Mooc, elearning, gamification, serious-games… innovations réelles ou mirages ?

Mooc, e-learning, serious-games, gamification... innovations réelles ou mirages ?

Mooc, e-learning, serious-games, gamification… innovations réelles ou mirages ?

Les Mooc n’ont plus la cote. Un article incendiaire du Monde les enterre même littéralement. Mais si la fin de l’euphorie béate est heureuse, il faut se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Un article du Monde du 22 octobre 2017 -« Les Mooc font pschitt » – semble mettre un terme définitif à l’euphorie des MOOC, les Massive Open Online Courses (cours en ligne gratuits et massifs).

On semble découvrir les faiblesses des Mooc, qui sont pourtant connues depuis 2012, comme je le relevais dans cet article de 2015.

Comme très souvent, le coupable n’est pas tant l’objet lui-même, que ceux qui y ont placé de fols espoirs.

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Comment valider l’info à l’heure d’Internet et des réseaux ?

Voici un support de cours que j’ai réalisé pour des lycéens dans le cadre de la semaine de la presse 2013. Une base de discussion sur la déontologie journalistique à destination des enseignants. Vous pouvez aussi la télécharger sur Slideshare.net. 

Pour les explications, c’est plus loin dans l’article…

Comment ne pas sombrer sous l’information ?

 

Le flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.comLe flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.com

Le flot continu de l’info – Crédit ©steeljam via flickr.com

Nous n’avons jamais eu autant de sources d’information à notre disposition. Des dizaines de chaînes de télé, des encyclopédies en ligne, des journaux gratuits sur Internet. Pourtant l’impression de confusion générale domine. Sauf pour ceux qui savent s’organiser et utiliser les bons outils…

Le temps passé devant la télé augmente et représentait 3h47 par jour en 2011, soit 15 minutes de plus que l’année précédente. Ceci grâce notamment à la multiplication des contenus (TNT, câble, satellite…) et des supports de réception : télé mais aussi ordinateur, mobile, tablettes… Nous, Français, possédons d’ailleurs en moyenne pas moins de 5 écrans par foyer

Tout est fait pour nous pousser à consommer : les chaînes thématiques répondent désormais aux passions de chacun et à la fragmentation des publics. La télé de rattrapage par box ADSL ou sur Internet (de type Pluzz ou M6 Replay) permet de revoir ce qu’on a raté, par manque de disponibilité.

Les émissions privilégient plus que jamais le direct, l’émotion et le spectacle. Les experts du petit écran rivalisent d’ingéniosité pour capter notre attention de plus en plus rare, en dépit d’une légère progression de notre temps de loisir (4h58 en 2010, soit 7 minutes de plus qu’en 1999).

Après la télé-réalité, c’est désormais au tour de la scripted réality de nous plonger dans des univers immersifs à pas cher, en attendant les programmes interactifs et transmedia, initiés en France par « Plus belle la vie »

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La « bonne » culture n’existe pas

La mauvaise culture

La mauvaise culture

Une partie de la culture, confisquée par les élites et la société des clercs, respecte une norme fondée sur des choix “classiques” issus de la culture scolaire. Cette hiérarchie est acceptée inconsciemment par les classes plus modestes qui subissent ainsi une forme de violence symbolique.
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L’exception culturelle française, un problème de vieux con ?

* Hommage au livre « la vie privée, un problème de vieux cons » de Jean-Marc Manach / ©danielygo sur Flickr.com

Le colloque NPA, rendez-vous annuel du gotha numérico-télévisuel, a eu lieu mardi 6 novembre 2012 à la Maison de la Chimie. La question centrale abordée : comment mieux défendre la production des contenus, à l’ère numérique.

On a beaucoup parlé de réglementation, de droit, de Google et autre GAFA (Google, Amazon Facebook, Apple).

Jean-Baptiste Gourdin, rapporteur de la Mission Lescure, était là pour faire un petit bilan d’étape et rappeler les enjeux de sa mission : inaugurer l’acte II de l’exception culturelle française, dans un contexte de bouleversement profond du secteur de l’audiovisuel. En gros, sauver le système français de protection des oeuvres, menacé notamment par les géants du web et la fusion numérique de la télévision et d’Internet.

Comment lutter contre le piratage et défendre les auteurs, producteurs de contenus ? Quels modèles économiques envisager pour financer la création ? Comment promouvoir les offres légales de contenus en ligne et sous quelles modalités ?

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Comment l’image d’actualité véhicule du sens, par la bande (présentation pdf)

Voici un document que j’ai réalisé pour deux lycées à l’occasion des journées de la presse. Il y a peu de commentaires car le but est de faire parler les élèves, mais les exemples sont éloquents. Professeurs de lycées ou de collèges, n’hésitez pas à vous en servir ! 

