Nouvelles écritures : la techno ne remplacera pas votre cerveau !

 

Nouvelles écritures - Crédit photo en Creative Commons : US Mission Geneva via Flickr.com

Nouvelles écritures – Crédit photo en Creative Commons : US Mission Geneva via Flickr.com

La chaire « Convergences »de Grenoble organisait lundi 7 avril 2014  une conférence-débat sur le thème des nouvelles écritures numériques. L’occasion pour les intervenants de montrer des bonnes pratiques, mais aussi de contester quelques idées reçues sur les nouveaux formats « innovants ».

1- LE BON FORMAT N’EXISTE PAS

Tout dépend une fois de plus du propos à véhiculer, du contexte de réception, du public visé, du matériel éditorial disponible…

Faire un diaporama sur le classement des 10 meilleurs hôpitaux de France ? Ce format n’est pas pertinent, car que va-t-on offrir au lecteur ? Une série de photos « prétextes » de la ville où se trouvent ces établissements ?

A moins de proposer une photo personnalisée de chaque service ou hôpital concerné, cela ne semble pas adapté. Et même en ce cas, qu’apporte la photo de plus par rapport aux informations ? Quel est le bénéfice-lecteur ? Si l’on décide de rester sur l’angle des dix meilleurs hôpitaux, Il vaut mieux par exemple, proposer un petit graphique par établissement mettant en scène un ou plusieurs chiffres clé éclairant leur réussite (enrichis, pourquoi pas, d’interviews expliquant les raisons de ces succès).

S’agissant du contexte de réception, Aurélien Viers, directeur adjoint numérique du Nouvel Observateur, explique qu’il propose de plus en plus de formats différents en fonction des moments de la journée. Plutôts courts et factuels le matin où le timing est serré avant de se rendre au boulot. Plus longs et « magazine » à midi ou le soir, quand on a un peu plus de temps pour soi. C’est d’ailleurs la stratégie adoptée très récemment par le New York Times avec son application mobile « Now » qui fonctionne par éditions spéciales de ce type.

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Le « journalisme long » se perd ? Tant mieux !

Le "journalisme long", une fin en soi ? ©azariusrex Via Flickr.com

Le « journalisme long », une fin en soi ? ©azariusrex Via Flickr.com

 

Les grands journaux américains publient de moins en moins de longs articles (plus de 2000 mots), révèle une étude du Columbia Journalism Review. Un constat que l’on pourrait faire aussi chez nous, mais est-ce vraiment grave ? Pas nécessairement.

La fameuse revue d’études sur le journalisme américain, la Columbia Journalism Review révèle que les grands journaux nationaux américains, le New York Times, le Financial Times,  Le Los Angeles Times et le Washington Post produisent des articles moins longs qu’autrefois. Entre 2003 et 2012, le nombre d’articles comportant plus de 2000 mots a baissé de façon drastique.

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Editeurs de contenus, si vous cessiez de vous faire phagocyter par Google et Facebook ?

Le gui, parasite du chêne, en Klein d’oeil – Crédit photo: martinlabar via Flickr.com

Facebook a modifié son algorithme Edgerank. Ce dernier filtre les publications qui s’affichent sur le mur des abonnés d’une page fan. Désormais, sont privilégiés ceux qui suscitent le plus de likes, de commentaires, de partages…

Comme l’explique lemonde.fr dans une tribune, ceci est une prime aux contenus les plus insolites, les plus « fun », les plus « émotionnels ». Le Monde, journal de référence refuse donc cette tentative d’inflexion de sa ligne éditoriale.

La qualité socio-économique de son lectorat, qui se vend plus cher que la moyenne, met peut-être lemonde.fr économiquement à l’abri d’une légère baisse d’audience. Mais les concurrents qui le talonnent et ne cherchent qu’à le détrôner, réagiront-ils de la même manière ? La guerre fait rage pour intégrer le top 5 des sites d’info les plus fréquentés, car ici se concentre une bonne part du gâteau publicitaire…

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Ecriture web : la taille maximum est une hérésie !

écrirure web

©flickr.com en créative commons

“Les formats doivent être courts sur Internet, sinon le lecteur fuit”. Voilà l’une des opinions les plus communément admises sur le web et il faut dire qu’elle se vérifie souvent. Cependant, c’est loin d’être une règle absolue.

