Google a-t-il tué le cyberflâneur ?

Evgeny Morozov constate avec justesse la mort du cyberflâneur. Fini les déambulations gratuites et aléatoires sur la toile. Tout comme le flâneur pédestre du XIXe s qui a disparu de nos villes. Le temps est à l’efficacité, à la performance, à l’action.

L’article de l’excellent InternetActu déplore donc la fin du cyberflâneur, tout comme celle du BB, le bourgeois badaud, qui était le summum du raffinement urbain au XIX s. Bon, on pourra d’abord minorer un peu cette perte qui ne concernait alors qu’une toute petite élite.
A l’époque, les riches vivaient entre eux dans des pensions, se déplaçaient en fiacres et faisaient de long voyages chez les sauvages pour vérifier la supériorité incontestable de la civilisation occidentale. Pas sûr que ce mode de vie soit nécessairement digne d’admiration ni de nostalgie.

Mais le parallèle a surtout le mérite de mettre le doigt sur la disparition progressive de l’internaute promeneur et de révéler selon moi, des aspects profonds de notre époque.

LE MOT CLÉ A TUÉ LE FLÂNEUR

A bien y réfléchir, c’est la recherche par mot-clé qui a tout changé. L’efficacité de l’outil a une conséquence directe : on trouve ce qu’on est venu chercher, mais pas plus. Terminé les ballades interminables dans les encyclopédies qui repoussaient de plusieurs heures la réalisation de nos exposés. Au revoir les annuaires de classement des sites Yahoo, qui par leur inégale efficacité, nous forçaient à fureter, explorer, voyager…

L’analogie avec le voyage ne s’arrête pas là. Pour les grands voyageurs, il faut savoir se perdre pour faire de vrais découvertes. Mais justement, aujourd’hui il ne faut surtout pas se perdre. Notre besoin de contrôle, notre désir de sécurité, notre volonté de ne pas « perdre de temps » font que l’on planifie de plus en plus. C’est vrai que nous organisons nous-mêmes les choses, ce qui est déjà un progrès par rapport aux voyages organisés des années 70, 80. Il n’empêche, l’efficacité annule la surprise.

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TV connectée : vers un contrôle social permanent ?

TV connectée, la tentation totalitaire ?

TV connectée la tentation totalitaire ?

Notre téléviseur 3D ultra-plat, rétro-éclairé est déjà un dinosaure. Le nec plus ultra, c’est désormais la télé connectée qui arrive. Avec elle, il ne sera plus possible d’échapper aux fonctions sociales de type Facebook. Pour le meilleur et le pire.

La télévision connectée, c’est le mariage du téléviseur et de l’Internet. Un seul matériel pour regarder ses programmes et interagir avec eux. Pour quoi faire ?

  • Consommer : vous regardez un programme et commandez les produits qui apparaissent dans les décors, et pourquoi pas le collier de la présentatrice ?
  • Se socialiser : vous suivez la Nouvelle Star, tout en commentant en temps réel les prestations vocales des candidats, avec votre communauté. Ceci via une application dédiée sur votre mobile ou votre I-Pad qui vous connecte à votre tribu ou à l’ensemble des internautes. Un service à mi-chemin entre Facebook et Twitter.
  • S’informer : la télé connectée, c’est aussi la promesse de l’information contextuelle. Pendant le JT de 20h, des informations supplémentaires enrichissent les  sujets abordés par le présentateur. Au fait c’est où l’Afghanistan ? La charia, c’est quoi exactement. Et hop, on vous fournit des infos multimédia qui améliorent votre connaissance du monde.
  • Se divertir : vous pouvez participer à des jeux télévisés interactifs et répondre aux questions en même temps que les candidats présents physiquement sur le plateau. Le jeu est désormais collectif, participatif et simultané. Les candidats « réels » ne sont là que pour  incarner le spectacle et servir d’appât aux joueurs virtuels : un jour, ce seront eux les stars IRL (In Real Life).

UNE RÉVOLUTION, VRAIMENT ?

Tout cela ne semble pas si nouveau. Depuis des années existe déjà Facebook Connect qui permet à CNN de connecter les fans de sa page sur un évènement télévisé retransmis en direct. Ainsi lors de la cérémonie d’intronisation d’Obama, les lecteurs du site web de CNN, en se connectant à Facebook, pouvaient voir et commenter en direct l’évènement.

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TV connectée : vers un contrôle social permanent ?

TV connectée, la tentation totalitaire ?

TV connectée la tentation totalitaire ?

Notre téléviseur 3D ultra-plat, rétro-éclairé est déjà un dinosaure. Le nec plus ultra, c’est désormais la télé connectée qui arrive. Avec elle, il ne sera plus possible d’échapper aux fonctions sociales de type Facebook. Pour le meilleur et le pire.

La télévision connectée, c’est le mariage du téléviseur et de l’Internet. Un seul matériel pour regarder ses programmes et interagir avec eux. Pour quoi faire ?

  • Consommer : vous regardez un programme et commandez les produits qui apparaissent dans les décors, et pourquoi pas le collier de la présentatrice ?
  • Se socialiser : vous suivez la Nouvelle Star, tout en commentant en temps réel les prestations vocales des candidats, avec votre communauté. Ceci via une application dédiée sur votre mobile ou votre I-Pad qui vous connecte à votre tribu ou à l’ensemble des internautes. Un service à mi-chemin entre Facebook et Twitter.
  • S’informer : la télé connectée, c’est aussi la promesse de l’information contextuelle. Pendant le JT de 20h, des informations supplémentaires enrichissent les  sujets abordés par le présentateur. Au fait c’est où l’Afghanistan ? La charia, c’est quoi exactement. Et hop, on vous fournit des infos multimédia qui améliorent votre connaissance du monde.
  • Se divertir : vous pouvez participer à des jeux télévisés interactifs et répondre aux questions en même temps que les candidats présents physiquement sur le plateau. Le jeu est désormais collectif, participatif et simultané. Les candidats « réels » ne sont là que pour  incarner le spectacle et servir d’appât aux joueurs virtuels : un jour, ce seront eux les stars IRL (In Real Life).

UNE RÉVOLUTION, VRAIMENT ?

Tout cela ne semble pas si nouveau. Depuis des années existe déjà Facebook Connect qui permet à CNN de connecter les fans de sa page sur un évènement télévisé retransmis en direct. Ainsi lors de la cérémonie d’intronisation d’Obama, les lecteurs du site web de CNN, en se connectant à Facebook, pouvaient voir et commenter en direct l’évènement.

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Pourquoi préférez-vous Twitter à Facebook ?

Liberté ©bu7amd via Flick'r

L’opposition entre les deux réseaux ne correspond pas à tous les usages. Nombreux sont ceux qui utilisent les deux outils, de manière différente et pour des publics distincts. Toutefois, parmi les gros utilisateurs de Twitter, la préférence a des motifs évidents et d’autres plus cachés.