 

Contactez-moi via ce blog si vous souhaitez comprendre où je veux en venir sur certaines slides… Bonne initiation sémiologique !
Cyrille Frank

La presse doit répondre aux motivations plurielles de ses lecteurs

Crédit photo en CC  ©respres via Flickr.com

La pyramide du sens – Crédit photo en CC ©respres via Flickr.com

En 1943, Abraham Maslow publiait sa fameuse “pyramide des besoins« . Son ambition : décrire les motivations profondes des individus. Au delà des nombreuses critiques que l’on peut adresser au modèle, cette grille d’analyse – si adaptée – reste pertinente pour comprendre l’usage des médias, notamment.

UNE HIERARCHIE DYNAMIQUE DES BESOINS

Selon cette étude fameuse enseignée dans les meilleures écoles de marketing et de management, nos comportements sont dictés par des motivations à cinq niveaux. On peut les résumer en trois groupes :

Besoins primaires (physiologiques et sécurité) : survivre = se vêtir, se loger, manger,

Besoins secondaires (appartenance et estime de soi) : socialisation = discuter, flirter, se mettre en avant pour se sentir valorisé

Besoins tertiaires (accomplissement) = aspirations à s’élever intellectuellement, à devenir la “meilleure” personne que l’on puisse devenir

Une classification qui rappelle fortement celle d’Epicure, qui distinguait lui aussi trois catégories de besoins : besoins naturels (boire, manger, dormir), désirs de bien-être (maison, hygiène, affection) et aspirations au bonheur (philosophie, sagesse, amitié).

Pour Maslow, les êtres humains passent tous par une échelle de besoins progressive, des plus primaires aux plus immatériels. Selon lui, nous devons obligatoirement passer par l’étape précédente pour accéder à la suivante.

On ne s’intéresse pas vraiment aux autres le ventre vide par exemple. Le besoin physiologique (manger, se vêtir, se loger) doit être comblé pour permettre aux besoins de socialisation d’émerger.

Cette caractéristique dynamique est le principal défaut de ce modèle car l’on se rend bien compte que nous avons des besoins pluriels simultanés qui relèvent de plusieurs niveaux.

A l’exception des besoins physiologiques liés à la survie qui sont effectivement une étape préalable à toute autre forme de désir, les autres se chevauchent. Ainsi nous ressentons le désir de nous socialiser à la fois par besoin d’appartenance, par besoin d’estime personnelle mais aussi par aspiration à nous accomplir.

LE “MOTIVATION-MIX”

En marketing traditionnel, on parle de “mix-produit”, pourcentage du budget d’une marque allouée aux 4P : prix , place, produit, promotion. Où l’effort financier de la marque sera-t-il concentré ? Sur un faible prix, une distribution importante, une innovation forte, une publicité massive ?

Je me propose de reprendre ce modèle pour comprendre ce qui motive les comportements des individus. Il suffit alors de mélanger les trois principaux niveaux de besoins pour obtenir le “motivation-mix” fondé sur le ratio PST (primaire, secondaire, tertiaire). Et vive le marketing acronymique  ! 🙂

Ce qui change, c’est donc la proportion de chaque motivation dans nos comportements. Ainsi en schématisant, pour un individu lambda, la lecture d’essais philosophiques sera motivée à 50% par le besoin d’estime de soi (S), à 30% par le besoin de sécuriser sa position sociale auprès de ses employeurs (P) et 20% par aspiration à l’accomplissement (T). Cette personne utilisera la culture, la connaissance à des finalités plus prosaïques que supérieures.

Une autre personne, ayant au contraire un PST de 5-20-75 sur cette même pratique a beaucoup le profil du philosophe véritable : volonté profonde de comprendre, un poil de besoin de socialisation et peu d’intérêt pour les choses matérielles. Spinoza plus que Voltaire…

QUELLE LECTURE POUR LES MEDIAS ?

Maslow ou Epicure sont très utiles pour comprendre les motivations essentielles au fondement de la consommation des médias, comme de tout autre produit. Ils permettent d’adapter le produit ou la communication pour mieux y répondre.

Il permettent aussi de comprendre le positionnement PST principal des marques et produits pour la majorité des utilisateurs :

Besoins primaires : petites annonces d’emploi, de logement, de rencontre (en vue de sexe)

Besoins secondaires : réseaux sociaux, forums, sites d’information, sites de rencontre (en vue de socialisation)

Besoins tertiaires : les mêmes que précédemment mais utilisés à d’autres fins

Ainsi Twitter sert à la fois les besoins primaires : se faire connaître et réseauter pour trouver une position économique plus favorable. Ce sont les ressources économiques qui sont recherchées ici, in fine.