L’écran d’ordinateur, mode de réception particulier de l’information a imposé des contraintes particulières de lecture. C’est qu’on lit mal sur ce support lumineux et vibrant, au texte souvent trop petit, à résolution faible…

Jakob Nielsen, spécialiste reconnu de l’ergonomie estimait en 1997 qu’on lisait en moyenne 25% moins bien sur un écran d’ordinateur que sur du papier.

Cette étude qui a presque 15 ans reste toujours valide pour ce qui concerne les écrans de PC dont la qualité reste faible, comparativement au papier (les meilleurs écrans du marché sont à 110 dpi quand la qualité papier elle, se situe à 300). Des études 2005 menées sur les écrans « Cleartype » de Microsoft montrent que le gain en vitesse de lecture n’est que de 5%. Il reste encore de la marge par rapport au papier…

Conséquence : il faut écrire de manière plus efficace pour espérer retenir l’attention du lecteur. Et lui permettre de scanner la page, pour en tirer un sens minimal, même quand il lit en diagonale : structure pyramidale de l’écriture (du plus important au plus accessoire), intertitres informatifs, mots et expressions clés du texte en gras, listings…

Jakob Nielsen recommande aussi d’écrire court (3000 signes maximum) et de couper les textes en plusieurs papiers, en usant des hyperliens, afin de faciliter leur digestion par le lecteur.

Autant de règles bien connues des rédacteurs web, que leur rabâchent une flopée de formateurs, dont je fais partie. Il y a toutefois des nuances à apporter à ces recommandations.

PLUS COURT, CE N’EST PAS FORCEMENT PLUS SIMPLE

La longueur excessive d’un texte est dissuasive pour une majorité d’entre nous. C’est que nous n’avons pas que ça à faire,  lire des textes sur Internet, quel que soit leur intérêt. Il y a une compétition autour de l’attention beaucoup plus importante aujourd’hui, du fait de l’offre médiatique croissante et de l’explosion de la société des loisirs.

Mais attention à ne pas essayer forcer le calibrage d’un texte aux forceps. 3000 signes qui correspondent grosso-modo à une page Word, n’est pas une taille absolue à respecter. Vouloir dire des choses complexes en peu de mots, cela ne facilite pas la lecture car cela rend plus difficile la compréhension du sens.

La synthèse excessive, bien connue des philosophes et qui leur permet de condenser des idées complexes, pour faciliter notamment leur diffusion. Ainsi, Kant, orfèvre en la matière nous montre combien la synthèse excessive nuit à la lecture. La 3e définition qu’il donne du beau dans critique de la faculté de juger est édifiante :

« la beauté est la forme de la finalité d’un objet en tant qu’elle est perçue en celui-ci sans la représentation d’une fin. »

Il faut pas moins de 2200 caractères pour expliquer cette phrase, et encore s’agit-il d’un remarquable effort de simplification.

L’usage de tous les termes et concepts compliqués permet de gagner en synthèse, de diminuer le nombre de mots employés. Mais la lecture est-elle plus facile pour le lecteur ? Non, bien au contraire !

Ex :

“La morale politique est aujourd’hui aux antipodes de l’évergétisme romain”

reste beaucoup plus difficile d’accès que ce paragraphe entier :

“La morale politique a bien changé depuis l’antiquité. Autrefois les consuls et magistrats romains, avaient obligation de se montrer généreux pour le bien public. Financement d’édifices, banquets, spectacles gratuits… Ils devaient dépenser pour la communauté, en contrepartie du pouvoir politique qui leur était confié. Aujourd’hui, c’est le contraire : ce sont les politiques qui pillent les biens publics”

La longueur d’un texte n’est donc pas le seul critère, ni le critère le plus important pour faciliter la lecture et la compréhension d’un texte.  Les deux aspects étant liés, car il est naturellement très difficile de lire un texte qu’on ne comprend pas. D’où la nécessité d’employer les termes les plus simples, compris du plus grand nombre.

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SIMPLIFIER LE TEXTE SANS APPAUVRIR LE SENS

J’entends déjà les critiques de ce précept : mais à n’utiliser que des termes “basiques”, on appauvrit la langue, on baisse le niveau, on n’élève pas le public !

