L’exception culturelle française, un problème de vieux con ?

* Hommage au livre “la vie privée, un problème de vieux cons” de Jean-Marc Manach / ©danielygo sur Flickr.com

Le colloque NPA, rendez-vous annuel du gotha numérico-télévisuel, a eu lieu mardi 6 novembre 2012 à la Maison de la Chimie. La question centrale abordée : comment mieux défendre la production des contenus, à l’ère numérique.

On a beaucoup parlé de réglementation, de droit, de Google et autre GAFA (Google, Amazon Facebook, Apple).

Jean-Baptiste Gourdin, rapporteur de la Mission Lescure, était là pour faire un petit bilan d’étape et rappeler les enjeux de sa mission : inaugurer l’acte II de l’exception culturelle française, dans un contexte de bouleversement profond du secteur de l’audiovisuel. En gros, sauver le système français de protection des oeuvres, menacé notamment par les géants du web et la fusion numérique de la télévision et d’Internet.

Comment lutter contre le piratage et défendre les auteurs, producteurs de contenus ? Quels modèles économiques envisager pour financer la création ? Comment promouvoir les offres légales de contenus en ligne et sous quelles modalités ?

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Financement de l’info : le salut viendra du divertissement

 

©neoporcupine – Creative Commons sur Flickr.com

Un article du Nieman Journalism Lab raconte comment le site d’actu Upworthy n’hésite pas à tester 25 titres différents pour bien vendre les informations citoyennes. Et à choisir au final un titre très accrocheur avec les bons mots clés : “Mais que font Selena Gomez et Justin Bieber à la chambre des députés ?”. Une réflexion qui fait écho à ce billet de 2010 dans lequel je recommandais aux journalistes de “packager l’information à la sauce plaisir”.

Un excellent billet de Jean-Christophe Féraud évoquant les usines de production de l’information que sont devenues AOL et Yahoo,  m’a conduit à réfléchir à la récurrente question du financement de l’information de demain.

Jean-Christophe constate qu’avec les plateformes de création de contenus ‘Seed’, ‘Demand media’ ou ‘Associated Content’, qui fonctionnent sur la popularité des sujets (par analyse des mots-clés en amont), se profile un dangereuse paupérisation intrinsèque du journalisme.

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Lex Google : la presse a-t-elle encore besoin de papa-Etat ?

Sous le péage, la plage ©emmanuelfrezzotti sur Flickr.com

Les syndicats de la presse quotidienne nationale et magazine (SPQN et SEPM) veulent taxer Google. Regroupés au sein de l’association Presse d’information politique et générale (IPG), ils promeuvent l’idée d’une redevance dont Google devrait s’acquitter pour pouvoir référencer leurs articles. 

Ces éditeurs de presse militent pour la mise en place d’un «droit voisin», en cas d’utilisation même indirecte de leurs travaux. Ils estiment que le moteur capte l’essentiel de la valeur qu’ils créent et souhaitent donc une plus grande part du gâteau.

ERRATUM : Le geste (groupement des éditeurs de services en ligne), bien qu’il soit favorable à un meilleur partage de la valeur, lui, ne s’associe pas à cette proposition de taxe.

Les éditeurs parlent bien de Google News ET Google. Le premier est l’agrégateur de news qui référence un certain nombre de sites d’actualité. Lorsque vous faites une recherche par mots clés, le moteur vous propose parmi les premiers résultats, des liens vers ces articles, provenant de cette rubrique spécifique Google News.

 

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Non, le fact-checking en télé n’est pas un gadget, c’est un impératif citoyen !

Bonne et belle empoignade Twitterienne mardi 23 octobre, initiée par Jean-Marie Charon aux alentours de 8h15  sur la question du fact-checking. Et qui a opposé les défenseurs d’un fact-checking en temps réel en télévision (moi-même et Erwann Gaucher)  aux plus sceptiques Eric Mettout et Jean-Marie Charon.

