Journalistes, réjouissons-nous, les machines nous piquent notre job !

Crédit photo ©Randychiu via Flickr

Crédit photo ©randuchiu via Flickr 

Les outils d’optimisation éditoriale se multiplient, les algorithmes de recommandation de contenus s’améliorent. Même l’écriture d’articles s’automatise… Il est temps de repenser le rôle des producteurs de contenus, face à cette sérieuse concurrence technologique.

La combinaison du cloud, de la mobilité et de la puissance de calcul bouleversent profondément les métiers de l’information. Les fameux algorithmes de traitement de l’information, de plus en plus performants sur le plan sémantique, sont désormais capables d’agréger des contenus de manière automatique, voire même, d’écrire tout seuls !

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Désinformation, manipulations… le public est-il son propre bourreau ?

manipulation ©gibbons v/ Flickr.com

manipulation – mediacultures.fr ©gibbons v/ Flickr.com

« Médias : à quoi peut-on se fier » ? Cette question posée par Julien Lecomte dans son ouvrage tombe à pic après le fiasco médiatique de Boston. Erreurs, manipulations, story-telling… Julien passe en revue les différents travers des médias d’information, et comme dans l’exemple de Boston, évoque aussi le rôle non négligeable du public.

La chasse à l’homme des poseurs de bombes de Boston via les réseaux sociaux a pris fin hier 21 avril, avec l’arrestation d’un des deux suspects. Durant près d’une semaine, les fausses informations se sont multipliées sur Twitter ou dans la presse.

Une 3e explosion inventée, une arrestation précoce qui n’avait pas eu lieu, la photo d’un innocent diffusée sur Reddit… On a assisté à une grande confusion de la part des réseaux autant que des médias sur cette histoire. A tel point que le FBI lui-même a demandé à l’agence AP d’être plus prudente.

Cette affaire entre en résonance avec  le propos de Julien Lecomte, agrégé en sociologie des médias, qui a publié récemment « Medias : influence, pouvoir et fiabilité ». Julien examine les risques prêtés aux médias et les passe au tamis des études et de sa réflexion.

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Photo numérique : déplacement social et négation de la mémoire

La foule photographe ©NBC News

La foule photographe ©NBC News

Hier, place Saint-Pierre de Rome, la foule se pressait pour immortaliser ce balcon papal, à l’aide de son smartphone ou de sa tablette. « Immortaliser », le terme en dit long sur l’une des motivations fortes qui nous anime, photographes compulsifs. Elle n’est pas la seule.

Cette photo (merci à Jérémie Clévy de l’avoir twittée), aussi incroyable qu’édifiante, témoigne de la généralisation des appareils mobiles et du réflexe de l’enregistrement visuel permanent (même si la comparaison est douteuse, la tendance est réelle). Ici, le moment est historique, c’est pourquoi le réflexe est général, mais cette photo révèle bien d’autres choses encore sur notre société et nos besoins.

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Comment les médias accentuent la marchandisation des relations sociales

Au coin le gratuit... ©ansik via Flickr.com

Au coin le gratuit… ©ansik via Flickr.com

Notre société, sous l’effet du capitalisme et de la mondialisation a modifié notre rapport aux autres. Le lien qui nous unit à autrui est de moins en moins gratuit et traduit au plan personnel, ce qui se produit à l’échelle des pays : la grande compétition. La maîtrise de la communication, elle, devient un critère de sélection plus important que jamais.

LA COMPÉTITION SOCIALE, PLUS FORTE QUE JAMAIS

Nous vivons dans une société de compétition larvée. Larvée, car si rien n’est bien franc, on est confronté en permanence, à un combat de boxe impitoyable. Les règles sont peu claires, peu effrayantes, et donc, d’autant plus traîtres.

Avant même que nous ayons ouvert la bouche, nous sommes jaugés et jugés. Le prix des vêtements que nous portons, les codes couleurs plus ou moins respectueux d’une harmonie classique, le respect de la mode la bonne culture n’existe pas (revues, créateurs de mode…). Jusqu’à la qualité et le niveau d’entretien de nos chaussures… Tout cela trahit notre niveau économique et social, par la maîtrise de codes mouvants qui constituent, par leur subtilité, une séries d’épreuves tacites de sélection.

