Médias, écoutez et engagez le public pour restaurer la confiance (2/3)

Pour restaurer ou renforcer le lien avec le public, si on commençait par l’écouter ? Ce fut une thématique récurrente du festival d’information locale qui s’est tenu à Nantes les 27 et 28 juin 2019.

La question de l’interaction avec les lecteurs est vraiment mon dada. Je suis convaincu que c’est l’un des facteurs décisifs de restauration non seulement de la confiance, mais aussi des modèles économiques des médias.

Plusieurs voix se sont exprimées en ce sens lors du FIL, à ma grande satisfaction.

Pierre France notamment, de Rue89 Strasbourg est venu expliquer comment son site s’attache à développer un journalisme d’engagement, à l’écoute du public et perçu comme utile.

1. ALLER À LA RENCONTRE DES LECTEURS-CITOYENS

Le journalisme de Rue89 Strasbourg, va assez loin dans l’action, comme le décrit son rédacteur en chef à travers quelques opérations qu’il a menées :

» J'en veux plus

Le journalisme de solutions : réconcilier les lecteurs avec l’actualité est une urgence !

Le journalisme de solutions est devenu une nécessité démocratique et économique pour renouer le lien avec les lecteurs. Ce n’est pas une édulcoration du monde, encore moins le “journal des bonnes nouvelles”.

Le journalisme de solutions, autrement appelé constructif ou d’impact, est l’une des réponses nécessaires de la profession. Celle-ci fait face à un danger particulièrement inquiétant : le désintérêt croissant vis à vis de l’actualité.

Le Reuters Institute, dans son étude annuelle de 2019 (étude pdf), a interrogé pas moins de 75.000 personnes dans 38 pays. 32% d’entre elles, évitent régulièrement ou parfois les actualités, un chiffre en augmentation de trois points depuis deux ans.

Rapport Reuters 2019

» J'en veux plus

Médias et citoyens : dix pistes pour rétablir la confiance

Journalistes et médias ne sont pas populaires ces derniers temps. Critiqués, bousculés, violentés, ils sont la cible des gilets jaunes, notamment. On leur reproche leur partialité, leur soumission aux pouvoirs politiques et économiques. Ce rejet vient de loin, mais il y a des pistes pour corriger le tir.

Les gilets jaunes, tout comme la vague de complotisme et de recherche de médias “alternatifs”, ne sont pas nés hier. Le doute s’est immiscé depuis longtemps.

Il est le fruit des nombreux mensonges et manipulations dont les citoyens ont été l’objet depuis la fin des années 80. Qu’on se rappelle le nuage de Tchernobyl opportunément stoppé à la frontière (1986), les faux charniers de Timisoara après la chute de Ceaucescu (1989), la guerre du Golfe “propre” de 1990 avec ses “frappes chirurgicales” mises en scène par CNN, la fiole de prétendu Anthrax agitée en 2003 à l’ONU par le général Powell pour justifier la 2e guerre d’Irak…

Comme dit Alain Souchon “on nous prend, faut pas déconner dès qu’on est né, pour des cons, alors qu’on est… des foules sentimentales”.

Dans ces exemples, les politiques ont utilisé les médias pour contrôler l’opinion, pour susciter son adhésion à la guerre, éviter des mouvements de panique, justifier l’exécution sommaire d’un couple de dictateurs infâmes. La question s’est posée d’une complicité avec le pouvoir politique, dès lors que CNN et les chaînes d’info à travers le monde diffusaient en boucle des images contrôlées soigneusement par les services d’information du gouvernement et l’armée américaine. Le vers était déjà dans le fruit.

» J'en veux plus

Innovation média : huit moteurs et freins majeurs

Ouest Médialab organisait le 18 septembre 2018 son 5e Speed Training à Nantes dans les magnifiques locaux de l’école Audencia. L’occasion d’échanger quelques idées avec Nicolas Becquet lors d’un débat portant sur les moteurs et freins de l’innovation dans les médias.

Nicolas, manager des supports numériques à L’Echo, et moi-même sommes d’emblée tombés d’accord sur ce premier constat : s’il y a des ingrédients favorables, il n’y pas de recette universelle. Il appartient à chaque support de trouver SA recette, son organisation, son dosage efficaces.

Ceci complique la tâche, car il faut tâtonner un peu, tester différentes choses, avant de  trouver le mode fonctionnement idéal. Loin des martingales faciles importées parfois des grands journaux et magazines – tels le New York Times – aux moyens, contextes, organisations pourtant très éloignés des nôtres

Il y a néanmoins des facteurs clés qui facilitent cette innovation. J’ai recensé les huit principaux, à mon sens.

» J'en veux plus

Médias, ce n’est pas le moment d’abandonner les commentaires, ni l’interaction avec vos lecteurs !

 

Bulle de discussion, phylactère de BD rose, sur fond bois

Les commentaires et les interactions sur les sites d’information sont en voie de disparition. Mauvaise nouvelle pour les médias qui ne font ainsi qu’accentuer leurs difficultés, sur le long terme.