Le terme de “fact-checking” n’est pas nouveau : il date des années 30 aux Etats-Unis, période durant laquelle les grands journaux créent des départements spécialisés dans la vérification de l’information. Les articles des journalistes sont passés au peigne fin pour en vérifier le fond, qu’il s’agisse des faits, des dates, des chiffres… Le mot est remis à la mode dès 2004, à mesure qu’apparaissent des fondations, sites et blogs dédiés à la vérification de la parole politique : factcheck.org, politiFact.comThe Fact Checker

L’enjeu de présidentielle américaine explique cette profusion de “vérificateurs”. A l’image du site factcheck.org qui acquiert une notorieté incroyable, suite au débat entre les deux candidats à la vice-présidence Dick Cheney et John Edwards. Factcheck.org établira les responsabilités réelles de Dick Cheney dans les difficultés rencontrées par la societé pétrolière Halliburton qu’il avait dirigée entre 1995 et 2000.

Chez nous, le précurseur de cette tendance est Daniel Schneidermann et son émission Arrêt sur images sur France 5 lancée dès 1995, mais arrêtée en 2007, à la veille de la présidentielle française (un rapport de cause à effet ?). Le site web ne sera lancé lui, qu’en janvier 2008, après l’élection. Pareil pour le blog désintox de Libération qui ne voit le jour qu’en 2008.

Le Monde suivra en novembre 2009 avec Les décodeurs avant de toucher la radio, tels le Vrai/faux de l’info de Laurent Guimier sur Europe 1 ou Le Vrai du faux sur France Info. Mais c’est à l’occasion de la présidentielle 2012, que le fact-checking “en temps réel” (ou presque) se développe.

Le Monde, Libération et d’autres demandent à des journalistes de vérifier l’info et publier les correctifs éventuels pendant les débats. Itélé et le site owni inaugurent même la première rubrique de fact-cheking bi-media : télévision et web.

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Comment l’image d’actualité véhicule du sens, par la bande (présentation pdf)

Voici un document que j’ai réalisé pour deux lycées à l’occasion des journées de la presse. Il y a peu de commentaires car le but est de faire parler les élèves, mais les exemples sont éloquents. Professeurs de lycées ou de collèges, n’hésitez pas à vous en servir ! 

 

Contactez-moi via ce blog si vous souhaitez comprendre où je veux en venir sur certaines slides… Bonne initiation sémiologique !
Cyrille Frank

Aides à la presse : il est grand temps de remettre tout à plat…

 

Il est l’or de faire les comptes – ©27117418@N07 via flickr.com

Comment  rendre les aides à la presse plus justes et efficaces ? C’était l’objet principal de la 3e journée de la presse en ligne, le 19 octobre 2012. Un événement organisé par le Spiil, le syndicat de la presse indépendante d’information en ligne. 

L’aide à la presse en France ne date pas d’hier. Une bonne part du système remonte à la Libération et ses fameuses ordonnances de 1944. Il s’agissait alors d’une refondation profonde de la presse destinée à assurer son indépendance à l’égard des pouvoirs d’argent et du politique. L’idée était aussi de garantir le pluralisme de l’information.

D’où la création à l’époque de l’AFP, une coopérative d’information financée en partie par ses membres, en partie par l’Etat, et dont la représentation paritaire assurait son indépendance théorique. D’où également la mise en place d’une aide de l’Etat à la presse d’Information générale, celle qui remplit une mission citoyenne coûteuse qui consiste à enquêter, vérifier l’information, envoyer des journalistes sur place…

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Editeurs de contenus, si vous cessiez de vous faire phagocyter par Google et Facebook ?