Certains usagers des réseaux sociaux refusent de choisir entre Facebook et et Twitter. C’est le cas de @MinetCheri ou d’@adele_bchp qui compartimentent très sagement les deux outils. Cette dernière explique :

« Pour moi il n’est pas question de préférence mais d’usages différents. J’utilise Facebook pour mes relations personnelles avec des proches, et Twitter pour faire de la veille et avoir des contact avec des professionnels de mon secteur. Je ne suis anonyme ni sur l’un ni sur l’autre, mais Twitter représente la face “visible”, ou publique, de ma vie online, alors que mon profil Facebook n’est ouvert qu’à mes amis (et quasiment étanche à ma vie professionnelle). »

Pourtant parmi les accros à Twitter, la préférence semble très nette.

« ON SE RÉVÈLE BEAUCOUP PLUS SUR TWITTER »

C’est l’avis de @lisadol pour qui,

« Les rapports en 140 signes sont souvent plus profonds que des heures de blabla autour d’un café. Là on va à l’essentiel ! et je trouve qu’on se révèle beaucoup plus, même quand on est anonyme… »

Cela peut sembler paradoxal de prétendre se livrer davantage à des inconnus qu’à ses propres connaissances, mais c’est assez classique finalement. On n’a pas de comptes à rendre à ceux que l’on ne connaît pas. Pas de pression, pas de peur de casser le lien. Perdre un follower ? La belle affaire. Un de perdu, dix de retrouvés. Les aveux, c’est au bistrot qu’on les fait, pas en famille.

@Linoacity résume :

« Le débat n’est pas faussé car les gens étant sous pseudo, ils disent vraiment ce qu’il pensent. Il n’y a pas d’enjeu affectif qui biaise les discussions. »

C’est là que se trouve l’une des différences majeures entre Twitter et Facebook : la liberté beaucoup plus grande de l’oiseau bleu, à la fois force et faiblesse sur le plan social. Twitter permet de retrouver l’anonymat de la foule, de se perdre dans un lien faible avec autrui et de garder une liberté de ton.

Facebook à l’opposée, repose sur des liens forts qui nous lient, voire nous enferment, dans des relations sociales beaucoup plus rigides avec nos amis, notre famille, nos collègues. Mais c’est aussi là que l’on va trouver le réconfort, le soutien, l’affection de ses proches.

« Tes gentils amis sont toujours compatissants aux malheurs que tu exprimes en plus d’un feuillet ! » explique @lisadol

TWITTER POUR LA LIBERTÉ, FACEBOOK POUR LA SÉCURITÉ

©visitfinland via Flick'r

Sécurité Facebook ©visitfinland via Flick'r

On retrouve ici les deux grands besoins de l’être humain, dont on se rend compte qu’ils sont souvent opposés. L’amour est inconditionnel, c’est une sécurité : quoi qu’il arrive, quoi que je fasse ou je dise, je serai aimé de mes parents. Sauf graves transgressions, mes propos seront acceptés par mes amis auprès je peux faire du 3e degré. Ils me connaissent, savent décoder l’intention positive derrière les mots. L’amour implique le pardon (non, le christianisme n’a pas le monopole de cette idée) et ce lien fort est une assurance affective pour la vie.

En même temps, l’amour est excluant, par le niveau même d’intensité requis. On ne saurait aimer tout le monde. Pas assez d’énergie, pas assez de temps à consacrer à tous. C’est bien pour cette raison que l’église exige de ses disciples qu’ils aillent régulièrement à la messe : il s’agit bien de couper au maximum les fidèles de ce qui peut les éloigner de Dieu. C’est aussi pour cela qu’on exige le célibat des prêtres, pour que toute leur énergie et leur esprit ne soit consacré qu’à l’être suprême. Les amoureux fusionnels en font d’ailleurs la cruelle expérience : à s’aimer trop, ils font le vide autour d’eux.

Mais cette proximité rassurante est aussi étouffante. C’est un dispositif de contrôle social qu’on retrouve dans les petits villages, si bien décrits par Claude Chabrol dans ses films grinçants. Critique de Facebook qu’exprime @aya_jrns, qui estime qu’

« il s’agit surtout d’un moyen d’espionner les autres »

Pour @chouing, par ailleurs, la politique de l’outil lui-même respecte davantage sa liberté.

« Pas de géolocalisation automatique des statuts. Pour le moment twitter semble plus respecter les notions élémentaires de vie privée » note-t-il.

Liberté aussi plus grande sur Twitter de choisir ses « amis ». On ne choisit pas sa famille, on choisit partiellement ses amis (sur une liste de camarades ou de collègues imposés). Sur Twitter, on choisit qui on veut, sur les critères qui nous chantent :

« Certaines de mes connaissances sur Facebook ont des opinions trop différentes des miennes pour que nous puissions vraiment en discuter. Sur Twitter, je suis les gens en fonction d’intérêts communs, nous sommes donc paradoxalement plus “en phase”! explique @MagBebronne

Nous passons donc notre temps à jongler entre besoin de liberté et désir de sécurité. Nous voulons les deux, et cette  d’ailleurs une source majeure de disputes au sein du couple : « je ne suis pas ta mère », « ne me dis pas ce que je dois faire », « tu m’étouffes », « tu m’aimes? »…

COMBIEN TU M’AIMES TWITTER ?

Toutefois, la répartition des rôles n’est pas aussi claire que cela entre Twitter et Facebook. Sur Twitter, le besoin d’amour se fait sentir aussi dans la recherche d’attention permanente. C’est même l’un des principaux moteurs de l’activisme de ses membres.

Etre suivi, être retwitté, être mentionné, c’est autant de preuves qu’on est important. Cela nous rassure justement parce qu’il s’agit d’inconnus, qui ne sont pas obligés de le faire parce qu’ils sont historiquement liés à notre existence. Certes, la preuve d’amour est plus faible, mais elle est plus fréquente. Le quantitatif remplace le qualitatif de Facebook.

En cela Twitter est symptomatique de notre société libérale. Nous sommes dans la compétition permanente, dans la concurrence globale, économique et sociale. Il faut être dans la course et si possible devant. Et pour être sûr de l’être, il faut s’évaluer, se mesurer à autrui. Combien tu as de followers, quel est ton klout ? Un néologisme se répand d’ailleurs sur le sujet : le quantifiedself. Ou cette tendance à développer des outils qui permettent de s’évaluer, se jauger et mesurer son rang dans le grand marathon social.

TWITTER, ARME SOCIO-ECONOMIQUE

C’est précisément dans ce contexte de concurrence exacerbée que Twitter trouve l’un de ses atouts majeurs: permettre d’être informé avant les autres. Besoin professionnel pour les journalistes et communiquants, besoin social pour tous les autres.

@Louisa_A, explique son penchant pour Twitter :

« un réseau qui s’étend de jour en jour, des bons plans réguliers. L’info la plus fraîche est d’abord sur Twitter avant d’être diffusée ailleurs. »

@Lisadol confirme :

« ça donne aussi une satisfaction intellectuelle incroyable. tout savoir avant tout le monde / »

La satisfaction n’est pas qu’intellectuelle, elle est aussi sociale. Ça permet de faire le malin à la machine à café, mais plus globalement, c’est une source de pouvoir considérable, comme le savent bien les politiques. Savoir avant les autres permet de prendre l’initiative de la conversation, cela augmente sa valeur sociale par le service d’information que l’on est apte à rendre, pour peu que l’on soit doté des bonnes compétences de verbalisation.

Le format limité de Twitter se montre utile ici : écrire en 140 signes (et même 120 pour laisser la place aux RT), est un exercice qui en soi permet, de verbaliser l’information pour mieux la restituer par la suite.