Le mouvement est assez général, en France ou francophonie et dans le monde. De nombreux éditeurs, effrayés par la mauvaise qualité des interactions – grossièretés, insultes, fausses nouvelles… ont décidé depuis environ deux ans, de supprimer les commentaires de leurs sites.

Une fois de plus, l’utopie Internet d’une société revitalisée par la technologie, en prend un coup. Non, il ne suffit pas de donner aux gens le pouvoir de s’exprimer pour créer une démocratie participative.

» J'en veux plus

Médias : votre survie ne dépend que de la confiance, et il y a danger…

Les médias en ligne – petits ou grands – ont organisé le 14 décembre 2017, leur raout annuel à la Gaîté lyrique. Y a soufflé un vent d’optimisme, même si subsistent des difficultés et des questions sur le financement de l’information, la participation en berne ou la prolifération des “fake-news”.

La 8e édition du JPEL, j’épelle “journée de la presse en ligne” s’est donc tenue à Paris, à l’initiative du Spiil, le syndicat de la presse d’information indépendante en ligne, ouf, fin des acronymes indigestes.

J’y ai senti un frémissement. Le métier d’éditeur en ligne est toujours dur, mais il y a quand même du mieux. Et disons-le clairement : c’est le changement de modèle qui en est la cause.

Pendant longtemps, nous avons cru – je m’inclue évidemment dans le lot, comme co-créateur du défunt quoi.info devenu caminteresse.fr – que la publicité pourrait financer l’information en ligne, comme elle l’a fait très longtemps sur le papier, et continue de le faire en télévision.

» J'en veux plus

Les instruits toujours mieux informés, pour les autres, il y a Facebook et Hanouna

En 2010, je dénonçais l’apparition de chapelles d’information réservées aux élites instruites, les “ghettos culturels” de riches. Sept ans plus tard, les inégalités d’accès à l’information se sont encore accentuées.

L’ère du tout gratuit de l’information a vécu, avec la fin du mythe du financement unique par la publicité. Il ne reste guère que quelques titres en ligne comme 20 minutes pour proposer un accès entièrement gratuit à leurs contenus. L’information de qualité est désormais sous clé.

En France, 95% des quotidiens et hebdos sont passés en payant ou en modèle mixte (une partie des articles gratuits, une partie payante). C’est ce que révèle cette étude 2017 du Reuters Institute.

» J'en veux plus

Double-vérification : pourquoi les journalistes doivent absolument la respecter

douible vérification journalistique

©Andrei Zverev en CC v/ flickr.com

La double-vérification de l’information est l’une des règles de base les plus importantes du journalisme. La vitesse croissante de l’information, en partie liée à l’irruption des réseaux sociaux, bouscule hélas, ce sacro-saint principe.

“Ton info est-elle confirmée par une autre source” ? Ce precept elle l’un des plus fréquemment rabâchés en école de journalisme. L’un des piliers du métier qui ne tolère pas d’exception, ou presque.

Avant d’être claire, précise ou rapidement diffusée, l’information doit être juste. Cela semble évident et pourtant, ce principe n’est pas toujours appliqué, ni applicable, vu l’organisation des rédactions.

D’abord, il y a une confiance par délégation d’autorité auprès de l’AFP. Celle-ci produit une part importante des news pour l’ensemble de la presse et des médias. L’agence propose chaque jour des milliers de dépêches, photos et autres infographies, qui sont reprises telles quelles, par leurs clients.

Les médias ne peuvent remettre en cause la fiabilité des informations de l’AFP, ils n’en ont pas les moyens. Voilà pourquoi, la moindre erreur de l’AFP a des conséquences dramatiques sur l’ensemble des informations du pays.

» J'en veux plus

Les journalistes papier ne sont pas (tous) des dinosaures qui refusent d’évoluer

Crédit photo : Emraya via Flickr.com

Dinosaures de papier – Crédit photo : Emraya via Flickr.com

Je forme les groupes médias aux techniques web depuis plusieurs années. Au cours de mes interventions, j’ai constaté souvent le fossé culturel qui sépare journalistes et direction. Pour celle-ci, généralement, si les journalistes rechignent à évoluer vers le bi-média, c’est par résistance au changement ou fainéantise. La réalité est toute autre.

Lorsque j’arrive dans une rédaction, ou un groupe média, c’est pour expliquer concrètement comment se pratique le journalisme sur Internet ou sur les supports digitaux. Comment écrire sur le web ou le mobile, comment enrichir l’information avec du multimédia ou des infographies, comment gérer sa communauté, se servir des réseaux sociaux, de la tablette, des outils collaboratifs… Bref, je débarque avec une tonne de bonnes pratiques pour créer de l’audience, de la fidélisation et donc de la valeur pour le lecteur et l’entreprise.

Mais, le fait est que je déboule aussi avec beaucoup de travail en plus. L’accueil n’est donc pas toujours des plus chaleureux, en dépit de mon charisme et ma légendaire bonne humeur (oui, je pratique aussi la méthode Coué).

» J'en veux plus

1 2 3 5