Mais Twitter répond aussi aux besoins secondaires : se socialiser pour se sentir inclus et valorisé. La course aux followers témoigne de la force de cette tendance.

Enfin, l’oiseau bleu nourrit aussi les besoins tertiaires en favorisant l’enrichissement intellectuel cognitif, affectif au contact des autres.

Chacun puisera en chaque outil, média ou support ce qui correspond à son motivation-mix particulier, résultat de son histoire personnelle et de son caractère profond.

twitter words

twitter words

TWITTER EST PLUS PRIMAIRE QUE FACEBOOK

Cependant, comme en musique ou en graphisme, il y a toujours une tonalité dominante.

Ainsi pour Twitter, la tonalité dominante des utilisateurs français les plus assidus semble être le besoin primaire : récolter des ressources économiques (même si indirectement). En témoigne le profil professionnel des principaux utilisateurs (chez les émetteurs de messages comme chez les “lurkers”). Mais le besoin secondaire n’est pas très loin, en particulier cette quête d’estime de l’autre.

Une motivation apparemment différente aux Etats-Unis où l’usage récréatif de Twitter a été tiré par le “people” (besoin indirect de socialisation) et une culture peut-être plus propice au “small-chat”.

Pour Facebook, la tonalité dominante est plutôt secondaire, axée sur le besoin de reconnaissance et d’estime de soi. Je mets de côté l’usage communicationnel des marques à travers les fanpages.

DIVERSIFIER LES SOURCES DE MOTIVATION

Les magazines en répondant simultanément à plusieurs motivations renforcent la probabilité d’achat et augmentent l’étendue de leur cible.

C’est ce que fait traditionnellement la presse qui propose de longue date de l’actualité (besoins secondaires de socialisation), des jeux (besoins primaires de plaisir), des services pratiques (besoins primaires “de survie”), des tribunes culturelles (besoins tertiaires de sens)…

Aujourd’hui elle se trouve en difficulté du fait que des motivations auxquelles elle répondait de façon monopolistique lui sont disputés par d’autres (sites de petites annonces, de jeux etc.).

La presse ne pourra donc retrouver ses acheteurs qu’en renforçant la motivation, soit par diversification : agréger d’autres services répondant aux besoins primaires de jeu (ex : quiz d’actualité), ou secondaires (socialisation via sa communauté comme Rue89 ou Médiapart).

Soit par concentration, en s’attachant à répondre aux besoins d’ordre tertiaire (le sens). Sachant que cette dernière option est compliquée car elle implique une diminution de la taille de sa cible. Non que la masse se désintéresse du sens, mais celui-ci ne fleurit que sur le terreau de l’instruction et de l’éducation. Or vu l’accroissement des inégalités culturelles, la société se dirige plus vers le loisir et l’émotion que vers le sens. Cela reste toutefois un créneau élitiste mais sans doute rentable, pour les sites d’info les plus pertinents et exigeants.

A ne se concentrer que sur une dimension ou à compter massivement sur la motivation tertiaire auprès du grand public, la presse se trompe. En d’autres termes, ce n’est pas une meilleure qualité d’information qui justifiera à elle-seule l’acte d’achat de la majorité. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante. A l’image des êtres humains, la presse doit proposer des services complexes et proposer un « motivation-mix » diversifié.

Cyrille Frank

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Comment la course à l’attention renforce la société de l’ego

ego en abîme

ego en abîme

Le besoin de se différencier dans nos univers urbains socialement homogènes et foisonnants accentue la société du narcissisme. Les réseaux sociaux reflètent cette compétition en vue de capter l’attention, nouvel or, car devenu rare.

EMERGER DE LA MULTITUDE UN BESOIN NATUREL

Sans tomber dans les théories sociobiologistes radicales, on peut raisonnablement postuler que l’égo, la vanité, l’exaltation de soi sont en partie au moins le résultat d’une stratégie adaptative de l’espèce humaine.

A l’époque préhistorique, la survie du groupe se joue sur des critères de force et de résistance physique individuelle en des temps d’insécurité où l’Homme est démuni face à la nature. Il faut être fort pour résister aux intempéries, aux longues transhumances, aux dangers d’un environnement sauvage… Il faut être fort aussi pour s’imposer auprès des autres mâles dans la compétition sexuelle et l’accès aux femmes, pour la perpétuation de son capital génétique.

Autre critère déterminant en termes de survie : la cohésion, la solidarité du groupe qui permet de lutter contre les animaux sauvages ou encore d’organiser des chasses collectives permettant d’abattre de plus gros animaux. Laquelle procure en retour une meilleure sécurité alimentaire, efficacité qui justifie la perpétuation de ce mode d’action commune.