Le gui, parasite du chêne, en Klein d’oeil – Crédit photo: martinlabar via Flickr.com

Facebook a modifié son algorithme Edgerank. Ce dernier filtre les publications qui s’affichent sur le mur des abonnés d’une page fan. Désormais, sont privilégiés ceux qui suscitent le plus de likes, de commentaires, de partages…

Comme l’explique lemonde.fr dans une tribune, ceci est une prime aux contenus les plus insolites, les plus “fun”, les plus “émotionnels”. Le Monde, journal de référence refuse donc cette tentative d’inflexion de sa ligne éditoriale.

La qualité socio-économique de son lectorat, qui se vend plus cher que la moyenne, met peut-être lemonde.fr économiquement à l’abri d’une légère baisse d’audience. Mais les concurrents qui le talonnent et ne cherchent qu’à le détrôner, réagiront-ils de la même manière ? La guerre fait rage pour intégrer le top 5 des sites d’info les plus fréquentés, car ici se concentre une bonne part du gâteau publicitaire…

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Les grands groupes médias peuvent-ils encore innover ?

Crédits photo © : Advocate Hypermedia Teleportd, WedoData

Hier soir à la Cantine avait lieu une conférence intitulée “quelles synergies entre start-ups et groupes médias”. Une salle bondée, un animateur charismatique, des intervenants de qualité… Ce que je retiens de cette soirée.

POURQUOI LANCER UNE START-UP ?

Pour avoir la liberté de créer, pour se libérer des pesanteurs d’une grosse structure, pour sortir le nez du guidon (“eh, il faut boucler le mag, dis, y’a un hors série à faire…” et avoir à nouveau le temps d’inventer et de se faire plaisir.

C’est en substance la motivation des jeunes entrepreneurs réunis ici, de Karen Bastien (WedoData), à Yann Gueguan (Rue89) en passant par les jeunes Léon Buchard (Téléportd) ou Stanislas de Livonnière (Advocate hypermedia)

LES GROSSES MACHINES, FORCÉMENT IMMOBILISTES ?

Pour Jean-Marc Manach, oui ! Du temps du monde.fr où il travaillait (en 2007), on lui avait simplement interdit d’insérer un lecteur Youtube dans une page web. Il a bravé l’interdiction, et fini par convaincre sa hiérarchie de l’intérêt de la chose, mais que de résistances ! (En mon temps chez AOL, c’était le service juridique qu’il avait fallu outrepasser pour pouvoir embarquer des séquences vidéo).

Corinne Denis, directrice des nouveaux médias de l’Express Roularta, se souvient de l’époque où elle bataillait en interne pour promouvoir le media Internet. Depuis son message a porté et certains, issus du web, ont pris du grade. Mais, elle comprend toutefois le point de vue des dirigeants : difficile d’investir dans des secteurs non rentables, plus naturel de se reposer sur ce que l’on connaît et qui rapporte de l’argent.

On dit que le rendement publicitaire est de 1 sur 100 entre la presse et Internet et de 1 sur 10 entre la pub web et la pub mobile… “Chez les journaux papiers, plus on peut retarder l’échéance du numérique, mieux on se porte”. Raison pour laquelle le groupe a préféré externaliser l’innovation à travers Express Ventures ? Cet incubateur de start-ups finance 10 projets par an sur trois ans.

Du côté de France-Télévisions, Eric Scherer se montre plus dur. Les résistances au changement sont partout ! Du côté des dirigeants, des journalistes et techniciens que la nouvelle donne bouscule… Le responsable de l’innovation du groupe télévisé a l’air fatigué. Il raconte ce moment où il évoquait la délinéarisation future du JT.

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Comment sommes-nous devenus accros à l’information ?

L’information s’est beaucoup accélérée ces dix dernières années, via l’évolution des outils de communication et de la demande du public. Cet engouement pour l’actualité est lié à notre besoin de socialisation et de divertissement.

