite trouvé : donner du bonheur aux gens.

LA TÉLÉ RÉALITÉ N’A PAS ÉTÉ INVENTÉE PAR ENDEMOL

Ce mélange de fiction et de réalité tellement dénoncé quant il s’agit du “Loft” ou de “Secret Story” ne date donc pas de ces émissions. Ce mélange emplit nos journaux télé, nos reportages, nos magazines depuis bien plus longtemps…

L’objectivité journalistique n’existe pas bien naturellement. On n’échappe pas à sa culture, son éducation, son environnement qui forgent des constructions mentales, des a-priori inconscients.

Mais s’il n’y a pas obligation de résultat en termes d’objectivité, il y a une obligation de moyens : l’honnêteté intellectuelle, la rigueur dans le recueil des données, la confrontation des points de vue, la prudence dans la présentation des informations… Autant de qualités qui font un bon journaliste (entre autres).

Aujourd’hui, la culture de l’émotion à tout prix déforme l’information. Et la compétition autour de l’attention par ultra-concurrence des messages et des émetteurs accentue le mouvement.

Sous prétexte d’apporter du sens au lecteur-téléspectateur, même si l’explication est fausse ou incomplète, sous prétexte de lui procurer du “bonheur”, on déforme la réalité. Ce qui n’est pas si grave quand on annonce clairement la couleur. Ce qui l’est davantage quand le mélange est effectué insidieusement, par la bande, sous un vernis de respectabilité.

Finalement, je préfère presque le “Loft” à “Envoyé Spécial”.
Presque.

Cyrille Frank

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Information internationale en recul dans la presse, signe d’un repli identitaire ?

Repli identitaire ?

Repli identitaire ? Crédit photo en CC : mkrochia via Flickr.com

Une étude d’une association britannique, The media standard trust, révèle le déclin du traitement de l’information internationale dans la presse britannique. Un phénomène relevé par Rue89 qui estime qu’en France, il en serait de même.

DE QUOI PARLE-T-ON EXACTEMENT ?

L’information internationale, est-ce seulement le traitement d’un événement provenant de l’étranger quel qu’il soit ? Ou parle-t-on des domaines “nobles” du journalisme : la politique, économie, société au plan international ?

Le distingo est important car j’ai constaté de manière empirique une augmentation du traitement des faits étrangers d’ordre insolite, people, spectaculaire.

Ainsi pour ne citer qu’un exemple, les frasques de Berlusconi bénéficient en France d’une assez belle couverture, de même que les bourdes de notre président sont elles-mêmes assez bien relayées à l’étranger.

On peut faire cette même remarque s’agissant d’ailleurs de la couverture politique. Comme le constate fort justement Nicolas Vanbremeersch (Versac), le “syndrôme Raphaelle Bacqué” se développe en matière politique. Les coulisses, les relations intimes entre personnalités (à l’image du best seller “sexus politicus”), les petites phrases, les intrigues et coups bas… ce genre de traitement tend lui, à se développer dans l’information.

UN RECUL DE L’INFORMATION SÉRIEUSE EN GÉNÉRAL

Mon intuition de lecteur régulier de la presse et d’ancien rédacteur en chef de l’actualité d’un grand portail (AOL) me permet de donner raison à Pierre Haski de rue89, sans trop de risque.

Oui le traitement de l’information internationale se réduit, tout comme tous les sujets “eyebrow” comme disent les anglais, les sujets sérieux qui font lever le sourcil.  J’en ai été moi-même l’instigateur autant que la victime. Comment expliquer ce phénomène ?

La course à l’audience naturellement dans un univers hyper-concurrentiel où les cinq premiers du classement Nielsen récupèrent 70 à 80% des budgets publicitaires des grandes marques. Ceci dans un contexte où le CPM (coût par mille) est au minimum dix fois plus faible qu’en presse papier, à la fois pour des raisons historiques (les éditeurs ont bradé leur inventaire Internet, car c’était le cerise sur le gâteau) et structurelles (explosion de l’offre qui a tiré les tarifs publicitaires à la baisse).

La frilosité des dirigeants Internet. Pas de risque, pas d’innovation. On se concentre sur les valeurs sûres d’audience : faits divers, people, insolites, spectaculaire. D’où ce phénomène de mimétisme des lignes édito qui finissent par se ressembler toutes plus ou moins. On retrouve ce manque de prise de risque en télévision où TF1 préfère acheter des séries américaines qui ont fait leurs preuves ailleurs que d’investir dans des productions françaises, à la différence de Canal+ , qui a retourné cette contrainte légale en force de différenciation et de recrutement d’abonnés.

Une tendance sociologique de fond. Le divertissement, le plaisir prennent de plus en plus d’importance (voir ou revoir l’excellent et prémonitoire Wall-E) dans notre société. avec en contrepoint l’évitement de l’effort, de la contrainte et de l’anxiogène. Même le fait divers cède un peu du terrain face au LOL, au rire d’évitement, d’oubli.

Une adaptation conjoncturelle. La crise est passée par là. La majeure partie des gens voient leurs revenus stagner ou régresser. Et surtout leurs conditions de vie se dégradent. Augmentation de la précarité du travail (CDD, interim, freelance…), augmentation des temps de transport (dans des conditions de plus en plus mauvaises, par manque de renouvellement des équipements collectifs liés à un désinvestissement public progressif), baisse de la qualité des services publics ( plus les moyens budgétaires)…

UN REPLI RÉFLEXE D’AUTO-PROTECTION

Age d'or de la protection -mediaculture.fr

Age d’or de la protection -mediaculture.fr – ©nickmard vis Flickr.com

Face à ces difficultés réelles, les individus se recentrent sur eux-mêmes, leurs famille proche, leurs amis. Bien sûr, avec Facebook, ils s’amusent à avoir 130 amis ou plus. Mais en réalité, ils ne discutent toujours qu’avec les 10 ou 15 mêmes, comme le rappelle Cameron Marlow,  le sociologue maison de Facebook dans une étude relayée par Readwriteweb

Pour pouvoir s’intéresser à des choses supérieures, il faut être déjà dégagé de ses contraintes primaires ( manger, se vêtir, se loger : se rappeler la toujours probante pyramide de Maslow)

C’est bien la raison pour laquelle, ce sont les classes supérieures, bourgeois, aristocrates, clercs qui ont fomenté la révolution française. Ils étaient bien les seuls qui pouvaient se permettre d’y penser, et pouvaient prendre le risque (indépendamment du capital culturel qu’ils avaient accumulé grâce à la lecture des Lumières sous Louis XV). Le peuple lui, n’en a été que le bras armé et finalement aussi long à se révolter que dur à calmer par la suite.

Il faut ajouter aux problèmes matériels, une inquiétude protéiforme et diffuse vis à vis de la mondialisation, l’avenir, les technologies qui nous échappent. Un désaveu du politique corrompu et impuissant face aux organismes internationaux qui les détrônent (ONU, OMC, Bruxelles…). Sans oublier les technologies qui s’emballent, si difficiles à suivre et finalement anxiogènes pour beaucoup. En témoignent les réactions de rejet y compris parmi les élites traditionnelles (Séguéla, Minc, Finkielkraut…)

Autant de facteurs d’instabilité psychologique qui expliquent les mécanismes de repli, dont la xénophobie est d’ailleurs l’une de ses manifestations les plus détestables.