Dernier facteur sélectif primordial pour la survie du groupe et qui, selon la théorie darwinienne, entraîne l’évolution de l’espèce humaine : l’intelligence. Celle-ci permettant l’élaboration d’armes pour se protéger, d’outils pour fabriquer des vêtements (qu’on pense à la géniale invention de l’aiguille !), du feu qui révolutionne l’alimentation et inverse le rapport de force de l’Homme face à la nature…

De nos jours les risques liés à la survie immédiate ont disparu mais d’autres enjeux sont apparus, notamment la nécessité d’émerger au sein de la multitude. D’où ce besoin de différenciation plus fort qui passe par la maîtrise de l’intelligence communicationnelle.

LA COMMUNICATION NOUVEAU FACTEUR DIFFERENCIANT

Nos modes de vie de plus en plus urbanisés, la centralisation des activités humaines liée à l’industrialisation a rapproché géographiquement les individus. Nous sommes en permanence entourés d’une multitude d’autres êtres humains.

Par ailleurs la société moderne accentue la standardisation des modes de vie qui se calque d’une part sur l’homogénéité des activités professionnelle : les clones d’employés ont remplacé la foultitude des petits métiers d’autrefois (d’ailleurs il suffit d’aller faire un petit tour en Inde pour se rappeler cette incroyable diversité originelle).  Standardisation alimentée d’autre part par le modèle économique industriel à l’origine de cette fameuse “société de consommation” qui a besoin de produire massivement pour fonctionner. Qui n’a pas eu chez lui une étagère Ikea “Billy” ?

Société de consommation standardisée qui s’auto-alimente par les mécanismes de différenciation sociale comme l’ont bien montré Jean Baudrillard (“La société de consommation”) ou Pierre Bourdieu (“La distinction”).

Mais avec les nouvelles technologies de l’information et l’irruption de la conversation mondiale via le web 2.0 et les réseaux sociaux, la communication est devenue un outil majeur de cette fameuse différenciation nécessaire dans la compétition économique, politique et sexuelle.

Les bons mots échangés sur Facebook, les articles de blog comme celui-ci sont autant de moyens de faire connaître sa différence, sa singularité, sa valeur en tant qu’objet de consommation social et culturel.

Avoir une conversation en société, être “intéressant”, drôle, original est devenu un impératif social pour exister. Alors pour se faire, il faut alimenter la machine : on se tient de plus en plus au courant pour avoir des choses à raconter, on visite des expos, on va au ciné, on fait du bricolage, de la déco pour témoigner de sa créativité… En réalité la  motivation et la finalité sont très souvent sociales : il faut capter l’attention des autres, denrée de plus en plus rare.

LA COMPETITION AUTOUR DE L’ATTENTION

Mus par ce besoin constant de valorisation sociale, nous sommes dans “l’agir “ permanent, pris d’un activisme forcené. Il faut toujours faire quelque chose : travailler, lire, regarder la TV, manger, dormir. La non-action, la contemplation est disqualifiée (contrairement à d’autres cultures, notamment bouddhistes). Je vous invite à voir ou revoir “Kennedy et moi” avec l’excellent Jean-Pierre Bacri.

Cet affairement constant a pour corollaire un déficit d’attention porté à autrui. Il faut rationaliser ses investissements affectifs, son temps de socialisation, ses marques d’attention à nos proches, nos amis, nos collègues. On entre ainsi dans un cercle vicieux : plus l’on s’active en vue d’une socialisation ultérieure, plus on raréfie l’attention globale disponible et donc moins l’on a de chance de se socialiser réellement.

Finalement les collègues sont les mieux lotis car ils bénéficient d’une attention “forcée”. Et qui explique sans doute en partie ce lien très fort qui se tisse de nos jours entre collaborateurs d’entreprise, en positif ou négatif. D’où également cette confusion affective entre privé et professionnel, créateur de convivialité et de drames quand des dissensions et déceptions se font jour, immanquablement.

A cela s’ajoutent les nouveaux médias, les nouvelles pratiques culturelles : jeux vidéo, informatique, réseaux sociaux qui s’ajoutent aux anciennes : télévision, radio, journaux…
Sans parler de l’explosion de l’offre s’agissant de ces derniers.

Autant de nouvelles activités consommatrices de temps qui réduisent l’attention disponible aux autres. “Tu vas pas lâcher un peu ta console ?”, “Oh non ne m’appelle pas jeudi, c’est le jour de mon émission préférée”…

On se souvient du mot de Patrice Le Lay de TF1 sur le “temps de cerveau disponible” qu’il vendait aux annonceurs. Phrase juste et finalement assez honnête qui a fait grand bruit. Il ne disait pourtant tout haut que ce que l’ensemble des médias font, tout bas.