Eternel débat qui traverse l’école depuis longtemps : doit-on s’adapter aux écoliers ou ceux-ci doivent-ils s’adapter à l’école ? Le “profil d’une oeuvre”, synthèse expliquée d’une oeuvre littéraire, est-il une renonciation pédagogique ? Je ne le crois pas.

Soyons pragmatique et cessons, pour une fois, d’entrer dans de grandes théories, typiquement françaises (mais ce qui fait aussi notre charme). Si nous voulons être lus du plus grand nombre, il faut modifier nos habitudes d’écriture. De même que si nous voulons être compris des élèves en difficulté, il faut adapter notre pédagogie.

Les mots doivent être des véhicules de la pensée, pas des instruments de valorisation personnelle, de distinction et partant, de ségrégation sociale.

UN ARBITRAGE ENTRE SYNTHESE ET CLARTE

Il faut faire le plus court possible, c’est évident. Car le temps que l’on fait gagner au lecteur est un service en soi. Mais il faut parallèment, lui apporter une richesse, un contenu qui va le marquer et lui procurer une satisfaction.

Et pour se faire, il faut parfois prendre le temps nécessaire, sans tomber dans le délayage, ni la répétition (le rédacteur ne peut employer cette arme de la pédagogie, s’il veut retenir son lecteur qui n’est pas captif comme l’élève).

Il y a donc une alchimie compliquée entre l’explication qui prend de la place en nombre de mots et la nécessité d’aller au plus court.

Là entre en jeu la hiérarchisation des informations : quels sont les détails que l’on va sacrifier au profit de la lisibilité et l’accessibilité du plus grand nombre ? Quelles sont les informations les plus importantes qu’il faut lui transmettre, s’il ne devait en retenir que quelques-unes ?

Nous sommes dans une guerre de l’information, où il faut donner rapidement à ses troupes de lecteurs les 3 ou 4  infos les plus importantes avant le grand saut en parachute. Et derrière ce choix des mots et des informations, se trouve bien sûr une mission pédagogique et politique : fournir à nos lecteurs les meilleures armes intellectuelles pour se défendre dans notre société.

Une mission compliquée, un équilibre difficile qui requiert un peu schizophrénie et appelle à sortir de ce que l’on est soi-même. Oui, je connais le mot “schizophrénie”, mais mon lecteur, le connaît-il ?

Et pour répondre à cette question, naturellement se trouve la question de la cible : qui est celui à qui je souhaite m’adresser ? Quel est son niveau de langage, sa disponibilité, ses attentes ?

Autant de questions qui nous ont travaillé chez quoi.info et pour lesquelles nous espérons avoir trouvé des réponses pour le plus grand nombre. Le public nous dira prochainement si nous avons visé juste (lancement du site imminent). Il sera encore temps de changer la position du curseur…

Cyrille Frank

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Les impostures de « l’écriture web »

ecriture web

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Si l’on en croît la vulgate de certains « experts » journalistiques ou marketing, écrire pour le web requiert un savoir-faire complexe et bien précis. Il s’agirait de suivre des règles incontournables, si l’on veut plaire au lecteur et à Google.

1- IL FAUT ECRIRE COURT SUR INTERNET

Ce point est soulevé par Morgane Tual dans son dernier coup de gueule via lequel elle raille ces formateurs sexagénaires débitant ce genre de règle absurde avec une “certitude insensée”.

Ecrire court à tout prix alimente l’idée qu’on ne peut pas créer de la profondeur sur Internet, que tout est forcément superficiel et creux. Difficile d’expliquer le rigorisme de l’impératif kantien en 140 signes…

En réalité, il ne faut pas écrire court, il faut écrire “dense” : dire un maximum de choses avec un minimum de mots. Mais ceci n’a rien de spécifique au web. Cela est vrai de toute écriture digne de ce nom, journalistique ou pas, qui distingue du contenu riche du verbiage, comme d’une bonne ou d’une mauvaise copie de philo.

Mais écrire dense, cela veut dire avoir des choses à dire, avoir de l’information, des faits à délivrer. Je me souviens de cette responsable d’un magazine spécialisé assistant à l’une de mes formations, qui contesta ma recommandation de concision. Alors que j’insistais sur la nécessité d’aller à l’essentiel, de servir le lecteur en lui mâchant l’information utile, elle objecta: “nous, on doit remplir du papier, le lecteur en veut pour son argent, il lui faut ses 130 pages”.