L’évasion hédoniste et le repli identitaire, communautaire ou xénophobe, ont des fondements à la fois conjoncturels et structurels qu’encouragent parfois avec une certaine irresponsabilités des médias aux abois. Il est temps de rééquilibrer les choses et de ne pas céder à la facilité. Les internautes, tels des enfants gavés d’infos acidulées pourraient nous reprocher plus tard notre démagogie intéressée…

Cyrille Frank

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Crédit photo en CC : mkrochia via Flickr.com et nickmard

Présidentielle 2007 : vous rappelez-vous cette série de bourdes, erreurs et manipulations ?

Depuis le début de la campagne, les principaux candidats ont multiplié les erreurs, les approximations, voire les franches bourdes.

SÉGOLENE ROYAL

  • Le 7 novembre 2006: lors des débats des primaires socialistes, Ségolène Royal affirme : ” Il ne faut pas laisser l’Iran accéder au nucléaire civil, et donc militaire”.Cette position, en contradiction avec le traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), déclenche le scepticisme de ses deux adversaires socialistes Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn.
  • Le 6 janvier, en visite en Chine : “Comme disent les Chinois, qui n’est pas venu sur la grande muraille n’est pas un brave, et qui vient sur la grande muraille conquiert la bravitude”.
  • Le 15 janvier, elle complimente la vitesse de la justice chinoise : “J’ai rencontré hier un avocat – je lui ai demandé comment fonctionnait les tribunaux- qui me disait que parfois les tribunaux sont plus rapides qu’en France. Vous voyez avant de donner des leçons à d’autres pays regardons toujours les éléments de comparaison”.Compte tenu du caractère expéditif de la justice chinoise (au moins un millier d’exécutions par an), cette phrase est pour le moins maladroite.
  • Le 22 janvier, sur Canal+Ségolène Royal déclare : “Une femme sur trois est assassinée sous les coups de son conjoint, là dans la France dans laquelle nous vivons”.La vraie statistique est plutôt une femme tuée tous les trois jours.
  • Le 22 janvier: Ségolène Royal exprime sa sympathie pour la “souveraineté et la liberté du Québec”.Ces propos déclenchent des réactions virulentes au Canada, à commencer par celle du Premier ministre Stephen Harper. “L’expérience enseigne qu’il est tout à fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d’un autre pays” réplique ce dernier dans un communiqué cinglant.
  • Le 25 janvier, au micro de RMC: “Combien a-ton de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ?” Lui demande le journaliste. “Nous en avons heuh…un” tente Ségolène Royal, sans conviction. “Non, non, nous en avons sept”. “Oui, sept…” concède la candidate PS.La France possède en réalité quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.
  • Le 26 janvier : Ségolène Royal est piégée au téléphone par l’humoriste Gérald Dahan. Ce dernier se fait passer pour Jean Charest, Premier ministre québécois. Suite à sa bévue concernant la souveraineté du Québec, il la sermonne : “C’est comme si nous, on disait ‘il faut que la Corse soit indépendante’”, elle répond, hilare : “Les Français ne seraient pas contre d’ailleurs”. Avant d’ajouter, dans un nouvel éclat de rire : “Ne répétez pas cela. Cela va encore faire un incident, ce coup-là en France. C’est secret”.
  • Le 5 avril 2007 sur i>télévision, Ségolène Royal condamne l’enlèvement de deux Français par les Taliban et exprime sa solidarité aux familles. Puis elle ajoute : “C’est aussi le régime des Taliban qui doit faire l’objet de pressions internationales.” Elle explique que “la France doit oeuvrer” pour qu’”au Conseil de sécurité, un certain nombre de mesures soient prises contre les régimes de ce type”.Le régime des Taliban est tombé en décembre 2001.
  • Dans son livre “Maintenant”Ségolène Royal écrit : “Vous saviez que les filles de Jean Jaurès avaient fait leur communion?”.Jean Jaurès n’a eu qu’une seule fille (Madeleine Jaurès). Son autre enfant était un fils : Paul Auguste Marie Louis Jaurès.

NICOLAS SARKOZY

  • Le 21 novembre 2006, lors d’un meeting à Saint-Etienne : “L’être humain n’est pas une marchandise comme les autres”
  • Le 14 janvier, lors de son investiture UMP à la présidentielle. Nicolas Sarkozy répète par deux fois le mot “chrétienneté” au lieu de “chrétienté”.
  • Le 15 janvier, lors de son déplacement au Mont Saint-Michel, Nicolas Sarkozy utilise le mot “héritation” pour parler “d’héritage”. Il attribue ensuite à François Mitterrand la célèbre phrase de Valéry Giscard d’Estaing “Vous n’avez pas le monopole du coeur”.
  • Le 15 janvier dans Paris-Match: au cours de son voyage en Chine, Nicolas Sarkozy sur la passion suscitée par le sumo, sport préféré de Jacques Chirac et des Japonais. “Comment peut-on être fasciné par ces combats de types obèses aux chignons gominés”, a-t-il confié à quelques journalistes, avant d’ajouter : “Ce n’est vraiment pas un sport d’intellectuel, le sumo !”L’attaque visait Chirac, mais le Japon a peu apprécié.
  • Le 15 janvier: Réagissant aux propos de Ségolène Royal piégée au téléphone par l’humoriste Gérald Dahan qui avait réussit à se faire passer pour le Premier Ministre du Québec auprès d’elle : “Pour moi, la Corse n’est pas un sujet de plaisanterie, spécialement quand je parle avec un Premier ministre d’un autre pays”, déclare-t-il.Nicolas Sarkozy évoque ainsi le Québec qu’il assimile à un pays et non à une province.
  • Le 22 janvier :“le problème en France c’est que les gens héritent trop tard”.Une plaidoirie pour l’euthanasie des vieillards ?
  • Le 5 février, Lors de son passage à l’émission de TF1 J’ai une question à vous poser, Nicolas Sarkozy explique : “Le SMIC, c’est le salaire de la moitié des Français.”Selon l’agence Eurostat, 15,6 % des salariés à temps complet touchent le SMIC.
  •  “Lorsque j’étais ministre des Finances, le Brent était à 42 dollars le baril, c’est monté jusqu’à 90.”Son record s’établit à 77,25 dollars le 13 juillet 2006.
  • Il poursuit : “Il y a 40 ans, on empruntait à 18 % et il y avait une inflation à 24.”Le record de l’inflation s’établit à 13,7 % en 1974 et était seulement de 2,7% en 1967.
  • Il chiffre à 13 000 le nombre de suicides de jeunes par an, au lieu de 600.
  • Il est interpellé sur la possibilité de motiver les classements sans suite, il dit que c’est “une bonne idée”, qu’il “la reprend à son compte”.Cette obligation est déjà inscrite dans le Code de procédure pénale (article 40-2)
  • Plus tard, il envisage fermement de “changer l’ordonnance de 1945” pour “qu’un mineur entre 16 et 18 ans qui est multirécidiviste soit traité comme un majeur”.Cette disposition est justement précisée par ladite ordonnance.
  • Le 26 février 2007: Interrogé sur RMC et BFM par Jean-Jacques Bourdin, Nicolas Sarkozy commet plusieurs bévues : A la question “combien la France possède-t-elle de sous-marins nucléaires d’attaque ?”, le candidat UMP à la présidentielle répond “quatre”.”Non, c’est cinq”, lui rétorque le journaliste, commettant à son tour une erreur puisque la France dispose de six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) , si l’on en croit le ministère de la Défense.
  • Par la suite, à le journaliste lui demande : “Est-ce que les combattants d’Al Qaïda sont des sunnites ou des chiites ?” Sarkozy répond : “il est impossible d’y répondre !”. Il prend alors l’exemple des jeunes Français qui partent se battre dans les rangs d’Al Qaïda : “alors qu’ils sont Français, est-ce qu’on peut les réduire à l’appartenance à une ethnie ?”.Les sunnites et chiites ne sont bien sûr pas des éthnies mais des branches de l’Islam.