LA MISE EN SCENE DE L’EGO, UNE STRATEGIE DE DIFFERENCIATION

standardisation modes de vie

standardisation modes de vie

Le mécanisme n’est pas nouveau mais nos modes de vie et l’irruption de nouveaux outils accentuent ce phénomène. Il faut se mettre en avant pour émerger et comme les instruments à disposition nous y encouragent…

Les blogs, les réseaux sociaux, les plate-formes communautaires diverses (Flick’r, Youtube, WAT), les sites participatifs (Rue89, 20 minutes, Le Post)… Sans parler de l’ouverture des commentaires sur la plupart des sites d’information. Le robinet d’expression et d’égo est désormais ouvert.

En entreprise le nouveau credo n’est plus tant le  “savoir faire” que le “faire savoir”. Les valeurs chrétiennes d’humilité ne sont plus opérantes de notre société en termes d’efficacité sociale. Il faut au contraire “emboucher les trompettes de sa renommée”, se mettre en avant le plus possible pour avoir une chance de retenir cette fameuse attention.

C’est bien d’ailleurs ce reproche que l’on fait aux jeunes journalistes galériens qui à travers le “personal brandingcherchent juste à s’en sortir, comme je l’ai écrit dans un billet précédent.

D’ailleurs Internet s’il a échoué comme les autres technologies de l’information à démocratiser véritablement la culture et le savoir, est néanmoins un formidable propulseur de talents. C’est un système beaucoup plus ouvert qui permet l’émergence des individualités, blogueurs de qualité (Maitre Eolas, Hugues Serraf, Versac), amuseurs (Vinvin, Mathieu Sicard)… La parole publique confisquée autrefois par les élites de la presse et des médias peut désormais s’exprimer et permettre à certains de sortir du lot en montrant leur valeur.

LA COURSE A L’ATTENTION CREATRICE D’UNE EMOTION FACTICE

bonheur pour tous

bonheur pour tous

Enfin, cette course à la sociabilité, à l’attention génère une façade de sentiments et d’émotions fausses destinées à répondre à la demande supposée de la communauté. C’est l’obligation de bonheur, la course à l’épanouissement qui valorise l’individu et efface le moindre problème, édulcore le monde dans un mécanisme identique au Kawaii japonais (lire à ce sujet “l’euphorie perpétuelle” de Pascal Bruckner)

– C’est la bonne humeur permanente, “la pêche”
– C’est l’exagération des sentiments positifs “j’ai passé un suuuperrr week-end”
– C’est la gentillesse mielleuse “vous êtes des amours, vous êtes vraiment formidables”
– C’est l’humour, la dérision systématique, le LOL tellement plus tendance et jeune que le propos sérieux et rébarbatif.

Ou bien au contraire, l’usage du cynisme sert d’instrument de domination symbolique sur les individus, sur les évènements. Se moquer, c’est afficher une certaine transcendance : extérieure et supérieure à la chose raillée.

UNE NOUVELLE SOURCE D’INEGALITE

Dans cette mise en concurrence des individus sur le temps d’attention disponible, tout le monde ne part pas avec les mêmes chances. Seuls les plus intéressants, les plus drôles, les plus gentils tirent leur épingle du jeu.

Les médiocres, les sans-culture, sans-avis, sans-humour sont les 1ères victimes de cette discrimination sociale. Et comme d’habitude, ce sont les moins favorisés socialement, ceux n’ayant pas un degré d’instruction et de culture très élevé, ceux n’ayant pas été initiés au second degré depuis l’enfance. Ceux qui n’ont pas été voir des films intelligents, des musées d’art modernes… qui héritent d’une conversation pauvre, sans valeur aux yeux de la classe moyenne/supérieure.

Alors les “sans-conversation” se regroupent et se consolent entre eux. C’est le pilier de bistrot qui refait le monde avec des bribes mal digérées d’information et de rumeurs glanées ici et là.

Ce sont les jeunes de banlieue qui se rassemblent au pied des immeubles, parlent leur langage, suivent un rituel d’appartenance bien précis. Qui les rassure et les enferme aussi. Lire Hegel et sa « phénoménologie de l’esprit » : “se poser en s’opposant aux autres”.

Les nouveaux médias ne sont pas responsables de cette course à l’égo qui est concomitante à la société de consommation. Mais l’homogénéisation des modes de vie, la concentration humaine et les nouveaux outils accentuent ce phénomène. J’émerge donc je suis…

Cyrille Frank

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Crédit photo en CC via Flickr.com Captain Kobold, Profzucker, Swamibu

Valideur de données bibliographiques

Valideur de données bibilographiques

Valideur de données bibilographiques

– De toute évidence vous n’avez pas checké votre mémoire avec Bibliographic Validation System (BVS).