« Mon cerveau travaille aussi sur la formulation » explique @lisadol

LA RÉSONANCE EST UNE NÉCESSITÉ

En entreprise, il ne suffit pas de faire, il faut aussi faire savoir. Ceci est valable à l’échelle de la société. Pour émerger de la masse des concurrents, toujours plus grande, vu l’augmentation du nombre de diplômés, les nouvelles technologies sont des armes redoutables.

Twitter joue ce rôle essentiel : diffuser sa propre marque, pour se faire connaître et augmenter sa valeur économique, cette fois sur le marché du travail. @Louisa_A confie :

« Mon inscription sur Twitter en mai 2010, intriguée par tout le bien que @Laimelecinema m’en disait, a été très bénéfique pour ma carrière. Nouveau boulot après des années de galère »

Pour @lisadol :

« Professionnellement aussi évidemment, je me rends bien compte que mon nom circule plus… mais je ne suis pas encore sûre que cela me servira un jour. »

©mommamia via Flick'r

©mommamia via Flick'r

BUTINAGE SOCIAL : ADAPTATION ECONOMIQUE ?

Au delà du réseautage et de l’intérêt professionnel plus ou moins direct, Twitter, par son ouverture est aussi un outil qui permet d’accéder à la diversité humaine. Même si cette diversité est relative : elle concerne une population assez homogène de CSP+, urbains, ultra-instruits…

Les conversations et discussions sont courtes et forcément limitées par le format, mais elles sont potentiellement nombreuses. Cela reste une extension de son champ social, même si cela se fait au détriment de l’intensité.

@Louisa_A : « Twitter permet justement d’ouvrir le champ des possibles, on ne se retrouve pas qu’entre amis, en famille, entre anciens du collège ou du lycée. On peut parler à tout le monde, de Denis Brogniart à un rédac chef d’un magazine connu en passant par un homme politique et ils nous répondent !  »

@EdshelDee : « Sur Twitter j’apprécie la diversité et de l’éclectisme des discussions que j’ai pu avoir. C’est le “Café du Commerce” mondial ; on peut y parler du temps qu’il fait, de nos week-ends, de nos soirées, autant que des “ambivalences” de Martin Heidegger sous le IIIe Reich ou de la position russe sur la Syrie

La culture Twitter reflète une tendance de fond : la polyvalence au détriment de la spécialisation, le picorage d’informations au détriment de l’approfondissement. On connaît un peu des tas de gens, on en sait un peu sur plein de choses, on ne maîtrise rien vraiment, mais on n’est largué sur rien non plus.

Ceci est une adaptation à notre environnement économique de plus en plus mouvant. Pour survivre sur le plan professionnel, il faut être capable de nous adapter. La polyvalence informationnelle renforce notre adaptabilité professionnelle. Je soupçonne que, de la même façon, le butinage communicationnel favorise notre sociabilité en entreprise, donc notre efficacité économique.

UN BESOIN NARCISSIQUE, UN DÉFI CRÉATIF

Twitter est élitiste par nature, en raison de sa difficulté d’accès, son jargon, son austérité, son exigence d’assiduité. Ce club VIP flatte les égos de ceux qui y sont admis et influents. Nouvel outil de distinction bourdieusienne, toujours pas détrôné malgré les tentatives (Quora, Diaspora…)

Il permet aux jouteurs, poètes, experts du calembour d’exprimer leurs talents, pour se mettre en valeur et gagner des points sociaux, mais surtout pour se faire plaisir et satisfaire leur vanité. Le salon d’éloquence est devenu mondial, un bon tweet peut séduire un public immense, à la vitesse électrique.

La réaction de #Armstrong « Je suis hyper déchu »

— Jean Saurien (@schloren) Août 24, 2012

On va bientôt apprendre qu’il n’a pas marché sur la lune et qu’il n’a jamais joué de la trompette #Armstrong

— Malaparte (@vince75001) Août 24, 2012

Mais Twitter offre aussi aux créatifs de tout poil un espace d’expression et d’exploration ouvert, drôle, impertinent, non politiquement correct. La contrainte du format devenant un défi créatif fortement incitatif. Ce que résume @Vincnet_B ci dessous :

« Twitter propose une expérience linguistique permettant davantage de jouer avec la fonction poétique de la langue, l’articulation du nombre restreint de signes au signifiant a un petit côté jubilatoire, il faut bien le reconnaître »

Twitter, un lieu où s’expriment les blagues les plus potaches, cyniques, sarcastiques et de mauvais goût parfois et qui subit, comme dans la vraie vie, les assauts des gardiens de l’ordre et de la bienséance.

Tant que ces normalisateurs resteront minoritaires, Twitter restera le lieu d’expression des créatifs. Pas toujours drôles, mais représentatifs d’une distance salutaire contre le politiquement correct, le socialement acceptable, l’aseptisé. L’ennui, en somme.

Cyrille Frank aka cyceron sur Twitter ou sur Facebook

Intégralité de la petite enquête réalisée via Twitter du 17 au 25 août 2012. Merci à tous !

Crédits photo (par ordre d’apparition)  : bu7amd , visitfinland, mommamia via Flick’r

Pourquoi préférez-vous Twitter à Facebook ?

Liberté ©bu7amd via Flickr.com

L’opposition entre les deux réseaux ne correspond pas à tous les usages. Nombreux sont ceux qui utilisent les deux outils, de manière différente et pour des publics distincts. Toutefois, parmi les gros utilisateurs de Twitter, la préférence a des motifs évidents et d’autres plus cachés.

Certains usagers des réseaux sociaux refusent de choisir entre Facebook et et Twitter. C’est le cas de @MinetCheri ou d’@adele_bchp qui compartimentent très sagement les deux outils. Cette dernière explique :

« Pour moi il n’est pas question de préférence mais d’usages différents. J’utilise Facebook pour mes relations personnelles avec des proches, et Twitter pour faire de la veille et avoir des contact avec des professionnels de mon secteur. Je ne suis anonyme ni sur l’un ni sur l’autre, mais Twitter représente la face “visible”, ou publique, de ma vie online, alors que mon profil Facebook n’est ouvert qu’à mes amis (et quasiment étanche à ma vie professionnelle). »

Pourtant parmi les accros à Twitter, la préférence semble très nette.

« ON SE RÉVÈLE BEAUCOUP PLUS SUR TWITTER »

C’est l’avis de @lisadol pour qui,

« Les rapports en 140 signes sont souvent plus profonds que des heures de blabla autour d’un café. Là on va à l’essentiel ! et je trouve qu’on se révèle beaucoup plus, même quand on est anonyme… »

Cela peut sembler paradoxal de prétendre se livrer davantage à des inconnus qu’à ses propres connaissances, mais c’est assez classique finalement. On n’a pas de comptes à rendre à ceux que l’on ne connaît pas. Pas de pression, pas de peur de casser le lien. Perdre un follower ? La belle affaire. Un de perdu, dix de retrouvés. Les aveux, c’est au bistrot qu’on les fait, pas en famille.