Cyrille Frank – Le 12 avril 2007. Rédaction ©AOL

Sondage : une couverture trop émotionnelle de l'information ?

Lire le point de vue du journaliste américain Jérémy Littau sur Owni

“Niche fiscale” des journalistes, soyons pas chiens…

Presse

Presse à la niche ?

Capucine Cousin est revenue en détails sur la question de l’abattement fiscal des journalistes et dénonce le procès instruit publiquement et politiquement contre cette fausse “niche fiscale”. Je m’associe à elle dans son argumentation, et vais même y ajouter quelques arguments.

Avant tout, je précise que cette question m’a taraudé dès les premiers jours de l’obtention de ma carte de presse, il y a une quinzaine d’années et que je ne déclare plus l’abattement fiscal, le journalisme n’étant plus mon “activité principale et rétribuée” (je fais surtout du conseil et de la formation).

Ayant suivi les cours d’Histoire de la Presse à l’excellent Institut français de Presse, je savais qu’à l’origine, cette subvention directe aux journaux avait été imaginée en 1934, pour contrer les excès d’un journalisme soumis aux puissances d’argent, comme une garantie d’indépendance, à l’anglo-saxonne.

Il s’agissait de rembourser les frais des journalistes dans l’exercice de leur métier pour ne pas les rendre sensibles aux  “cadeaux” offerts par ceux dont ils parlaient, ce qui aurait pu orienter la teneur des articles.

Et donc, voyant mes petits camarades profiter grassement des invitations, petits fours et autre danse du ventre communicante, et désireux d’en profiter aussi, je m’étais fait un devoir de ne pas déclarer d’abattement fiscal, en plus. Ok pour arnaquer un peu les communicants (car les malheureux annonceurs n’ont pas bénéficié avec moi d’un grand régime de faveur), mais pas le contribuable.

Et puis surtout je n’avais pas embrassé cette profession pour me mettre à faire exactement le contraire que ce que je dénonçais. Il y a des limites à l’incohérence idéologique.

Sont passées quelques années durant lesquelles j’ai pu mesurer combien cet abattement servait surtout de subvention aux éditeurs de presse, pas aux journalistes. J’ai découvert en effet combien cet abattement (50 000 francs à l’époque, 7650 euros aujourd’hui à retirer de son revenu imposable) en fait un moyen de contrôler et limiter les augmentations de salaire.

De même d’ailleurs que la carte de presse, officiellement un morceau de plastique censé “faciliter les relations des journalistes avec l’administration” (et notamment fiscale), sert avant tout de compensation sociale à la faiblesse des salaires. “Ouhais, moi je rentre gratos dans tous les musées et je me la pète au restaurant quand je sors ma carte bleue qui est à côté”. C’est également une subvention aux éditeurs de presse déguisée. J’ai donc un jour moi aussi demandé à bénéficier de cet abattement pour compenser un peu mon salaire de miséreux (7600 francs nets en 1996)

Capucine a dressé l’inventaire des salaires bruts 2008 en provenance du SNJ (pas plus récent) et montre qu’une bonne partie des journalistes ne roule pas vraiment sur l’or : près de 28% des journalistes gagnent moins de 2500 euros /mois, soit un peu moins de 2000 euros nets. Cela n’a rien de scandaleux eu égard au niveau de diplôme de la profession.

En 2008, 14,8% des journalistes sont passés par l’une des douze écoles reconnues de journalisme. Je n’ai pas trouvé de chiffres plus récents, mais ceux de 1998 (ça date) montrent que 60% des journalistes sont à bac+3. Il est fort probable qu’on soit aujourd’hui à bac+4

Il faut ajouter à cela 16,4% de pigistes payés au lance-pierre pour la plupart (37% des journalistes pigistes gagnaient moins de 1500 euros bruts par mois rappelle Capucine). Donc la moitié des journaleux sont soit dans la précarité, soit bénéficient d’un niveau de vie plutôt faible.

NE PAS TOMBER DANS LE PIEGE DU NIVELLEMENT PAR LE BAS

Je comprends l’argument de ceux qui me disent : les journalistes ne sont pas les plus mal lotis. C’est vrai : qu’on pense aux infirmières, aux caissières, aux employés, à certains fonctionnaires…Mais je ne comprends pas bien en quoi cela justifie la hargne anti-journaliste ?

En tant que formateur professionnel des journalistes, je parcours la France pour aller former mes collègues “print” aux techniques web, à l’instar de mon collègue Erwann Gaucher

Le Télégramme, le Courrier Picard, Sud Ouest, Le Messager… Je n’ai vu là que des journalistes gagnant très mal leur vie si l’on tient compte du temps passé. Car ces journalistes ne comptent pas leurs heures et travaillent entre 50 et 60 heures par semaine pour un salaire situé dans la fourchette de 1800 à 2500 bruts (exception faite des rédacteurs en chef payés entre 3000 et 4000 bruts, pour ce que j’en ai vu, mais après 20 ou 25 ans de métier). Si scandale il y a, il n’est pas dans la réduction fiscale dont ils bénéficient, mais plutôt dans l’iniquité de rémunération par rapport aux professions commerciales.

Je me sens tout autant solidaire des infirmières qui réclament une revalorisation de leur salaire, des retraités qui voient leurs pension diminuée, des chercheurs qu’on paie une misère sous prétexte qu’eux au moins font un boulot qui leur plaît.

Neurones d'un soir

Neurones d’un soir

SALE TEMPS POUR L INTELLIGENCE

Car c’est tout les travers de notre société qui ne récompense pas bien le savoir, mais plutôt le commerce. Je n’ai pas de chiffres sur la moyenne des rémunérations des secteurs commerciaux, mais mon expérience suffit à m’en convaincre. Pour gagner sa vie correctement, il faut faire de la vente, pas des études.

Et c’est cela qui m’inquiète à travers ces invectives à destination des journalistes et leurs avantages iniques. Enlevez-le et pourquoi pas non plus la carte de presse et vous verrez fuir les élites, les talents vers d’autres métiers. On n’attrape les mouches avec du vinaigre.

Il risque alors de se produire ce qui se passe déjà dans le secteur de la recherche : une fuite des cerveaux vers des climats plus cléments (aux Etats-Unis par exemple ou les post-doc sont payés le double d’ici parfois) ou pour le cas des journalistes, vers la communication plus généreuse. Or, retenir les talents, c’est vital pour notre démocratie.

UNE REFORME NECESSAIRE DE L AIDE

Mais je comprends aussi l’importance du symbole et surtout, l’hérésie de l’absence de critères sociaux dans l’attribution de cette aide. Il est vrai qu’un journaliste gagnant 3500 euros nets par mois, doit payer des impôts”normaux”, c’est une question de civisme républicain.