– C’est plus qu’une évidence, vu que je refuse d’utiliser ce machin là !

– Je sais… je sais… et vous n’êtes pas le seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’on me paie.

– Plaignez-vous ! Au moins grâce à nous, vous avez un travail.

– Ouais ben c’est pas pour ce que je gagne, hein ! En tout cas j’ai passé votre mémoire dans la moulinette et plusieurs références bibliographiques ne matchent pas avec les standards de l’Institut des Savoirs Officiels (ISOF).

– Et c’est grave ?

– Pour moi non. Mais pour vous, ça veut dire que je ne peux pas transmettre votre travail à votre directeur de mémoire.

– Y’en a combien ?

– Le système en a dénombré trois.

– Trois ? Vous allez me faire des misères pour trois pauvres références non indexées ?

– Je n’ai pas le choix. C’est la procédure.

– La procédure ! La procédure ! Le monde n’a-t-il donc que ce mot à bouche ? C’est du grand n’importe quoi ! Collabo va !

– Hey ! Oh ! On se calme ! Hein ! Moi je ne suis qu’un intermittent du savoir. Vous croyez que c’est drôle de se faire remettre dans les dents cette vieille polémique à longueur de journées ? Je n’y suis pour rien moi si face à la démultiplication exponentielle des connaissances, il a fallu clarifier, dégraisser, écrémer, épurer, standardiser les savoirs.

– Bon c’est quoi les articles incriminés ?

– Ben le premier c’est un lien vers un blog. Un certain @cyceron

– Hey oh ! Faut pas pousser ! Le mec est un journaliste scrupuleux qui a forcément croisé ses sources.

– Ouais ! Je veux bien sauf qu’il se permet un article de 7500 signes. On a jamais vu un toupet pareil. Si tout le monde faisait comme lui, je vous raconte pas les Tera millions de Giga octets qu’il faudrait pour archiver toutes les connaissances. Ni le temps qu’il faudrait à un humain pour les assimiler. Moi je la comprends cette limitation, on a du passer la licence à 5 ans, le master à 9… Fallait bien que ça s’arrête un jour.

– Oui mais quand même vous conviendrez que son article a été lu 85000 fois, qu’il obtient une note de 4,5 avec un résultat aux tests d’inférences statistiques qui avoisine les 96 % d’après un panel représentatif de la Market Your Life (MYL) et qu’il a été retwitté près de 47500 fois… Si ça c’est pas un indicateur de pertinence, je me demande ce qu’il vous faut.

– Même…

– Pis le gars il a son entrée dans Wikipédia !

– On s’en fout qu’il soit brillant le gars ou que ce soit vrai ce qu’il raconte. Le problème c’est qu’il ne respecte le standard et en plus il développe plus de deux idées dans le même article. C’est INLISABLE et c’est INTERDIT. La norme est pourtant claire : un article ne doit prendre plus de 2 minutes 25 à lire pour un cerveau avec un indice de confiance au moins égal à 54. C’est la loi !

– Et vous vous avez ?

– Euh ! 57 ?

– Oh ben ça, ça explique pas mal de choses.

– Oh ben elle est facile celle-là ! Moi j’ai été élevé sans Wifi… je viens de la base moi Monsieur !

– Ouais moi je dis que ça sent le coup fourré et que tout ça c’est juste parce que le gars il fait pas dans l’orthodoxie, ni dans la lèche à l’air du temps… pour rester poli !

– J’en sais rien moi… j’ai juste passé votre truc dans la bazar. J’ai pas d’avis à donner… mais quand même je pense que la multinationale qui finance le labo de recherches ne va pas voir ces avancées en pensée dissidente d’un très bon œil. Enfin moi ce que j’en dis… de toutes façons, c’est le comité D-TIC qui décide de ça…

– Le comité d’éthique ? Mwouais…

Paris, 5 octobre 2030

Ce billet est l’œuvre de Vincent Bernard aka Vincnet_B sur Twitter

Longtemps chef de projet en ingénierie de l’information, Vincent se consacre aujourd’hui pleinement à sa carrière d’auteur à la petite semaine. Penseur indépendant et quasi-autodidacte, il s’intéresse de près aux savoirs embrayés, à ce qui se découvre au jour le jour et au fil des échanges. C’était donc tout naturel qu’il s’invite sur médiaculture.

A savourer sans data-restriction sur Welovewords et Feedbooks

Crédit photo via Flick’r @brancolina
La série des « jobs du futur »

« Buzz Dati » : les médias coupables de dégrader l’information ?