@Linoacity résume :

« Le débat n’est pas faussé car les gens étant sous pseudo, ils disent vraiment ce qu’il pensent. Il n’y a pas d’enjeu affectif qui biaise les discussions. »

C’est là que se trouve l’une des différences majeures entre Twitter et Facebook : la liberté beaucoup plus grande de l’oiseau bleu, à la fois force et faiblesse sur le plan social. Twitter permet de retrouver l’anonymat de la foule, de se perdre dans un lien faible avec autrui et de garder une liberté de ton.

Facebook à l’opposée, repose sur des liens forts qui nous lient, voire nous enferment, dans des relations sociales beaucoup plus rigides avec nos amis, notre famille, nos collègues. Mais c’est aussi là que l’on va trouver le réconfort, le soutien, l’affection de ses proches.

« Tes gentils amis sont toujours compatissants aux malheurs que tu exprimes en plus d’un feuillet ! » explique @lisadol

TWITTER POUR LA LIBERTÉ, FACEBOOK POUR LA SÉCURITÉ

©visitfinland via Flick'r

Sécurité Facebook ©visitfinland via Flick’r

On retrouve ici les deux grands besoins de l’être humain, dont on se rend compte qu’ils sont souvent opposés. L’amour est inconditionnel, c’est une sécurité : quoi qu’il arrive, quoi que je fasse ou je dise, je serai aimé de mes parents. Sauf graves transgressions, mes propos seront acceptés par mes amis auprès je peux faire du 3e degré. Ils me connaissent, savent décoder l’intention positive derrière les mots. L’amour implique le pardon (non, le christianisme n’a pas le monopole de cette idée) et ce lien fort est une assurance affective pour la vie.

En même temps, l’amour est excluant, par le niveau même d’intensité requis. On ne saurait aimer tout le monde. Pas assez d’énergie, pas assez de temps à consacrer à tous. C’est bien pour cette raison que l’église exige de ses disciples qu’ils aillent régulièrement à la messe : il s’agit bien de couper au maximum les fidèles de ce qui peut les éloigner de Dieu. C’est aussi pour cela qu’on exige le célibat des prêtres, pour que toute leur énergie et leur esprit ne soit consacré qu’à l’être suprême. Les amoureux fusionnels en font d’ailleurs la cruelle expérience : à s’aimer trop, ils font le vide autour d’eux.

Mais cette proximité rassurante est aussi étouffante. C’est un dispositif de contrôle social qu’on retrouve dans les petits villages, si bien décrits par Claude Chabrol dans ses films grinçants. Critique de Facebook qu’exprime @aya_jrns, qui estime qu’

« il s’agit surtout d’un moyen d’espionner les autres »

Pour @chouing, par ailleurs, la politique de l’outil lui-même respecte davantage sa liberté.

« Pas de géolocalisation automatique des statuts. Pour le moment twitter semble plus respecter les notions élémentaires de vie privée » note-t-il.

Liberté aussi plus grande sur Twitter de choisir ses « amis ». On ne choisit pas sa famille, on choisit partiellement ses amis (sur une liste de camarades ou de collègues imposés). Sur Twitter, on choisit qui on veut, sur les critères qui nous chantent :

« Certaines de mes connaissances sur Facebook ont des opinions trop différentes des miennes pour que nous puissions vraiment en discuter. Sur Twitter, je suis les gens en fonction d’intérêts communs, nous sommes donc paradoxalement plus “en phase”! explique @MagBebronne

Nous passons donc notre temps à jongler entre besoin de liberté et désir de sécurité. Nous voulons les deux, et cette  d’ailleurs une source majeure de disputes au sein du couple : « je ne suis pas ta mère », « ne me dis pas ce que je dois faire », « tu m’étouffes », « tu m’aimes? »…

COMBIEN TU M’AIMES TWITTER ?

Toutefois, la répartition des rôles n’est pas aussi claire que cela entre Twitter et Facebook. Sur Twitter, le besoin d’amour se fait sentir aussi dans la recherche d’attention permanente. C’est même l’un des principaux moteurs de l’activisme de ses membres.

Etre suivi, être retwitté, être mentionné, c’est autant de preuves qu’on est important. Cela nous rassure justement parce qu’il s’agit d’inconnus, qui ne sont pas obligés de le faire parce qu’ils sont historiquement liés à notre existence. Certes, la preuve d’amour est plus faible, mais elle est plus fréquente. Le quantitatif remplace le qualitatif de Facebook.

En cela Twitter est symptomatique de notre société libérale. Nous sommes dans la compétition permanente, dans la concurrence globale, économique et sociale. Il faut être dans la course et si possible devant. Et pour être sûr de l’être, il faut s’évaluer, se mesurer à autrui. Combien tu as de followers, quel est ton klout ? Un néologisme se répand d’ailleurs sur le sujet : le quantifiedself. Ou cette tendance à développer des outils qui permettent de s’évaluer, se jauger et mesurer son rang dans le grand marathon social.

TWITTER, ARME SOCIO-ECONOMIQUE

C’est précisément dans ce contexte de concurrence exacerbée que Twitter trouve l’un de ses atouts majeurs: permettre d’être informé avant les autres. Besoin professionnel pour les journalistes et communiquants, besoin social pour tous les autres.

@Louisa_A, explique son penchant pour Twitter :

« un réseau qui s’étend de jour en jour, des bons plans réguliers. L’info la plus fraîche est d’abord sur Twitter avant d’être diffusée ailleurs. »

@Lisadol confirme :

« ça donne aussi une satisfaction intellectuelle incroyable. tout savoir avant tout le monde / »

La satisfaction n’est pas qu’intellectuelle, elle est aussi sociale. Ça permet de faire le malin à la machine à café, mais plus globalement, c’est une source de pouvoir considérable, comme le savent bien les politiques. Savoir avant les autres permet de prendre l’initiative de la conversation, cela augmente sa valeur sociale par le service d’information que l’on est apte à rendre, pour peu que l’on soit doté des bonnes compétences de verbalisation.

Le format limité de Twitter se montre utile ici : écrire en 140 signes (et même 120 pour laisser la place aux RT), est un exercice qui en soi permet, de verbaliser l’information pour mieux la restituer par la suite.

« Mon cerveau travaille aussi sur la formulation » explique @lisadol

LA RÉSONANCE EST UNE NÉCESSITÉ

En entreprise, il ne suffit pas de faire, il faut aussi faire savoir. Ceci est valable à l’échelle de la société. Pour émerger de la masse des concurrents, toujours plus grande, vu l’augmentation du nombre de diplômés, les nouvelles technologies sont des armes redoutables.

Twitter joue ce rôle essentiel : diffuser sa propre marque, pour se faire connaître et augmenter sa valeur économique, cette fois sur le marché du travail. @Louisa_A confie :

« Mon inscription sur Twitter en mai 2010, intriguée par tout le bien que @Laimelecinema m’en disait, a été très bénéfique pour ma carrière. Nouveau boulot après des années de galère »

Pour @lisadol :

« Professionnellement aussi évidemment, je me rends bien compte que mon nom circule plus… mais je ne suis pas encore sûre que cela me servira un jour. »

©mommamia via Flick'r

©mommamia via Flick’r

BUTINAGE SOCIAL : ADAPTATION ECONOMIQUE ?