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Pourquoi « l’info-socialisation » nous éloigne du bonheur

L'important, c'est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

L’important, c’est le chemin ©rawhead sur Flickr.com

Dans la vie, ce qui compte, c’est le chemin, pas la destination. A ne pas saisir cela, nous gâchons notre bonheur. Mais “vivre l’instant présent” n’est qu’une formule. Et de moins en moins facile dans notre société « info-socialisée ».

Notre existence est tragique car nous sommes condamnés à ne pas savoir ni d’où nous venons, ni où nous allons, ni à quelle fin. Notre curiosité existentielle est irrémédiablement vouée à la frustration. La seule chose sur laquelle nous ayons un peu prise, c’est cette parenthèse entre deux néants : les instants que nous vivons.

Or, nous passons notre temps à nous projeter dans l’instant d’après : “quand ce cours de maths sera fini, je me précipiterai à la cantine; quand nous aurons franchi ce bosquet, nous pourrons nous reposer; quand mes enfants seront grands, nous voyagerons; quand je serai à la retraite, je me mettrai à la photo…”. Englués dans nos échéances, nos projections, nos objectifs, nous oublions que le seul but de notre existence, c’est d’essayer de profiter du voyage.

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Comment ne pas sombrer sous l’information ?

 

Le flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.comLe flot continu de l'info - Crédit ©steeljam via flickr.com

Le flot continu de l’info – Crédit ©steeljam via flickr.com

Nous n’avons jamais eu autant de sources d’information à notre disposition. Des dizaines de chaînes de télé, des encyclopédies en ligne, des journaux gratuits sur Internet. Pourtant l’impression de confusion générale domine. Sauf pour ceux qui savent s’organiser et utiliser les bons outils…

Le temps passé devant la télé augmente et représentait 3h47 par jour en 2011, soit 15 minutes de plus que l’année précédente. Ceci grâce notamment à la multiplication des contenus (TNT, câble, satellite…) et des supports de réception : télé mais aussi ordinateur, mobile, tablettes… Nous, Français, possédons d’ailleurs en moyenne pas moins de 5 écrans par foyer

Tout est fait pour nous pousser à consommer : les chaînes thématiques répondent désormais aux passions de chacun et à la fragmentation des publics. La télé de rattrapage par box ADSL ou sur Internet (de type Pluzz ou M6 Replay) permet de revoir ce qu’on a raté, par manque de disponibilité.

Les émissions privilégient plus que jamais le direct, l’émotion et le spectacle. Les experts du petit écran rivalisent d’ingéniosité pour capter notre attention de plus en plus rare, en dépit d’une légère progression de notre temps de loisir (4h58 en 2010, soit 7 minutes de plus qu’en 1999).

Après la télé-réalité, c’est désormais au tour de la scripted réality de nous plonger dans des univers immersifs à pas cher, en attendant les programmes interactifs et transmedia, initiés en France par « Plus belle la vie »

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La « bonne » culture n’existe pas

La mauvaise culture

La mauvaise culture

Une partie de la culture, confisquée par les élites et la société des clercs, respecte une norme fondée sur des choix “classiques” issus de la culture scolaire. Cette hiérarchie est acceptée inconsciemment par les classes plus modestes qui subissent ainsi une forme de violence symbolique.
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Un bon client, un nom qui sonne bien, une bonne histoire… c’est parti pour les tweet-vannes !

Les twittos se sont bien défoulés sur Eric raout, soupçonné d’avoir violenté son épouse et placé en garde à vue. L’ex-ministre de la Ville et maire UMP du Raincy n’est pas particulièrement populaire sur le réseau, en raison de ses prises de position sécuritaires et nationalistes. (grand défenseur du débat sur l’identité nationale de Besson, partisan du couvre-feu pour les mineurs, virulent opposant du voile intégral…)

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Comment sommes-nous devenus accros à l’information ?

L’information s’est beaucoup accélérée ces dix dernières années, via l’évolution des outils de communication et de la demande du public. Cet engouement pour l’actualité est lié à notre besoin de socialisation et de divertissement.