Alors cela passe par la mise en place de critères sociaux, par la réintégration dans le régime général avec revalorisation de salaire (subventionnée directement par l’Etat). Facile à dire tout cela, quand l’Etat manque cruellement de trésorerie.

Cela évitera de subventionner des “rédacteurs-graphistes” qui n’ont de journaliste que le numéro de Commission paritaire de la société qui les emploie.

Il faut réformer en effet le statut de journaliste pour éviter que la population ne s’éloigne de plus en plus de ses médiateurs. Intermédiaires dont elle a besoin, même si elle ne s’en rend pas toujours compte. Il faut certes aussi que de leur côté que les journalistes donnent l’exemple et regagnent cette confiance qu’ils ne méritent pas toujours, compte tenu de leur élitisme et corporatisme récurrents.

Par ailleurs, cessons de jouer la concurrence des souffrances et des misères. Cela me rappelle trop le malsain coup de gueule de Pierre Bergé contre le téléthon, ou encore le méchant procès de Dieudonné contre les Juifs par comparaison aux anciens esclaves africains.

Ce débat est indigne et vide et ne conduit qu’à dresser les gens les uns contre les autres. Attention à ce piège machiavélique, au premiers sens du terme.

Enfin, attaquons aussi et d’abord les injustices les plus criantes : bouclier fiscal, niches immobilières déficalisées, avantages parlementaires, statuts de nantis (Banque de France etc)
L’un n’exclue pas l’autre, certes, mais ce sera plus efficace et plus juste.

Sondage : faut-il supprimer cet abattement ?

Cyrille Frank

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Crédit photo via Flickr.com ©Jenw2012 et lorelei-ranveig

Elitisme ou populisme en presse, la porte étroite

Une Liberation 7oct 2010

Une de Libération 7 octobre 2010

Face à la censure de la Mairie de Paris à l’encontre de l’exposition controversée du photographe américain, Libération fait un pied de nez et affiche publiquement, à tous l’une des photographies les plus “scandaleuses”. Une démarche militante  qui renoue avec la grande tradition politique du titre. Et qui est cohérente avec sa ligne et son public.

Sauf que l’on reste dans un domaine très élitiste et très parisien qui ne risque pas d’intéresser les foules.

C’est surtout ce décalage social entre les journalistes de Libération et la population de gauche qui me frappe…

A l’heure des grèves massives contre la réforme des retraites, de procès Kerviel avec en arrière-plan, le sentiment d’injustice qui monte… Cette hiérarchisation éditoriale me laisse perplexe.

ELITISME OU POPULISME: LA PORTE ETROITE

Je donne raison à Libération et aux défenseurs de cette exposition pour toutes les bonnes raisons très bien expliquées par l’Express ci-dessus. Tiens précisément le titre qui a défrayé la chronique hier avec une Une précisément aux antipodes de celle-ci.

Une Express 6oct 2010

Une Express 6oct 2010

Car la Une de l’Express ce mois-ci est autrement plus dérangeante pour les raisons exactement inverses : elle verse très largement dans le populisme le plus abject. Avec ce minaret géant écrasant ce malheureux petit cloché en arrière-plan.

Avec ces sous-titres racoleurs :

-Le retour de la menace terroriste

-La poussée des fondamentalismes

-L’échec de l’intégration

-Les forces politiques qui en profitent

Ce qu’il y a d’insidieux et de scandaleux dans cette Une, c’est la mise sur le même plan de problèmes très différents réunis sous un seul et même mot-clé : Islam.

L’amalgame est donc évident : l’islam crée du fondamentalisme, du terrorisme, des problèmes d’intégration et tout cela profite à l’extrême-droite. Cette couverture n’est pas digne de l’Express et de son discours constant.

Alors que s’est-il produit ? Et bien une pression économique sur les ventes bien sûr.

Et c’est bien là la pire des pressions, car elle est engagée par un journaliste lui-même, qui s’il est honnête, ne doit pas être très fier de lui. Je me souviens encore de son discours à son arrivée à la rédaction en chef et ses propos rassurants sur la fin des Une racoleuses… La réalité s’accommode mal de la vanité des promesses.

RETROUVER UN EQUILIBRE

Entre les deux extrêmes évoqués en l’espace de deux jours, ma préférence va au premier. Au pire il ne sera pas lu, c’est tout. Mais c’est quand même dommage de ne pas profiter de son flambeau pour éclairer les foules.

Ce sujet de Libération était intéressant, légitime. Mais pas en Une !
Remettons un peu de hiérarchie en fonction du contexte social que diable… Un peu d’empathie n’a jamais nuit au journalisme.

“Il faut servir au lecteur ce qu’il veut et aussi, ce qu’il ne sait pas encore qu’il veut”. Absolument, mais la première condition est nécessaire à la seconde.

Plaire au public est une obligation morale pour la presse car elle conditionne la survie de cette industrie et cette brique essentielle de notre démocratie.

Cyrille Frank

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« Buzz Dati » : les médias coupables de dégrader l’information ?

Le buzz de Rachida Dati et sa "fellation"

Capture d’écran de la video du Post – ©Le Post

Face à la déferlante médiatique qui s’est emparée de cette anecdote, certains accusent les médias de dégrader l’information. D’autres s’attaquent à la médiocrité du peuple. J’y vois une manifestation de tendance.

RAPPEL DES FAITS

Le 26 août dernier, Rachida Dati interrogée en direct sur Canal+ (Plus Clair présenté par Anne-Sophie Lapix) utilise le mot “fellation” au lieu “d’inflation”.

La rédaction du Post s’empare du sujet, récupère un extrait vidéo et le publie sur son site dans l’heure qui suit l’émission. Le site pousse la vidéo sur Dailymotion dans la foulée où elle dispose de sa “chaîne”, accumulation de ses vidéos taguées sur son nom (avec un slogan pas à jour “le mix de l’info”) mais qui révèle sa maîtrise des outils de diffusion virale.

dati-google-insight

Dati Google Insight

L’analyse des mots clés “rachida dati fellation” ou “dati fellation” dans Google Insight permet de suivre l’évolution du buzz dans le temps. Ces mots  clés présents dans le titre d’origine du papier montrent que le dimanche même, leur taux d’utilisation était déjà très fort (40% de recherches sur ce terme par rapport à l’ensemble des recherches de ce mot clé sur la période).

Mais cet indice n’atteint son apogée que le lendemain (100% de taux d’utilisation du terme sur la période).

Dati Google Insight 2

Dati Google Insight 2

Or un nouveau mot clé fait alors son apparition : “lapsus”. La courbe suivante montre que le dimanche 26, il est assez peu utilisé (20% environ), alors que le lundi il atteint 100%. Que s’est-il passé entre temps ? Et bien les médias traditionnels ont repris l’histoire et ce sont eux qui ont parlé de “lapsus”, terme qui n’a suscité un usage massif qu’après.

QUI EST RESPONSABLE DE LA PROPAGATION ?