Au delà du réseautage et de l’intérêt professionnel plus ou moins direct, Twitter, par son ouverture est aussi un outil qui permet d’accéder à la diversité humaine. Même si cette diversité est relative : elle concerne une population assez homogène de CSP+, urbains, ultra-instruits…

Les conversations et discussions sont courtes et forcément limitées par le format, mais elles sont potentiellement nombreuses. Cela reste une extension de son champ social, même si cela se fait au détriment de l’intensité.

@Louisa_A : « Twitter permet justement d’ouvrir le champ des possibles, on ne se retrouve pas qu’entre amis, en famille, entre anciens du collège ou du lycée. On peut parler à tout le monde, de Denis Brogniart à un rédac chef d’un magazine connu en passant par un homme politique et ils nous répondent !  »

@EdshelDee : « Sur Twitter j’apprécie la diversité et de l’éclectisme des discussions que j’ai pu avoir. C’est le “Café du Commerce” mondial ; on peut y parler du temps qu’il fait, de nos week-ends, de nos soirées, autant que des “ambivalences” de Martin Heidegger sous le IIIe Reich ou de la position russe sur la Syrie

La culture Twitter reflète une tendance de fond : la polyvalence au détriment de la spécialisation, le picorage d’informations au détriment de l’approfondissement. On connaît un peu des tas de gens, on en sait un peu sur plein de choses, on ne maîtrise rien vraiment, mais on n’est largué sur rien non plus.

Ceci est une adaptation à notre environnement économique de plus en plus mouvant. Pour survivre sur le plan professionnel, il faut être capable de nous adapter. La polyvalence informationnelle renforce notre adaptabilité professionnelle. Je soupçonne que, de la même façon, le butinage communicationnel favorise notre sociabilité en entreprise, donc notre efficacité économique.

UN BESOIN NARCISSIQUE, UN DÉFI CRÉATIF

Twitter est élitiste par nature, en raison de sa difficulté d’accès, son jargon, son austérité, son exigence d’assiduité. Ce club VIP flatte les égos de ceux qui y sont admis et influents. Nouvel outil de distinction bourdieusienne, toujours pas détrôné malgré les tentatives (Quora, Diaspora…)

Il permet aux jouteurs, poètes, experts du calembour d’exprimer leurs talents, pour se mettre en valeur et gagner des points sociaux, mais surtout pour se faire plaisir et satisfaire leur vanité. Le salon d’éloquence est devenu mondial, un bon tweet peut séduire un public immense, à la vitesse électrique.

La réaction de #Armstrong « Je suis hyper déchu »

— Jean Saurien (@schloren) Août 24, 2012

On va bientôt apprendre qu’il n’a pas marché sur la lune et qu’il n’a jamais joué de la trompette #Armstrong

— Malaparte (@vince75001) Août 24, 2012

Mais Twitter offre aussi aux créatifs de tout poil un espace d’expression et d’exploration ouvert, drôle, impertinent, non politiquement correct. La contrainte du format devenant un défi créatif fortement incitatif. Ce que résume @Vincnet_B ci dessous :

« Twitter propose une expérience linguistique permettant davantage de jouer avec la fonction poétique de la langue, l’articulation du nombre restreint de signes au signifiant a un petit côté jubilatoire, il faut bien le reconnaître »

Twitter, un lieu où s’expriment les blagues les plus potaches, cyniques, sarcastiques et de mauvais goût parfois et qui subit, comme dans la vraie vie, les assauts des gardiens de l’ordre et de la bienséance.

Tant que ces normalisateurs resteront minoritaires, Twitter restera le lieu d’expression des créatifs. Pas toujours drôles, mais représentatifs d’une distance salutaire contre le politiquement correct, le socialement acceptable, l’aseptisé. L’ennui, en somme.

Cyrille Frank aka cyceron sur Twitter ou sur Facebook

Intégralité de la petite enquête réalisée via Twitter du 17 au 25 août 2012. Merci à tous !

Crédits photo (par ordre d’apparition)  : bu7amd , visitfinland, mommamia via Flick’r

Comment la numérisation tue l’envie

©karindalziel via Flickr

Notre société est de plus en plus dématérialisée. Les technologies de l’information et la numérisation des données rendent impalpables les produits culturels et médiatiques. Ceci favorise leur diffusion, mais atténue leur valeur.

Les billets de banques et chèques disparaissent. Les tickets de métro, entrées au musée, points fidélité au Monoprix sont remplacés par des cartes d’abonnés. Les CD, DVD ou Blue-Ray sont en voie d’extinction. La photo, musique ou vidéo se réduisent à un enchaînement de 0 et de 1.

Désormais la numérisation des données permet de se prendre pour Harry Potter et de réaliser ce rêve d’enfant : puiser dans un sac sans fond pour en faire sortir une bibliothèque, une vidéothèque, une encyclopédie et des centaines d’albums photos. La dématérialisation consacre le triomphe de Platon : l’idée l’emporte sur la chose

C’est bien sûr un progrès, et pas que du point de vue pratique, puisque cela permet la diffusion de la culture auprès du plus grand nombre. Toutefois, cette évolution technologique ne présente pas que des avantages.

UNE PERTE DE L’INFORMATION SENSIBLE

Le problème est que cette digitalisation de notre vie uniformise des produits très différents et les déleste d’une partie de leur valeur affective. C’est un peu comme dans ces films d’anticipation dans lesquels le boeuf bourguignon fumant est remplacé par une pilule aux arômes identiques. Le service est le même, le plaisir non.

Mac Luhan dirait sans doute que le fichier informatique est pauvre en information. Comparé à un livre physique, il y manque l’information tactile, visuelle, olfactive. Le service (musical, photographique, vidéo) demeure, mais au final on y a quand même perdu.

C’est que l’emballage en soi est source de plaisir et sa fonction n’est pas seulement de nous convaincre d’acheter le produit et de faire vivre une floppée de publicitaires. Les gastronomes ne diront pas le contraire : on mange aussi avec les yeux. On dévore aussi un livre avec les doigts, on apprécie aussi un album musical à sa pochette, laquelle véhicule un univers particulier et alimente notre imaginaire.

La dématérialisation joue aussi contre nos instincts de thésaurisation, hérités peut-être de notre passé lointain. Celui où l’accumulation de vivres en hiver était le seul moyen de survivre. Dans le streaming, il n’y a aucune trace physique du produit que l’on a consommé. Le cloud évanescent s’oppose au besoin de se rassurer. Ce besoin, source partielle du plaisir que l’on éprouve à contempler sa bibliothèque : “j’ai lu tout ça, je ne suis pas inculte quand même”.

Ne reste désormais que le souvenir, de plus en plus dur à conserver, car il se perd dans la multitude.

LA PROFUSION DILUE LE PLAISIR

©Fabbriciuse via Flickr

C’est le principe même de la rareté qui fonde la valeur des choses. A être banalisés par une diffusion massive, les produits culturels perdent de leur force émotive. Phénomène d’accoutumance connu des spécialistes de l’addiction : il faut augmenter progressivement la force du stimulus pour obtenir le même effet physiologique, d’où l’augmentation de la consommation d’alcool ou de drogue pour atteindre la même ivresse.

Une orange à Noël était source d’un plaisir immense pour les enfants privés de fruits pendant la guerre. Se rendre au cinéma était un évènement considérable qui nécessitait qu’on s’habille pour l’évènement. La grande parade des dessins-animés du mercredi qui, fin des années 70, offrait 45 minutes de dessins-animés d’affilée était alors une vraie fête pour les enfants.