En réalité, le verbiage avait surtout pour fonction d’augmenter artificiellement la pagination rédactionnelle, pour augmenter le nombre d’insertions de pub.  Mais en admettant que le facteur kilo joue aussi auprès des lecteurs, il fallait fournir en ce cas plus  de contenus (informations, illustrations)… La dilution ne tient que sur des segments  presse peu concurrentiels, monopoles ou oligopoles qui ne durent pas éternellement.

Il faut certes adapter l’aspect visuel des contenus pour faciliter la lecture en moyenne 25% plus difficile sur un écran si l’on en croit Jacob Nielsen, ergonome expert ayant étudié la questions.

Cela signifie éviter des paragraphes “pavés” de quinze ligne sans aération dans lesquels le lecteur ne veut pas “entrer”. Eviter aussi les phrases qui n’en finissent pas, emplies de virgules, de gérondifs et de participes présents.

2- LE WEB, C’EST FORCEMENT MULTIMEDIA

A l’heure d’Internet, l’écrit est dépassé, il faut proposer de la vidéo, des animations interactives, des “serious games” et éventuellement un mélange de tout cela.

Non, l’écrit n’a pas disparu, bien au contraire, la lecture en général se porte bien et le texte foisonne sur Internet, comme en témoigne l’explosion des bases de données, textuelles pour la plupart. La question n’est pas d’apporter de la vidéo ou une animation pour faire “moderne” ou être dans la “tendance”, mais bien de savoir quel est le service rendu au lecteur.

Sous quel format, doit-on présenter l’information pour quelle soit la plus claire, la plus agréable, la plus facile à consommer ? Il n’y a pas de réponse unique à cette question, car les publics sont multiples. Pour certains, une interview vidéo sera le format le plus agréable. Pour d’autres au contraire qui ont peu de temps et préfèrent lire “en diagonale”, le texte sera plus adapté. On sait par ailleurs qu’une proportion importante de lecteurs sur Internet le fait depuis son lieu de travail, et tous n’ont pas un casque… Pour la discrétion ou l’open space, c’est donc un frein majeur.

En ce cas là, il semble judicieux de proposer les deux formats simultanés. Mais faut-il pour autant multiplier les formats ? Proposer tout en se disant que le lecteur fera lui-même son marché ?

Cette méthode faillit à l’une des missions essentielle du médiateur (ou « curator » selon le nouveau terme en vogue) : sélectionner l’information, la préparer pour la rendre digeste et servir ainsi le lecteur, d’autant plus qu’il est toujours plus submergé d’informations, de sollicitations visuelles, sonores, tactiles… olfactives demain ?

Le format retenu doit être fonction du propos. Pour raconter l’affaire Clearstream aux multiples rebondissements, une animation chronologique semble pertinente. Mais un schéma montrant les relations entre les différents acteurs ne sera-t-il pas plus efficace ?  Et en tout état de cause le format choisi ne remplacera pas les articles anglés sur telle ou telle question: la manipulation de Lahoud, la contre-manipulation de Sarkozy, le rôle de Villepin, la complicité des grand patrons…

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3- IL FAUT ECRIRE POUR LES MOTEURS

J’ai déjà dénoncé ce reproche adressé souvent aux journalistes web selon lequel ils sont soumis au méchant Google qui leur impose des règles et du coup, formate l’information.

Si l’uniformisation des formes et contenus journalistiques n’est pas toujours une vue de l’esprit, la faute en incombe aux journalistes, pas à Google.

Google a conçu des règles pour répondre à un souci de pertinence, de service au lecteur. Ces critères ne sont pas parfaits, et sont de plus en plus détournés (rançon de la gloire). Mais ils fonctionnent globalement, sinon Google ne détiendrait pas 65% de parts de marché dans le monde, en dépit d’une concurrence acharnée de Bing/Yahoo notamment.

C’est peut-être justement au niveau des écoles de journalisme ou par imitation grégaire rassurante que les journalistes finissent par écrire tous de la même manière. Comme ils parlent tous de la même façon en télévision ou en radio. Norme évolutive si l’on se rappelle bien les tons nasillards de nos premiers speakers.