Le site d’information Le Post, spécialiste du buzz, a donc initié cet emballement grâce à sa réactivité, la puissance de sa communauté et sa maîtrise des plateformes video,  en l’occurrence la présence en une de Dailymotion, rappelle Vincent Glad de Slate

Ce journal en ligne qui mélange information et rumeurs, faits et commentaires, politique et people, est ce qu’on appelle un “pure-player”, site né sur Internet et présent uniquement sur le réseau, à la différence de son propriétaire Le Monde, par exemple.

Le succès de la vidéo auprès du public qui a lui-même décuplé le relais via Facebook est prodigieux : 1,4 million de vues  24 heures après sa diffusion, un volume inédit.

Mais le relais des médias traditionnels ne s’est pas fait attendre. L’analyse chronologique des relais médias de l’affaire dans Google news montre qu’ils ont suivi le mouvement très vite.

Le Post – publication à  13h48
RTBF : reprise à  14h58
Tele Loisir : 15h11
Le Parisien : 16h17
Voici : 16h36
France soir : 17h12
Europe 1 : 17h13
Nouvel Obs : 17h23
Le Monde : 17h47

On voit bien qu’un peu plus d’une heure après la publication de l’article, les médias traditionnels, en particulier audio-visuels, se sont mis à relayer l’information, contribuant d’autant à son buzz.

Conclusion : cette histoire a intéressé autant la population que les journalistes qui n’ont pas attendu la sanctification du phénomène comme “spontané” pour en parler. Ils y ont contribué largement.

POUR QUELLES RAISONS ?

1- Il y a d’abord un facteur économique. La course au buzz c’est aussi la course à l’audience si importante sur Internet pour intégrer le top 5 des sites d’information, seul vraiment rémunérateur auprès des annonceurs. Les rédactions sont donc organisées de plus en plus autour de la réactivité de l’information et le traitement prioritaire de ce qui est chaud. En témoigne la multiplication des rubriques buz sur les sites d’info

2- L’amplification” people”. Parmi les premiers sites relais on compte Voici et Télé-loisirs dont le fond de commerce est l’info people de dernière minute. Ce sont aussi parmi les titres qui vendent le plus en ligne et sur papier : cela correspond à une attente lecteurs forte.

3- Un phénomène générationnel dans les rédactions web. Ceux qui sont aux commandes des sites d’info le week-end sont parmi les plus jeunes généralement (on confie les astreintes et permanences aux moins galonnés, sauf si compensation salaire intéressante : là c’est le contraire). Cette génération aime le people, le buzz, le LOL

trash news

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UNE DEGRADATION DE L INFORMATION ?

C’est le point de vue de Michel Rocard qui, dans la préface d’un livre réédité (“Se distraire à en mourir” de Neil Postman) se désespère : “Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité. Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace “.

C’est aussi le point de vue de Bruno-Roger Petit, du Post, qui accuse en premier lieu la populace : “Cet énorme buzz autour du lapsus de Rachida Dati, est une nouvelle preuve de la mauvaise santé de la démocratie française et de l’immaturité de la citoyenneté à la française. Si le niveau du personnel politique français s’est gravement effondré en dix ans, c’est aussi parce que les Français l’ont accepté et même demandé. « Donne moi du people et je te dirai qui je suis”.

Critique lapidaire  qui ne manque pas d’ironie quand le site initiateur du buz, est le même qui offre une tribune au contempteur de cette médiocrité publique. Cri de colère et de dégoût qui ne dérange habituellement pas le complice intéressé, lequel oublie régulièrement que son hébergeur et financier est coutumier de ce genre de révélations.

Mais cela ne répond pas au problème. Assiste-t-on en le cas d’espèce à une dégradation de l’espace public ?

La vidéo en tant que telle est un exemple plutôt bon-enfant de cet amusement qui nous prend tous à voir quelqu’un se vautrer en public. C’est le ressort principal d’émissions comme vidéo gags et cela ne mérite pas que l’on pousse des cris d’orfraie, contrairement aux commentaires parfois haineux et très choquants qui fleurissent sur certains articles d’actualité.

Le fait que les médias en revanche s’en emparent massivement et en rajoutent largement ne plaide pas forcément en leur faveur. Que les sites people et de faits divers creusent ce sillon, rien que de très normal, c’est leur positionnement. Je le trouve beaucoup moins justifié en revanche, s’agissant de sources traditionnelles d’information telles Le Monde, Europe1, Le nouvel Obs.

LE PROBLEME NE VIENT PAS DU PEUPLE

Contrairement au point de vue de Bruno Roger Petit qui révèle un mépris élitiste du peuple, à l’instar d’ailleurs de Michel  Rocard, je n’accuserais pas les citoyens mais une fois de plus ses dirigeants médiatiques et politiques.

On l’a vu, la course à l’audience infléchit la ligne éditoriale de titres d’information dont ce n’est pas forcément le crédo initial. Je ne trouve pas cela forcément scandaleux. C’est une adaptation à son époque et ce n’est pas un hasard si le mouvement vient d’ailleurs des jeunes journalistes web, beaucoup plus en phase avec la leur (d’époque).

Cela le devient quand ces sujets légers et drôles remplacent les papiers sérieux et que la mission d’information s’efface complètement devant le divertissement. Quand l’analyse politique du Monde se réduit aux chroniques amusantes de Raphaëlle Bacqué, je trouve que le sens et le service au lecteur y perdent. Tout est question de mesure, d’équilibre, de ligne éditoriale en somme !

De ce point de vue, je rejoins Michel Rocard, mais le problème une fois de plus vient essentiellement des médias, pas de ce peuple prétendument “malsain” ou “immature”.

RESPONSABILITE POLITIQUE

Enfin et surtout, critiquer les goûts des gens sans s’intéresser à l’origine de ceux-ci manque singulièrement de consistance.

Si le peuple regarde plus TF1 qu’Arte, c’est avant tout en raison des inégalités socio-culturelles liées aux défaillances d’un système scolaire massifié à l’abandon.

S’il se désintéresse de la politique, c’est que celle-ci ne lui a pas donné beaucoup de raison de s’y intéresser  et de lui faire confiance ces 30 dernières années. Voir le discrédit total dont est frappé la politique par mensonges accumulés, exactions, démagogies, racolages successifs et notamment depuis Mitterrand (n’est-ce pas Bruno ?) en qui le peuple fondait tellement d’espoirs.

S’il préfère des programmes mielleux cousus de fil blancs, c’est parce que ses conditions de vie et de travail déjà bien noires le poussent moyennement à apprécier Lars van Trier…

Arrêtons, nous journalistes et élites, de critiquer le mauvais goût des autres. Tâchons d’élever le public, mais sans le mépriser, avec pédagogie et patience et cessons de croire que les médias y puissent grand chose. Ce sont des thermomètres, pas des médicaments.

Cyrille Frank

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Crédit photo en CC ©synergy_one via Flickr.com 

Ne constituons pas des ghettos culturels pour riches !

Mise à jour 28 décembre 2014

Bilan, cinq ans après avoir écrit ce papier : une majorité de titres d’informations ont opté pour un modèle mixte, en partie gratuite, en partie payante. Médiapart, Le Monde, Le Figaro, L’Obs, Le Parisien, Libération, Les Echos, L’Equipe… Rares sont ceux qui maintiennent le modèle non-payant, financé par la publicité, tels le Huffington Post ou Slate.