Désormais l’abondance de l’offre atténue notre plaisir. La multiplication des chaînes de TV, la diffusion musicale ou vidéo en streaming, le cinéma illimité par les cartes d’abonnement, l’encyclopédie Internet gratuite… la culture perd de sa valeur économique et symbolique du fait même de sa facilité d’accès.

C’est la même chose pour les photos numériques. Avant l’ère numérique, on ne ramenait guère plus de 3 ou 4 pellicules de ses vacances (et encore, quand on était un amateur). Et pour cause, chaque pelloche coûtait son pesant de cacahuètes, d’autant qu’il fallait doubler ce montant par le coût du développement. Ça correspondait à une centaine de photos au plus à répartir sur plusieurs semaines.

Autant dire que chaque photo était mûrement réfléchie. La scène en vaut-elle la peine ? Ai-je bien fait mes réglages ? Et quand une photo était réussie, on l’appréciait car il était alors hors de question de la doubler. Le risque d’échec en faisait partiellement la saveur.

Aujourd’hui, on croule sous des milliers de photos qui se ressemblent toutes. Plus besoin de choisir le sujet, de prendre le temps de soigner le cadrage ou la composition. On les corrigera sur l’ordinateur ou on supprimera les plus ratées. Le nombre de photos en soi affadit l’impact émotionnel de chacune : il y a dilution et lassitude. Même les meilleures toile du Louvre finissent par nous laisser froids, quand on voit trop.

STANDARDISATION DE L’EXPÉRIENCE

©Asha ten Broecke via Flickr

Par ailleurs, la numérisation conduit à une certaines dévalorisation des produits culturels par l’homogénéisation de la consommation qu’elle induit.

Malgré la baisse des coûts de production et de distribution, le numérique n’a pas significativement développé la diversité culturelle. Ce sont toujours les mêmes blockbusters qui s’échangent majoritairement en peer to peer, les mêmes artistes ultra-médiatisés qui concentrent l’essentiel des ventes en ligne, les mêmes romans qui cartonnent sur Amazon ou à la Fnac. C’est l’échec de la longue traîne, théorisée par Chris Anderson en 2004.

Certes le lien social se renforce en apparence puisque tout le monde voit et parle des mêmes choses, un phénomène accentué par les réseaux et les mécanismes de recommandation sociale (voici ce que vos amis ont lu, acheté, écouté…)

Mais cette socialisation acrue se fait au détriment de la singularité de l’expérience individuelle. J’écoute Lady Gaga, je lis le dernier Harlan Coben, je regarde Avatar en DVD, comme 90% des gens. Alors comment donner un sens à mon existence, si celle-ci est semblable à tout le monde ?

D’où le succès croissant des concerts de musique, des performances “live”, forcément uniques qui alimentent notre besoin de différenciation. D’où le succès aussi de la personnalisation croissante des produits de grande consommation, de la coque de son Iphone, à la couleur de sa voiture.

La dématérialisation contribue donc à dévaluer les biens culturels par profusion de l’offre, perte de l’expérience sensible, et standardisation des contenus. Mais peut-être n’est-ce qu’une période de transition, le temps que nos vieux réflexes liés au monde tangible s’effacent devant ce qui a le plus de valeur : l’expérience de vie et les souvenirs. Un jour peut-être, certains commerçants nous feront payer la mobilisation à la demande de ces derniers.

Cyrille Frank

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Crédits photo : ©karindalziel ©Fabbriciuse ©Asha Ten Broecke via Flickr

La socialisation contre l’information ?

La socialisation excessive, société de Bisounours ?

La socialisation excessive, société de Bisounours ?

La société hyper-socialisée vers laquelle on se dirige présente des risques sur l’information. Elle nous conduit à des contenus édulcorés, aseptisés, politiquement corrects. Et le responsable, c’est désormais nous-mêmes.

L’ABÊTISSEMENT DES FOULES PAR ELLES-MÊMES

Les médias de masse, la télévision en particulier, sont régulièrement dénoncés pour leur rôle d’anesthésiant social. Les fictions, les jeux, le divertissement en général seraient un instrument de contrôle politique, le nouvel opium des peuples, ou le cirque romain moderne.

De fait, certaines chaînes, comme Fox News pratiquent la désinformation à des fins politiques, tout comme certains patrons de journaux français

Mais voilà que grâce à Internet et aux réseaux, la vérité peut enfin échapper au contrôle centralisateur. Grâce à Wikileaks, aux blogs, aux forums… l’information transpire en dépit des efforts d’opacité ou de manipulation des puissants.

Sauf, qu’en réalité, ces derniers semblent avoir inventé, grâce aux médias sociaux, une nouvelle technique bien plus redoutable que la précédente : l’auto-lavage de cerveau. C’est désormais le public lui-même qui officie, la victime est son bourreau.

Grâce aux recommandations sociales – j’aime, retweets, partages – le public est son propre prescripteur et c’est beaucoup plus efficace que lorsque le message vient d’en haut.  Chose qu’ont bien montrée Elihu Katz et Paul Lazarsfeld dans les années 50, dans “the two step flow of communication” (supériorité des contacts interpersonnels par rapport aux médias).

Car ce qui est partagé par le public en majorité, ce n’est pas le dernier rapport parlementaire édifiant de la Cour des comptes. C’est le dernier buzz rigolo, la pub ENORME, le lolcat trop drôle, la gaffe monstrueuse du politique…

LA VANITÉ, MOTEUR DE CETTE SOCIALISATION POUSSÉE

Sur-représentation des buzz, polémiques, informations choquantes, amusantes, insolites. Ce qui s’échange bien sur les réseaux, est ce qui est différent, hors-norme et vecteur de plaisir pour le récepteur. Et qui rapporte des “points” de socialisation à son diffuseur.

Car il s’agit de plaire à son entourage. Nous sommes dans une recherche de séduction permanente,  pour gagner ce nouveau bien de consommation, la vanité, que les nantis veulent désormais s’offrir.

Un mécanisme ancien mais qui gagne en ampleur. “Il a toujours des bons liens Vincent’, remplace l’ancien “ah dédé il a toujours de bonnes blagues”. Mais c’est le même processus à l’oeuvre : gagner la sympathie de l’autre en lui procurant une satisfaction, et quoi de plus efficace que de le divertir ?

Les médias eux, gardent les mains propres. La démocratie agit de son propre chef : c’est elle-même qui partage, qui diffuse ce qu’elle aime. Et ce qu’elle apprécie en majorité, c’est le plaisir, l’émotion, le positif… Rarement du complexe, pourtant indissociable de l’accès à certains savoirs.

Les programmateurs télé racoleurs se replient toujours derrière le public qu’ils ne font que servir. “On leur donne ce qu’ils ont envie de voir”. Aujourd’hui,plus besoin d’argumenter : les programmes sont en self-service, le serveur ne peut être mis en cause.

LOL, société du plaisir, il faut divertir

LOL, société du plaisir, il faut divertir

LES RELATIONS SOCIALES ASEPTISÉES

La socialisation à tout crin a une autre conséquence : la neutralisation des discours, l’aseptisation des conversations. La langue de bois tant dénoncée atteint désormais tout le monde. Les réseaux nous ont transformé en politiciens.