Le buzz de Rachida Dati et sa "fellation"

Capture d’écran de la video du Post – ©Le Post

Face à la déferlante médiatique qui s’est emparée de cette anecdote, certains accusent les médias de dégrader l’information. D’autres s’attaquent à la médiocrité du peuple. J’y vois une manifestation de tendance.

RAPPEL DES FAITS

Le 26 août dernier, Rachida Dati interrogée en direct sur Canal+ (Plus Clair présenté par Anne-Sophie Lapix) utilise le mot “fellation” au lieu “d’inflation”.

La rédaction du Post s’empare du sujet, récupère un extrait vidéo et le publie sur son site dans l’heure qui suit l’émission. Le site pousse la vidéo sur Dailymotion dans la foulée où elle dispose de sa « chaîne », accumulation de ses vidéos taguées sur son nom (avec un slogan pas à jour « le mix de l’info ») mais qui révèle sa maîtrise des outils de diffusion virale.

dati-google-insight

Dati Google Insight

L’analyse des mots clés “rachida dati fellation” ou “dati fellation” dans Google Insight permet de suivre l’évolution du buzz dans le temps. Ces mots  clés présents dans le titre d’origine du papier montrent que le dimanche même, leur taux d’utilisation était déjà très fort (40% de recherches sur ce terme par rapport à l’ensemble des recherches de ce mot clé sur la période).

Mais cet indice n’atteint son apogée que le lendemain (100% de taux d’utilisation du terme sur la période).

Dati Google Insight 2

Dati Google Insight 2

Or un nouveau mot clé fait alors son apparition : “lapsus”. La courbe suivante montre que le dimanche 26, il est assez peu utilisé (20% environ), alors que le lundi il atteint 100%. Que s’est-il passé entre temps ? Et bien les médias traditionnels ont repris l’histoire et ce sont eux qui ont parlé de “lapsus”, terme qui n’a suscité un usage massif qu’après.

QUI EST RESPONSABLE DE LA PROPAGATION ?

Le site d’information Le Post, spécialiste du buzz, a donc initié cet emballement grâce à sa réactivité, la puissance de sa communauté et sa maîtrise des plateformes video,  en l’occurrence la présence en une de Dailymotion, rappelle Vincent Glad de Slate

Ce journal en ligne qui mélange information et rumeurs, faits et commentaires, politique et people, est ce qu’on appelle un “pure-player”, site né sur Internet et présent uniquement sur le réseau, à la différence de son propriétaire Le Monde, par exemple.

Le succès de la vidéo auprès du public qui a lui-même décuplé le relais via Facebook est prodigieux : 1,4 million de vues  24 heures après sa diffusion, un volume inédit.

Mais le relais des médias traditionnels ne s’est pas fait attendre. L’analyse chronologique des relais médias de l’affaire dans Google news montre qu’ils ont suivi le mouvement très vite.

Le Post – publication à  13h48
RTBF : reprise à  14h58
Tele Loisir : 15h11
Le Parisien : 16h17
Voici : 16h36
France soir : 17h12
Europe 1 : 17h13
Nouvel Obs : 17h23
Le Monde : 17h47

On voit bien qu’un peu plus d’une heure après la publication de l’article, les médias traditionnels, en particulier audio-visuels, se sont mis à relayer l’information, contribuant d’autant à son buzz.

Conclusion : cette histoire a intéressé autant la population que les journalistes qui n’ont pas attendu la sanctification du phénomène comme « spontané » pour en parler. Ils y ont contribué largement.

POUR QUELLES RAISONS ?

1- Il y a d’abord un facteur économique. La course au buzz c’est aussi la course à l’audience si importante sur Internet pour intégrer le top 5 des sites d’information, seul vraiment rémunérateur auprès des annonceurs. Les rédactions sont donc organisées de plus en plus autour de la réactivité de l’information et le traitement prioritaire de ce qui est chaud. En témoigne la multiplication des rubriques buz sur les sites d’info

2- L’amplification » people ». Parmi les premiers sites relais on compte Voici et Télé-loisirs dont le fond de commerce est l’info people de dernière minute. Ce sont aussi parmi les titres qui vendent le plus en ligne et sur papier : cela correspond à une attente lecteurs forte.

3- Un phénomène générationnel dans les rédactions web. Ceux qui sont aux commandes des sites d’info le week-end sont parmi les plus jeunes généralement (on confie les astreintes et permanences aux moins galonnés, sauf si compensation salaire intéressante : là c’est le contraire). Cette génération aime le people, le buzz, le LOL

trash news

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UNE DEGRADATION DE L INFORMATION ?