Parallèlement, se sont développés Google News et Facebook qui sont devenus des distributeurs majeurs de l’information, opérant des hiérarchies fondées sur des critères purement économiques, accentuant les biais dramatiques et émotionnels

Ce que je redoutais s’est donc produit : l’aggravation des inégalités d’accès à l’information. Aux instruits, la presse payante de qualité, aux moins instruits (qui ne mesurent pas la valeur d’une bonne information), “l’entertainement” et la rumeur

Il est temps que la puissance publique remette de l’ordre dans la maison et réduise ses subventions pour les titres qui se coupent du plus grand nombre en instaurant un accès payant. Et réinvestisse cette manne publique dans des services d’information de qualité accessibles à tous…

Edwy Plenel se félicite du succès de Médiapart, consécutif aux révélations de l’affaire Woerth. Le site payant d’information a recruté plus de 5000 nouveaux abonnés en quelques semaines, se rapprochant du seuil de rentabilité. Une victoire de la démocratie ? Oui et non…

Dans une interview donnée à frenchweb, Edwy Plenel revient sur l’origine de son choix de business fondé entièrement sur l’abonnement. Il arbore le sourire et la bonne humeur de celui qui a eu raison contre tous (“nous étions les seuls au monde”) en défendant un modèle de presse en ligne payant.

Au cours de l’interview, il s’exprime longuement sur ses “amis de Rue89” (à 9:18 mn dans la vidéo), qu’il amoche pourtant assez sérieusement sur le fond.

 

“Qu’est-ce qui fait la rentabilité de TF1, de RTL et Europe 1, c’est pas l’information, c’est le divertissement . Il peut y avoir de très bonnes rédactions, mais la rentabilité elle est venue de quoi. la pub c’est les grosses têtes, la pub c’est la télé-réalité, la pub c’est la Star-Academy, c’est pas l’info qui amène la pub.

Donc mon doute sur le pari de mes amis de Rue89, c’est que si ils veulent gagner leur pari qui est une logique d’audience, avec des recettes publicitaires fortes, cela aura une incidence sur leurs pratiques journalistiques. Il faudra qu’ils fassent des papiers plus people, plus superficiels, plus accrocheurs, plus de buzz. Nous on fait des papiers raides, longs, durables, forts, lourds. On ne fait pas que Karachi ou Béttencourt.”

Ce passage est tout à fait éclairant de la philosophie profonde d’Edwy Plenel sur l’information, mais aussi sur la culture et l’éducation en général. Il se situe assez loin de ma manière de concevoir non seulement mon métier de journaliste, mais aussi mon devoir de citoyen.

PLENEL A LES MAINS PROPRES, MAIS IL NA PAS DE MAINS

J’ai envie de paraphraser Charles Péguy critiquant le rigorisme de l’impératif kantien pour émettre quelques objections au propos du grand Edwy Plenel. Je dis cela sans ironie, j’ai beaucoup d’admiration personnelle pour le journaliste, pour sa rigueur intellectuelle, ses qualités professionnelles, son engagement et son courage.

Péguy critiquait la raideur de Kant qui prétendait qu’un bon citoyen devait obéir coûte que coûte à la loi morale et notamment au principe supérieur de vérité. Ainsi, quand bien même un mensonge pourrait sauver un innocent, il faudrait s’en abstenir pour rester conforme à ce principe supérieur de vérité. D’où l’absence de mains de celui qui abandonne le malheureux à son sort. Discussion philosophique abstraite qui prendra une autre résonance avec la seconde guerre mondiale…

Quel rapport avec Plenel ? Ce même rigorisme par rapport au principe de vérité, dans le devoir d’information. Ce respect sacré des faits, du vrai au détriment du reste. Il y a du Kant chez Plenel : une construction mentale impeccable, un véritable système de pensée cohérent et implacable. Et en même temps un certain manque d’humanité, ou en tout cas de psychologie.

LES HOMMES SONT PLURIELS, LA PRESSE AUSSI

Pour Edwy Plenel, qui est représentatif d’une certaine vision de l’information, le seul rôle de la presse semble être celui d’informer. Je conteste ce point de vue non seulement aujourd’hui mais aussi dans son rapport à l’Histoire que je n’ai pas enseignée mais étudiée avec un grand spécialiste

Informer, divertir, servir, relier… voilà les quatre principaux besoins auxquels répond la presse depuis l’origine.

1-Informer avant tout bien sûr, former les opinions éclairées du citoyen votant, cœur de la légitimité démocratique de la presse. Mais s’arrêter à cela, c’est passer à côté de la psychologie humaine.

2-Divertir. Le divertissement a toujours été un des motifs forts de lecture et d’achat de la presse. Depuis la relation des événements de la Cour au peuple via la Gazette de Théophraste Renaudot au 17e s qui l’amusaient beaucoup, jusqu’aux faits divers sanglants qui ont fait le succès de La Presse d’Emile Girardin au 19es. En passant par les mots croisés, rébus, cartoons et autre friandises divertissantes du Monde.

D’ailleurs ce distingo entre information est très délicat. Quand finit l’information et quand commence le divertissement ? On le voit bien aujourd’hui avec une scénarisation de plus en plus forte de l’information politique qui tend à rapprocher la première du second, alors même que la thématique reste “noble”. Raphaelle Bacqué, avec tout le talent d’écriture qui est le sien en est l’une des plus éminentes représentantes. Qui décide de l’information noble et sur quels critères ? On le sent en filigrane chez Edwy, le seul critère qui vaille est cette capacité à éclairer le choix politique, j’y reviendrai plus loin.

3-Rendre service : ce sont les informations pratiques, les heures d’ouverture de la crèche, les adresses des services publics, les informations concernant les travaux sur la rocade… Bref, ce qui constitue l’un des plus forts ciment de la presse régionale vis à vis de ses lecteurs.

4- Créer du lien social : le journal est ce prétexte à discussion, cette occasion de débattre, échanger des idées, rencontrer l’altérité dans l’échange et la confrontation d’informations lues dans le canard. Les infos sont en ce sens une sorte de carburant social de premier ordre, remplacé depuis longtemps par la télévision, elle-même concurrencée aujourd’hui par Internet. D’ailleurs Edwy a pour le coup bien intégré cette dimension via la plateforme communautaire de blogs de Médiapart.

LA RENTABILITE DES JOURNAUX N’EST JAMAIS VENUE DE L’INFO

Ma conviction est que l’information citoyenne n’ a jamais justifié à elle seule ni la lecture, ni a fortiori l’achat d’un journal. C’est ce “mix produit” des quatre critères évoqués ci-dessus, comme on dit chez les marketeux, qui l’expliquait et l’explique toujours.

Il y a chez Edwy Plenel un biais égocentré dans sa conception de l’information et la culture. Il projette sur la majorité ses propres goûts, alors qu’elle ne représente qu’une conception élitiste. En réussissant à atteindre ses 60 000 abonnés, ce que je lui souhaite, Edwy aura réussi l’incroyable pari, encore plus impressionnant sous cet angle, d’attirer à lui lune bonne partie des élites intellectuelles de France. Je ne parle pas des cadres supérieurs ou chefs d’entreprise, mais plutôt des clercs : professeurs, universitaires, chercheurs, artistes, écrivains… la société de l’intelligence qui représente finalement pas mal de monde dans la mesure où elle englobe l’Education nationale, mais n’est qu’une portion minoritaire des Français.