Chaque individu ménage son électorat virtuel de followers, les conversations sur Facebook s’édulcorent, pour se limiter au plus petit dénominateur commun. Comment ne pas déplaire à 130 personnes si différentes, à qui l’on s’adresse désormais simultanément ? Ce que la sociologue Dannah Boyd appelle la convergence sociale. En n’abordant aucun sujet qui fâche, comme toute bonne maîtresse de maison qui bannît la politique ou la religion des conversations.

Du côté des médias, le rapprochement du journaliste avec ses lecteurs induit un autre risque, s’il est trop poussé : la démagogie, le “politiquement correct”. Quand on tisse des liens avec son public, on perd en indépendance. Le bon journaliste ne doit pas être dans l’empathie, mais dans la distance.

Il doit accepter de déplaire à son audience pour lui révéler des choses importantes. Pourra-t-il le faire aussi facilement demain au risque de perdre de son influence auprès de sa communauté ? Acceptera-t-il de dire du mal d’un personnage populaire, et de décevoir d’un coup tous les fans de ce dernier ? Surtout que l’impact sera visible, mesurable. X abonnés en moins au fil Twitter, et autant de “delike”.

La communication verticale, unilatérale conduit à l’autisme et à l’éloignement des médias de leur public. A l’inverse, trop d’empathie enferme dans une dépendance malsaine. Après la tutelle politique, les pressions économiques, la presse pourrait tomber sous la coupe d’un 3e et redoutable adversaire : son public.

Cyrille Frank

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Crédit Photo en CC : cbbbc et thierrimages via @Flickr.com

Klout, la bataille sociale se durcit

A l’avènement d’Internet et des « autoroutes de l’information », l’optimisme était de mise. Les nouveaux outils promettaient de rapprocher les gens. L’entraide, l’échange allaient améliorer notre vie et nous rendre meilleurs. Triste constat : les réseaux en réalité rapprochent moins les gens qu’ils ne les sélectionnent.

MEDIA SOCIAUX, LA FIN DU MYTHE DE LA COMMUNION UNIVERSELLE

Les réseaux sociaux sont parvenus à réaliser peu ou prou la prophétie de Marshall Mc Luhan : nous voilà en plein village global. Les distances physiques ont été abolies, nous pouvons communiquer de mieux en mieux avec n’importe qui sur la planète, hier avec le téléphone, aujourd’hui avec du son et de l’image via Skype.

Pourtant le mythe de la grande communion mondiale, du rapprochement social universel a fait long feu. Malgré ses 450 amis, on discute toujours avec les 10 ou 15 mêmes (16 pour les femmes, 10 pour les hommes en moyenne selon Cameron Marlow, sociologue de Facebook). On pourrait bavarder avec ses contacts indiens, russes ou néerlandais. Savoir comment se passe la vie là-bas, comment ils vivent les évènements, quelle est leur vision du monde. Bref, étendre notre champ de perception pour mieux comprendre les choses.

Mais c’est avec son collègue de bureau qu’on échange tous les jours sur Facebook. Comme avec le PC Ultron X2200, ultra-puissant, qu’on s’est fait refourguer par un vendeur malin, ayant su flatter notre ignorance technologique crasse. On dispose d’un matériel capable de calculer les trajectoires des comètes, mais c’est pour écrire des messages furieux à son banquier qu’on l’emploie.

La réalité nous rattrape : les outils de communication ne remplacent pas le fond. Sans proximité intellectuelle, affective voire physique et sans les liens qu’on tisse progressivement avec les autres, la communication ne tient pas. De même que l’utopie d’une curiosité naturelle de l’être humain envers son prochain, très dépendant du niveau d’instruction et des normes éducatives assimilées depuis l’enfance.

UN DEPLACEMENT DES MODES DE SOCIALISATION

Est-ce à dire pour autant que les réseaux sociaux sont inutiles ? Certes non. Facebook a crée un espace intermédiaire tiède entre l’e-mail froid et le téléphone chaud. il permet de garder un oeil distant sur son second cercle d’amis et de maintenir un lien avec un groupe étendu d’amis. Ceux qu’on n’a pas le temps de voir, mais dont le sort ne nous est pas complètement indifférent. Ou garder un contact distant avec cette famille envahissante à qui on peut envoyer la photo du dernier, commenter le succès au bac du petit cousin… sans passer un quart d’heure au bout du fil. Finalement, Facebook, c’est un surtout un gestionnaire social, un outil de contrôle de son temps de communication. Beaucoup à ceux qui nous sont proches, moins aux autres.

De son côté, Twitter est un outil incroyable de réseautage et de découverte professionnelle. S’y fait-on des amis pour de vrai ? Oui, cela arrive, mais ce n’est pas la règle, pour la simple et bonne raison qu’une journée n’a que 24 heures et qu’il faut déjà satisfaire son premier cercle initial. Et puis, comme le savent les amateurs des anciens forums ou chatrooms, il vaut mieux parfois ne pas franchir le miroir d’Alice, sous peine d’être déçu. L’information textuelle, pauvre par nature sur le plan de la qualité d’informations échangées, permet de masquer ses défauts, ses manques. N’oublions pas que l’essentiel de la communication humaine est non verbale, comme l’ont montré les Erving Goffman, Bateson, Birdwhistell et autres chercheurs de l’école de Palo Alto.

Quant aux sites de rencontre, ils restent utiles  pour lutter contre la solitude urbaine et combler les besoins sexuels exubérants d’une société de plus en plus stimulée par  notre environnement. Ils facilitent la mise en relation en milieu urbain après la disparition des anciens lieux de socialisation : place du village, bals, café etc.

C’est donc plus à un déplacement des modes de communication qu’à un renforcement auquel on assiste. Le temps passé sur les réseaux sociaux commence d’ailleurs à empiéter sur l’e-mail, tout comme le jeu commence à prendre le pas sur le cinéma (jusqu’à une fusion entre ces deux univers, tel que le préfigurait Existenz ?).

La compétion socio-économique s'accroît - mediaculture.fr

Crédit photo © jlabianca via Flickr.com

LA COMPETITION AU COEUR DE LA SOCIALISATION

En revanche, les médias sociaux sont en train de devenir un puissant outil de sélection socio-économique. Quand tout le monde a le bac, l’internet haut débit, le dernier écran plat… il faut bien trouver de nouveaux critères de différenciation. Il n’y saurait y avoir que des premiers de la classe.

Les marques ont vite compris l’énorme avantage d’Internet : identifier les leaders d’opinion. Ceux qui sont écoutés et suivis par le plus grand nombre, si l’on en croît la théorie toujours suivie du « two step flow » de 1944. En s’adressant à eux et en les chouchoutant, on peut toucher la masse, à moindre coût. C’est comme cela qu’une poignée de blogueurs influents a pu profiter de la manne des agences de com’, fin des années 2000.

Mais les usages se déplaçant sur les réseaux sociaux, il fallait trouver de nouveaux critères d’influence. Et les marques ont élu Klout en la matière, quoi qu’on puisse penser de ce choix douteux pour mesurer l’influence sociale.

En offrant des avantages à ceux qui dépassent un certain score, elles ne font que renouer l’alliance avec les fameux influenceurs, espérant bénéficier par la suite de leurs relais, car ils ne manqueront pas de s’en gargariser.