Les critères de Google : richesse syntaxique, mises en forme (gras, titres…), popularité sont des indices de qualité. Et Google ne punit pas les textes longs, bien au contraire, incapable de saisir la pertinence contextuelle d’un texte long ou court. Ainsi pour une dépêche d’agence, il semble pertinent pour servir l’utilisateur de faire court compte tenu de son mode de consommation limité dans le temps. Pour un article de blog, cela dépend de la richesse du contenu lui-même

Par ailleurs, les usages évoluent vite et ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain. Ainsi des paginations horizontales limitées en 768 px de hauteur qui ont évolué d’abord avec l’augmentation des taux d’équipement en écran plus grands (du 15 au 19 pouces). Et ont été bouleversés ensuite par l’apparition de la molette sur les souris qui a fait éclore les navigations verticales à plat, sur l’initiative du précurseur 20 minutes. L’apparition des tablettes et du mobile va certainement changer encore les modes de lecture et de consommation de l’information.

Enfin, comme le rappelle Morgane, on tâtonne, on cherche, on teste… S’il y a bien une seule règle qui vaille, c’est celle de l’intérêt du lecteur qui appelle des réponses aussi diverses qu’il y a de publics différents.

4- IL FAUT METTRE UN MAXIMUM DE LIENS

Ajouter un grand nombre de liens, c’est bien pour le lecteur, car c’est lui offrir potentiellement plus d’informations. C’est d’ailleurs bien vis à vis des moteurs qui “récompensent” les liens internes et externes, indifféremment de leur nombre.

Oui, mais est-ce réellement un service au lecteur de l’étouffer sous l’information ? Pire encore sont ces liens automatiques générés à partir des tags qui noient les liens pertinents sous une masse d’autres inutiles ou éloignés du sujet principal.

Cette “infobésité” dessert le lecteur en lui faisant perdre du temps et en diluant le “sens” sous la masse d’informations.

Ce cas de figure est un exemple de l’arbitrage qu’il faut réaliser entre les fameuses règles de Google et l’intérêt du lecteur qui doit toujours rester la finalité.

5- LES SUJETS SERIEUX NE MARCHENT PAS

 

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Les sujets sérieux, “high-brow topics” (haut du front), comme disent les Anglais ne fonctionnent pas. La politique, les sujets internationaux, tous thèmes profonds ne font pas d’audience.

Il faudrait au contraire ne fournir au lecteur que ce qu’il “demande”, à savoir des faits divers, du people, de l’insolite, du spectaculaire plus ou moins racoleur.

Il semble évident qu’une galerie photo sur les ravages du Tsunami fera plus d’audience qu’un dossier sur les subprimes. Mais rien n’empêche d’expliquer le principe de ces produits financiers lors d’un diaporama sur les raisons de la crise financière. Et mon expérience m’a prouvé que l’on peut faire de l’audience, certes pas dans les mêmes proportions, avec ce genre de sujets “sérieux”. Tout dépend du format, du propos, du contexte.

Car s’’il faut procurer au client-lecteur ce dont il a besoin, il faut aussi lui apporter ce dont il ne sait pas encore qu’il a besoin.

Le journaliste est aussi ce pédagogue qui, tout en satisfaisant son public, cherche aussi à l’instruire, à l’élever, l’air de rien, “par la bande”. Equilibre délicat où il convient de ne pas trop exiger de son lecteur pour ne pas trop se couper de lui. Sans tomber non plus dans le pur suivisme racoleur qui aboutit à un rejet tout aussi inéluctable, in fine.

Entre l’austère plat de haricots “politique internationale” et l’indigestion de bonbons Haribo “faits divers ou people”, il faut éduquer nos enfants-lecteurs à l’information. Cet équilibre complexe est ce qu’on appelle une ligne éditoriale

Les jeunes journalistes doivent donc prendre du recul par rapport aux règles qu’on leur dispense. Celles-ci ne sont pas paroles d’évangile, elles doivent être adaptées au cibles, au contexte de diffusion, aux sujets, au lieu de promotion dans le journal ou sur le site (page d’accueil, de rubrique ou de blog ?). Et garder à l’esprit que les usages changent vite et nécessitent surtout une écoute attentive pour s’adapter. Ainsi qu’une dose de créativité pour proposer.  Un bon supermarché fournit rayons ET têtes de gondoles.

Cyrille Frank aka Cyceron

Crédit photo Abode of Chaos et tom_p via Flickr