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UN “GHETTO” CULTUREL DE RICHES

Voilà la grande crainte que je ressens vis à vis de Médiapart et autre Arrêts sur images. La constitution d’enclaves culturelles privées réservées à une élite sociale, celle ayant un certain niveau socio-culturel initial. A la “masse bêlante”, les programmes plus ou moins abêtissants de la Star Ac ou de la télé-réalité décriés ci-dessus.

Non pas que j’en rende Edwy Plenel ou Daniel Schneidermann responsables, naturellement. Les deux défendent un projet de qualité avec passion et j’admire leur ténacité, leur abnégation, leur courage. Mais je m’interroge sur le résultat de pareilles fuites des cerveaux à échelle globale.  Le problème est bien d’ordre politique et économique. Avec un abandon progressif des missions de service public, en particulier l’école, sous l’effet conjugué d’une crise économique, d’une mondialisation dé-régulée et d’une politique nationale clientéliste et injuste.

Mais en se retirant des organes subventionnés par nous autres citoyens et sinon gratuits – du moins plus ou moins “indolores” car financés par l’impôt, Edwy et Daniel ne nous rendent pas un grand service. Ils réduisent la portée de leurs médias payants aux seuls instruits capables de saisir la valeur d’une information payante de qualité.

Ils accentuent ainsi, indirectement les inégalités socio-culturelles.

medias pédagogues ?

medias pédagogues ?

DU ROLE PEDAGOGIQUE DE LA PRESSE

Notre société se tourne de plus en plus vers le divertissement, vers le léger (dont le LOL est une incarnation), vers le plaisir. Pour plein de raisons éducatives, économiques, psychologiques… Mais de fait, la société des jeunes lecteurs a changé et modifie de façon très forte le fameux “mix produit” nécessaire pour vendre.

Un peu plus de divertissement et de superficiel que de sens, par rapport à nos aînés, la génération d’Edwy. On peut le déplorer c’est vrai, je ne me réjouis pas de voir des émissions débilitantes envahir complètement nos vies, à commencer par les séries américaines au scénario industriel, programmes d’une pauvreté affligeante qui colonisent tout l’espace culturel de nos médias audiovisuels.

Mais si je suis sûr d’une chose, c’est que la création et le succès économique de Médiapart et Arrêt sur images n’y changera rien. Edwy Plenel semble vraiment croire à la contagion positive de son modèle : “en pariant sur une réussite qui serait chimiquement pure qui aiderait toute la profession, tous les producteurs d’information sur le net et qui aiderait profondément le journalisme dans un moment de crise, c’est de montrer qu’on peut arriver en trois ans, à faire un journal indépendant, sans publicité, avec plus d’une trentaine de salariés, qui arrivent à l’équilibre”.

C’est assez naïf. Quand les deux auront fait les fonds de tiroirs des élites intello, il ne restera plus grand nombre de lecteurs cultivés à se mettre sous la dent. Et de toutes façons, le frein le plus puissant reste celui de l’éducation et du capital culturel.

Moi j’ai une autre méthode qui se résume à cette fameuse phrase : “il faut être dans l’avion pour le détourner”. C’est le principe de la pédagogie : s’adapter à son élève pour le faire progresser. Faut-il adapter Marivaux en langage “djeun’s” pour intéresser les banlieues ? Et bien soit ! Ce sera moins noble, moins beau, il y aura un peu de dégradation du message initial c’est vrai, mais au moins passera-t-il.

Ca marchera beaucoup mieux et au final, on “boostera le ROI culturel”. Je sais que deux écoles de pédagogie s’affrontent là, entre ceux qui ne veulent pas édulcorer le contenu pour maintenir une stricte équité de l’offre et ceux comme moi, estimant qu’il est urgent de mettre en place des approches différenciées, pragmatiques.

Accommoder le sens à la sauce plaisir, voilà mon pari à moi. Les lecteurs populaires ne viendront pas tout seuls, il va falloir les chercher. Il ne s’agit pas d’accuser les nouveaux médias qui s’attachent à faire leur travail le mieux possible. Le premier facteur de l’inégalité  culturelle qui se creuse reste le pouvoir politique à travers l’échec scolaire et socio-économique.  Mon message consiste juste à les inviter peut-être à tendre davantage l’oreille et la main en direction de ces nouveaux publics qui s’éloignent d’eux, sans comprendre qu’ils passent à côté d’une grande richesse. A faire peut-être un peu de compromis, sans dénaturer ni galvauder leur travail, afin de vulgariser et rendre accessible leurs contenus. Ce que fait bien Slate.fr (j’espère n’avoir pas invoqué le diable).

Il en va beaucoup plus que de la survie de la presse. Il en va de la cohésion sociale, de l’harmonie démocratique. Pour éviter de creuser encore davantage ce fossé culturel et ce mépris perceptible de ceux qui savent, qui consomment la bonne information, la bonne culture n’existe pas vis à vis des millions de “beaufs”.

Cyrille Frank 

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Sur Mediacademie.org (newsletter mensuelle gratuite des tendances, outils, modèles d’affaire du journalisme/production d’information)

Crédit photo via Flick’r @ aaronescobar et et @raisinsawdust

Les techniques habiles des nettoyeurs du web

silence, on vend...

silence, on vend…

Un petit litige avec Bouygues Telecom m’a conduit à évaluer le fameux pouvoir du consommateur 2.0 et son prétendu retour en force face aux entreprises. J’ai surtout découvert les techniques de censure ordinaire contre “monsieur tout le monde”.

Voir amendement à ce billet plus bas

Le web 2.0, la parole donnée au consommateur-citoyen sur Internet a ouvert le robinet public des revendications et des plaintes. Il est tellement plus facile et rapide de rédiger un commentaire rageur sur un forum qu’écrire un courrier au service clientèle, le timbrer, le poster.

La parole se déverse à grand flot sur les forums et les sites participatifs des marques qui contrôlent et modèrent d’ailleurs plus ou moins ces messages. A l’image des cahiers de doléances recueillis à la veille des Etats généraux de 1789 qui s’entassèrent, sans être lus.

La méthode Dooce

La méthode Dooce

Une des plus fameuses revanches d’un citoyen contre une marque fut celle de la blogueuse américaine dooce qui s’acharna publiquement contre une marque d’électroménager qui l’avait déçue… Comme on peut le constater à la lecture du nombre de ses abonnés (1,5 million), il ne s‘agissait pas du citoyen lambda. Beaucoup de grands médias français rêveraient de disposer du même volume d’audience. La blogueuse obtint naturellement réparation et plus encore

LE POT DE FER CONTRE LE POT DE TERRE ?

Dans mon cas, le rapport de force n’était pas le même. Si je dispose d’un blog et d’un compte Twitter actif, je ne me leurre pas sur ma microscopique “influence”, et tant mieux puisque c’était une condition de validité de l’expérience.

Détail de l’opération :

J’ai publié un billet racontant ma mésaventure avec Bouygues que j’ai copié-collé sur cinq forums différents, en rapport avec le domaine :

Le site de Bouygues lui-même
Comment ça marche
Forummobiles.com
Forum.lesmobiles.com
Tomsguide

Durant une matinée entière, je suis allé répondre aux commentaires sur ces différents sites, du moins ceux qui les avaient ouverts.