Sur le plan quantitatif la fréquence des interactions entre individus s’est accrue, à mesure que les distances se sont raccourcies via l’urbanisation croissante. Les gens vivent plus près les uns des autres, ils ont donc plus de chances de se croiser.  Les citoyens se voient également davantage grâce à l’amélioration des moyens de transports (nous sommes à trois heures de Marseille en TGV quand il fallait une journée de train il y a 20 ans et un mois au moyen-âge).

Naturellement, la principale raison de l’augmentation des échanges sociaux entre individus est la modernisation des moyens de communication à distance. Depuis le milieu du XIXe s les inventions se sont multipliées : le télégraphe (1837), le téléphone (1876), l’e-mail (1971), les  messages instantanés (1988), les SMS (1992) et puis Facebook (2004) et Twitter (2006) aujourd’hui.

L’augmentation de ces contacts explique partiellement notre besoin d’alimenter davantage la machine informationnelle, histoire d’avoir du “grain à moudre”. Les news, sont le carburant social par excellence, le sujet qui alimente les conversations, le prétexte d’une bonne part de nos interactions avec autrui.

L’explication doit aussi être à envisagée à l’envers : c’est l’augmentation de l’offre d’informations, liée aux nouvelles technologies décrites plus haut qui a conduit à l’explosion de la consommation d’informations. Ou plus exactement, l’ouverture parallèle des vannes de communication privées et médiatiques ont coïncidé. Les médias pouvaient communiquer plus vite et les gens pouvaient se le raconter aussitôt.

Mais les possibilités techniques et la politique de l’offre n’expliquent jamais à elles seules, une évolution sociale massive. Il faut que la technologie remplisse une fonction essentielle pour s’imposer. Outre le plaisir de communiquer avec autrui, pour se rassurer et se valoriser, il y a un ressort sous-estimé.

Et si notre addiction à l’information venait moins de notre besoin de socialisation que de celui de nous divertir ?
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Google a-t-il tué le cyberflâneur ?

Evgeny Morozov constate avec justesse la mort du cyberflâneur. Fini les déambulations gratuites et aléatoires sur la toile. Tout comme le flâneur pédestre du XIXe s qui a disparu de nos villes. Le temps est à l’efficacité, à la performance, à l’action.

L’article de l’excellent InternetActu déplore donc la fin du cyberflâneur, tout comme celle du BB, le bourgeois badaud, qui était le summum du raffinement urbain au XIX s. Bon, on pourra d’abord minorer un peu cette perte qui ne concernait alors qu’une toute petite élite.
A l’époque, les riches vivaient entre eux dans des pensions, se déplaçaient en fiacres et faisaient de long voyages chez les sauvages pour vérifier la supériorité incontestable de la civilisation occidentale. Pas sûr que ce mode de vie soit nécessairement digne d’admiration ni de nostalgie.

Mais le parallèle a surtout le mérite de mettre le doigt sur la disparition progressive de l’internaute promeneur et de révéler selon moi, des aspects profonds de notre époque.

LE MOT CLÉ A TUÉ LE FLÂNEUR

A bien y réfléchir, c’est la recherche par mot-clé qui a tout changé. L’efficacité de l’outil a une conséquence directe : on trouve ce qu’on est venu chercher, mais pas plus. Terminé les ballades interminables dans les encyclopédies qui repoussaient de plusieurs heures la réalisation de nos exposés. Au revoir les annuaires de classement des sites Yahoo, qui par leur inégale efficacité, nous forçaient à fureter, explorer, voyager…

L’analogie avec le voyage ne s’arrête pas là. Pour les grands voyageurs, il faut savoir se perdre pour faire de vrais découvertes. Mais justement, aujourd’hui il ne faut surtout pas se perdre. Notre besoin de contrôle, notre désir de sécurité, notre volonté de ne pas “perdre de temps” font que l’on planifie de plus en plus. C’est vrai que nous organisons nous-mêmes les choses, ce qui est déjà un progrès par rapport aux voyages organisés des années 70, 80. Il n’empêche, l’efficacité annule la surprise.

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