C’est le point de vue de Michel Rocard qui, dans la préface d’un livre réédité (« Se distraire à en mourir » de Neil Postman) se désespère : « Nul besoin de tyran, ni de grilles, ni de ministre de la Vérité. Quand une population devient folle de fadaises, quand la vie culturelle prend la forme d’une ronde perpétuelle de divertissements, quand les conversations publiques sérieuses deviennent des sortes de babillages, quand, en bref, un peuple devient un auditoire et les affaires publiques un vaudeville, la nation court un grand risque : la mort de la culture la menace « .

C’est aussi le point de vue de Bruno-Roger Petit, du Post, qui accuse en premier lieu la populace : “Cet énorme buzz autour du lapsus de Rachida Dati, est une nouvelle preuve de la mauvaise santé de la démocratie française et de l’immaturité de la citoyenneté à la française. Si le niveau du personnel politique français s’est gravement effondré en dix ans, c’est aussi parce que les Français l’ont accepté et même demandé. « Donne moi du people et je te dirai qui je suis”.

Critique lapidaire  qui ne manque pas d’ironie quand le site initiateur du buz, est le même qui offre une tribune au contempteur de cette médiocrité publique. Cri de colère et de dégoût qui ne dérange habituellement pas le complice intéressé, lequel oublie régulièrement que son hébergeur et financier est coutumier de ce genre de révélations.

Mais cela ne répond pas au problème. Assiste-t-on en le cas d’espèce à une dégradation de l’espace public ?

La vidéo en tant que telle est un exemple plutôt bon-enfant de cet amusement qui nous prend tous à voir quelqu’un se vautrer en public. C’est le ressort principal d’émissions comme vidéo gags et cela ne mérite pas que l’on pousse des cris d’orfraie, contrairement aux commentaires parfois haineux et très choquants qui fleurissent sur certains articles d’actualité.

Le fait que les médias en revanche s’en emparent massivement et en rajoutent largement ne plaide pas forcément en leur faveur. Que les sites people et de faits divers creusent ce sillon, rien que de très normal, c’est leur positionnement. Je le trouve beaucoup moins justifié en revanche, s’agissant de sources traditionnelles d’information telles Le Monde, Europe1, Le nouvel Obs.

LE PROBLEME NE VIENT PAS DU PEUPLE

Contrairement au point de vue de Bruno Roger Petit qui révèle un mépris élitiste du peuple, à l’instar d’ailleurs de Michel  Rocard, je n’accuserais pas les citoyens mais une fois de plus ses dirigeants médiatiques et politiques.

On l’a vu, la course à l’audience infléchit la ligne éditoriale de titres d’information dont ce n’est pas forcément le crédo initial. Je ne trouve pas cela forcément scandaleux. C’est une adaptation à son époque et ce n’est pas un hasard si le mouvement vient d’ailleurs des jeunes journalistes web, beaucoup plus en phase avec la leur (d’époque).

Cela le devient quand ces sujets légers et drôles remplacent les papiers sérieux et que la mission d’information s’efface complètement devant le divertissement. Quand l’analyse politique du Monde se réduit aux chroniques amusantes de Raphaëlle Bacqué, je trouve que le sens et le service au lecteur y perdent. Tout est question de mesure, d’équilibre, de ligne éditoriale en somme !

De ce point de vue, je rejoins Michel Rocard, mais le problème une fois de plus vient essentiellement des médias, pas de ce peuple prétendument “malsain” ou « immature ».

RESPONSABILITE POLITIQUE

Enfin et surtout, critiquer les goûts des gens sans s’intéresser à l’origine de ceux-ci manque singulièrement de consistance.

Si le peuple regarde plus TF1 qu’Arte, c’est avant tout en raison des inégalités socio-culturelles liées aux défaillances d’un système scolaire massifié à l’abandon.

S’il se désintéresse de la politique, c’est que celle-ci ne lui a pas donné beaucoup de raison de s’y intéresser  et de lui faire confiance ces 30 dernières années. Voir le discrédit total dont est frappé la politique par mensonges accumulés, exactions, démagogies, racolages successifs et notamment depuis Mitterrand (n’est-ce pas Bruno ?) en qui le peuple fondait tellement d’espoirs.

S’il préfère des programmes mielleux cousus de fil blancs, c’est parce que ses conditions de vie et de travail déjà bien noires le poussent moyennement à apprécier Lars van Trier…

Arrêtons, nous journalistes et élites, de critiquer le mauvais goût des autres. Tâchons d’élever le public, mais sans le mépriser, avec pédagogie et patience et cessons de croire que les médias y puissent grand chose. Ce sont des thermomètres, pas des médicaments.

Cyrille Frank

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Crédit photo en CC ©synergy_one via Flickr.com 

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