Résultat : une poignée de commentaires chez Bouygues, un retrait du message chez Tom’s guide et Comment ça marche… mais une belle activité sur les deux forums mobiles. 27 commentaires sur le premier, 24 sur le second et 340 vues.

Quelques heures après le début de l’opération, le community manager de l’entreprise me contacte via Twitter et propose de résoudre mon problème. Un appel plus tard et tout rentre dans l’ordre : Bouygues annule les frais indus et donne tort aux deux conseillers téléphoniques pour leur déficit d’écoute.

Bouygues champion Twitter

Bouygues champion Twitter


Première conclusion
: félicitations à Bouygues pour son exceptionnelle réactivité et la bonne fluidité de communication entre son site web et Twitter

 


Deuxième réaction
: pourquoi mon message a-t-il été effacé sur deux forums grand public ? Comment ça marche et Tom’s guide. Ce dernier allant jusqu’à effacer mon compte ?

Solution définitive

Solution définitive

Je n’ai rien commis de répréhensible sur le plan légal : pas d’injure, pas de diffamation, pas d’insulte… Si ce n’est le lien à la fin vers le papier original de mon blog, mais les autres forums se sont contenté de l’effacer.

Je me suis permis de leur poser la question des motifs : Comment ça marche n’a pas répondu à mon mail. Quant à Tom’s guide, impossible de les joindre, car, cerise sur le gâteau, le modérateur a installé un renvoi automatique vers le site des Télétubbies, ce qui est plutôt drôle hormis le bâillon qu’il constitue:

“Dafen@IDN vient de vous envoyer chez les télétubbies (Catégorie : toutes)
Raison de la sanction : spam”

Donc mon cri de colère de consommateur était du spam ? Je m’interroge sur l’origine de la modération : aurais-je eu affaire à ce qu’on appelle des nettoyeurs du web ?

LA CENSURE POUR LES CHAFOUINS

Une nouvelle activité s’est créée sur Internet qui génère beaucoup d’argent : les gestionnaires de e-réputation, dont un des pionniers est mon copain blogueur Versac via sa société Spintank (la meilleure du genre ai-je ouïes dire). En amont cela consiste à expliquer les règles basiques de l’interaction normale sur Internet et les réseaux sociaux, à commencer tout bêtement par  répondre aux gens.

En aval, ce sont des effaceurs qui sont payés pour limiter au maximum le buzz négatif autour d’une marque ou d’un produit. Leurs techniques sont variées : noyade de poisson sous une pluie de commentaires sans rapport, déplacement des messages dans des culs de sac d’audience, envoi de messages contraires sapant la crédibilité de l’émetteur, effacement pur et simple du commentaire, radiation du compte… Bref du spin-doctor économique appliqué à l’internet de monsieur tout le monde.

Dans mon cas, j’aurais donc eu droit à tout une bonne partie de l’arsenal répressif, en particulier le cul de sac de commentaire. Puisque l’opérateur a habilement déplacé mon billet (en Une de son portail, ça faisait désordre c’est vrai) dans une sous-sous navigation intitulée joyeusement Hors sujet. Et profitant au passage du déplacement pour supprimer la mise en forme de mon texte, en particulier les sauts de ligne, le rendant totalement illisible. Je doute après cela avoir eu beaucoup de lecteurs, mais au moins n’ont-ils pas supprimé le message.

Ce n’est donc pas le cas des deux gros forums grand public qui ont étonnement été les plus censeurs. ça me fait un peu de peine, surtout pour Tom’s guide dont j’admirais naguère l’intraitable indépendance, à l’époque où il s’appelait encore Tom’s hardware, avant de se développer à l’International et d’ouvrir son capital. Mais le propos n’est pas là.

Amendement du 21/09/10 à 12h42 : depuis la publication de ce billet, le modérateur de Tom’s guide m’a donné des explications d’une autre nature. Il a juste vu mon copier-coller, le lien vers mon blog en bas du billet et s’est dit : “voilà du bon spam des familles” (hommage à Burgess). Je ne lui en tiens pas rigueur et son propos se défend. La suppression de mes accès en revanche étaient un peu cher payé pour une première infraction… mais j’entends l’argument.

En revanche, j’invite Tom’s Guide et Comment ça marche à revoir leur position sur le fond et éventuellement à assouplir leur règles de modération. Les consommateurs sont très largement victimes des marchands qui régulièrement leur extorquent de l’argent de façon indirecte et plus ou moins vicieuse. Il suffit d’aller jeter un oeil aux dossiers de Que Choisir, ce qu’une amie journaliste a fait pour moi, pour s’en rendre compte. Aujourd’hui Internet constitue peut-être enfin, un vrai contre-pouvoir, pour les rares qui veulent se faire entendre. Alors oui, je revendique l’usage du mégaphone, tout comme dans les manifs.

Il y a certes des causes plus nobles et plus collectives. Mais j’ai aussi compris qu’en ces périodes de crise, l’heure n’était pas tellement à l’Etat Providence, mais plutôt à un terme technique germanophone “le demerdenzisich”.  Compter systématiquement sur une autorité supérieure, sur la loi, sur la police, sur papa ou maman pour se sortir des problèmes n’est pas une solution. Alors je continuerai de mégaphoner pour faire entendre mon droit. Quitte à faire amende honorable si j’ai hurlé trop fort. Mais c’est marrant comme le ton monte quand on ne vous écoute pas…

Je dois néanmoins reconnaître à ce forum : une vraie passion qui s’est manifestée par un déferlement de commentaires très impressionnant à la suite de ce billet. Donc il y a bien là des modérateurs impliqués qui font du mieux qu’ils peuvent et comme tout le monde (y compris moi-même) peuvent aussi se tromper. Je dois reconnaître que j’ai eu tort de les soupçonner de désinvolture ou d’incompétence (ce qui a ajouté  de l’huile sur le feu, objectif non recherché). Il y a eu une méprise des deux côtés,  suite à un problème technique : un problème de validation de mon compte, d’où sa suppression.

Je reste convaincu que d’autres nettoyeurs en revanche officient discrètement chez les commerçants et les marques fébriles. Ce papier mérité donc un complément d’enquête je le reconnais. Suite au prochain épisode.

 

Effaceurs commerciaux

Effaceurs commerciaux

LES FORCES CONTRE REVOLUTIONNAIRES

Face au changement de donne de la libéralisation de la parole, les marques et les entreprises ont peur et engagent des moyens cachés pour étouffer les scandales privés.

Pour protéger leur image ou leur budgets publicitaires, elles trahissent plus ou moins fortement les valeurs auxquelles elles prétendent adhérer de transparence, d’ouverture, de sincérité…

Tout comme les forces contre-révolutionnaires royalistes, aristocratiques et paysannes ont combattu la Révolution de l’intérieur, ce qui a coûté sa tête au roi. Il faut se rappeler, et ce n’est pas rassurant pour la liberté d’expression, que c’est finalement la bourgeoisie qui s’est imposée, c’est à dire les pouvoirs d’argent, tout comme les censeurs web-commerciaux d’aujourd’hui.

Ce n’est pas une prodigieuse découverte, tâchons de ne pas être naïfs, mais il faut en avoir conscience. La liberté c’est de comprendre de quelle manière nous sommes enchaînés (Platon si tu m’écoutes, sors-nous de la caverne 😉

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédits photo via Flick’r @ Yoshiffles et Mang M

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