Sur le plan quantitatif la fréquence des interactions entre individus s’est accrue, à mesure que les distances se sont raccourcies via l’urbanisation croissante. Les gens vivent plus près les uns des autres, ils ont donc plus de chances de se croiser.  Les citoyens se voient également davantage grâce à l’amélioration des moyens de transports (nous sommes à trois heures de Marseille en TGV quand il fallait une journée de train il y a 20 ans et un mois au moyen-âge).

Naturellement, la principale raison de l’augmentation des échanges sociaux entre individus est la modernisation des moyens de communication à distance. Depuis le milieu du XIXe s les inventions se sont multipliées : le télégraphe (1837), le téléphone (1876), l’e-mail (1971), les  messages instantanés (1988), les SMS (1992) et puis Facebook (2004) et Twitter (2006) aujourd’hui.

L’augmentation de ces contacts explique partiellement notre besoin d’alimenter davantage la machine informationnelle, histoire d’avoir du « grain à moudre ». Les news, sont le carburant social par excellence, le sujet qui alimente les conversations, le prétexte d’une bonne part de nos interactions avec autrui.

L’explication doit aussi être à envisagée à l’envers : c’est l’augmentation de l’offre d’informations, liée aux nouvelles technologies décrites plus haut qui a conduit à l’explosion de la consommation d’informations. Ou plus exactement, l’ouverture parallèle des vannes de communication privées et médiatiques ont coïncidé. Les médias pouvaient communiquer plus vite et les gens pouvaient se le raconter aussitôt.

Mais les possibilités techniques et la politique de l’offre n’expliquent jamais à elles seules, une évolution sociale massive. Il faut que la technologie remplisse une fonction essentielle pour s’imposer. Outre le plaisir de communiquer avec autrui, pour se rassurer et se valoriser, il y a un ressort sous-estimé.

Et si notre addiction à l’information venait moins de notre besoin de socialisation que de celui de nous divertir ?
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Google a-t-il tué le cyberflâneur ?

Evgeny Morozov constate avec justesse la mort du cyberflâneur. Fini les déambulations gratuites et aléatoires sur la toile. Tout comme le flâneur pédestre du XIXe s qui a disparu de nos villes. Le temps est à l’efficacité, à la performance, à l’action.

L’article de l’excellent InternetActu déplore donc la fin du cyberflâneur, tout comme celle du BB, le bourgeois badaud, qui était le summum du raffinement urbain au XIX s. Bon, on pourra d’abord minorer un peu cette perte qui ne concernait alors qu’une toute petite élite.
A l’époque, les riches vivaient entre eux dans des pensions, se déplaçaient en fiacres et faisaient de long voyages chez les sauvages pour vérifier la supériorité incontestable de la civilisation occidentale. Pas sûr que ce mode de vie soit nécessairement digne d’admiration ni de nostalgie.

Mais le parallèle a surtout le mérite de mettre le doigt sur la disparition progressive de l’internaute promeneur et de révéler selon moi, des aspects profonds de notre époque.

LE MOT CLÉ A TUÉ LE FLÂNEUR

A bien y réfléchir, c’est la recherche par mot-clé qui a tout changé. L’efficacité de l’outil a une conséquence directe : on trouve ce qu’on est venu chercher, mais pas plus. Terminé les ballades interminables dans les encyclopédies qui repoussaient de plusieurs heures la réalisation de nos exposés. Au revoir les annuaires de classement des sites Yahoo, qui par leur inégale efficacité, nous forçaient à fureter, explorer, voyager…

L’analogie avec le voyage ne s’arrête pas là. Pour les grands voyageurs, il faut savoir se perdre pour faire de vrais découvertes. Mais justement, aujourd’hui il ne faut surtout pas se perdre. Notre besoin de contrôle, notre désir de sécurité, notre volonté de ne pas « perdre de temps » font que l’on planifie de plus en plus. C’est vrai que nous organisons nous-mêmes les choses, ce qui est déjà un progrès par rapport aux voyages organisés des années 70, 80. Il n’empêche, l’efficacité annule la surprise.

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