Les employeurs aussi s’intéressent à la performance sociale de leurs futures recrues. Et privilégient déjà ceux qui ont su développer une certaine audience et dont ils espèrent bien profiter pour diffuser leurs messages, trouver des collaborateurs etc.

La compétition au départ purement symbolique pour capter l’attention devient donc de plus en plus concrète. Il y a désormais de vrais enjeux économiques : trouver un job, payer ses achats moins cher…

A l’heure où les inégalités de revenus reviennent au centre des préoccupations conjoncturelles de nos élus, cette nouvelle forme de sélection devrait les alerter. Non pas pour tâcher de le réglementer bêtement, par une loi inepte de non-discrimination Twitter à l’embauche. Mais en mettant les moyens sur l’éducation et la formation aux outils sociaux, à commencer par les employés du Pôle emploi.

Cyrille Frank

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Nouvelles technos : la tentation totalitaire

la tentation totalitaireLes nouveaux outils de socialisation ont changé l’échelle et la vitesse de diffusion des échanges. On est désormais bel et bien dans le “village planétaire” prophétisé par Marshall McLuhan. Pour le meilleur et pour le pire.

L’ère industrielle a inventé la solitude urbaine, la souffrance des individus perdus dans la foule anonyme et sourde. Cela a été de nombreuses fois mis en scène au cinéma par des films comme “Buffet froid”, “Chacun cherche son chat”, “Lost in translation”…

Dans les années 80 et 90, que ne rêvions-nous alors de proximité, de communication, de chaleur humaine dans nos cités déshumanisées? Cette place du village où tout le monde se parle et se connaît. Cette ambiance “Pagnol” où la parole est simple, bourrue mais sincère. Celle du “bonheur est dans le pré” qui montre des rapports humains si fallacieux en ville, si authentiques et joyeux à la campagne.

Mais c’est oublier que la proximité porte en elle les germes de la promiscuité. Le village est aussi lieu d’espionnage mutuel où les habitants sont sous le contrôle social permanent de tous. Un des thèmes chers à Claude Chabrol qu’il exprime avec brio dans “Poulet au vinaigre”, entre autres films.

Grâce à la magie des réseaux web, à la progression des taux d’équipements et des outils de communication, la vie urbaine s’est réconciliée avec la socialisation. L’avènement des forums, des chats puis aujourd’hui des réseaux sociaux rapproche les individus anonymes et solitaires.

Les sites de rencontre en ligne foisonnent, les communautés thématiques se multiplient, les différentes générations se retrouvent sur Facebook, les recruteurs et candidats se parlent directement sur Viadeo ou LinkedIn…`

LA FOULE TOTALITAIRE ?

Pourtant certaines pratiques, font parfois douter du progrès réel en termes de mieux vivre pour nos sociétés de cette « resocialisation technologique ».

Le défouloir des commentaires. La teneur des commentaires des sites d‘information laisse parfois songeur sur l’utilité de ces déversoirs à médiocrité : jalousie, a priori, racisme, haîne…
A tel point que certains sites comme Le Figaro choisissent de contrôler les commentaires avant leur publication (sauf pour leurs abonnés mais ils disposent de leur nom et adresse, ce qui limite les incartades). D’autres, tel Rue89 les ferment après 7 jours, non sans avoir remonté les meilleurs et masqué les autres. Passé l’euphorie du tout participatif, est donc venue la question de la sélection des meilleurs et de la chasse aux trolls

La rumeur. Celle-ci a trouvé un vecteur de diffusion très puissant sur Twitter. La vitesse d’usage inhérente à l’outil, le manque de précaution de quelques “influents”, les erreurs déontologiques de certains journalistes “cautions” , favorisent la diffusion des non-informations. On l’a vu avec le foisonnement de théories du complot après la mort de Ben Laden ou l’arrestation de DSK. Et plus récemment après le “teasing” de Luc Ferry sur l’identité d’un ancien ministre pédophile qui a suscité un flot de messages d’accusation terribles contre plusieurs cibles.

Le bashing planétaire. La mésaventure de la jeune Jessi dont les propos agressifs publiés sur Youtube a suscité son « lynchage » par les internautes, n’est que la face émergée de l’iceberg. De plus en plus d’enfants (et pas que) se disent victimes de moqueries et insultes sur Facebook et subissent ni plus ni moins que la méchanceté classique des cours de récré, mais désormais au su et vu de la communauté. La CNIL s’en est elle-même ému au point de rédiger des recommandations

La dictature de la norme sociale. Sans même parler de harcèlement, les réseaux sociaux font émerger une autre forme de violence : celle qui s’exprime par la compétition sociale autour des statuts Facebook. Cette mise en valeur permanente de soi, sa vie, son entourage auprès de sa communauté est cause de souffrance pour ceux qui ne peuvent s’aligner. Une pression sociale que certaines marques n’hésitent pas à accentuer pour mieux vendre leurs produits.

prison volontaireLES TECHNOS NE SONT PAS COUPABLES

Ceci n’est pas une charge aveugle pour dénoncer les nouvelles technologies. D’abord parce que leurs bienfaits restent dominants sur le plan de la socialisation, l’accès à la connaissance, la vie pratique…

Ensuite parce que l’usage des technologies n’est que le reflet de nos sociétés et de leurs valeurs. C’est d’ailleurs beaucoup plus effrayant, car le mal n’en est que plus profond. Ce n’est pas en supprimant Tweeter qu’on mettra fin aux rumeurs. Celles-ci existent depuis longtemps et Jean Noël Kapferer a bien montré que celle-ci ont une utilité sociale. Même si la visibilité, l’intensité et la diffusion de ces rumeurs, via les nouveaux outils, en accentuent la portée.

La question est donc : sommes-nous dignes de ces outils ? Avons-nous une société suffisamment mûre pour en profiter comme il se doit, sans tomber du côté obscur ?

L’individualisme de nos sociétés nous pousse à « la ramener » en permanence quand on gagnerait à écouter. Notre besoin d’égo nous conduit à exagérer la réussite de chacune de nos actions sur Facebook. Notre égoïsme nous amène à télécharger sans retenue, sans nous poser la moindre question des conséquences possibles pour les producteurs de contenu…

Bref, avec cette communication permanente liée aux nouvelles technologies, n’avons-nous pas mis un revolver chargé entre les mains d’enfants ? A la fin du film (assez médiocre par ailleurs) “8 mm”, Nicolas Cage demande au méchant qu’il s’apprête lui-même à torturer, pourquoi il a été si vilain. Et ce dernier lui répond : “j’en avais le pouvoir”.

Ce ne sont pas les outils, les nouvelles technologies qui sont en cause dans les dérives auxquelles on assiste, ce sont bien les choix que nous faisons. Même si le temps et l’adaptation à ces nouveaux vecteurs de communication en corrigeront certainement les plus grands excès.

Mais une chose me semble acquise, c’est combien nous sacrifions une part croissante de notre liberté pour un meilleur confort, que ce soit dans notre rapport aux réseaux sociaux, mais aussi à nos données personnelles. A l’instar des nostalgiques de l’ère soviétique, nous sommes en quelque sorte des « prisonniers » volontaires.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo via Flickr @hulk4598 et Noo

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