Les illusions de l’innovation inutile

Crédit photo sous Creative Commons : x-ray delta one via Flickr.com

Crédit photo sous Creative Commons : x-ray delta one via Flickr.com

Lunettes en réalité augmentée, impression 3D, internet des objets… les pontes de la Silicon Valley et les vendeurs de pelles ne jurent que par ces innovations incroyables qui vont changer nos vies, ils en sont sûrs. C’est oublier un peu vite les freins socio-culturels.

Chaque jour apporte son lot d’inventions et d’innovations technologiques relayées par une presse technologique enthousiaste et une multitude de “geeks” plus ou moins béats d’admiration. Les nouveautés de la Silicon Valley, qui abrite le noyau de start-up le plus dynamique au monde, est relayé par une multitude de sites et blogs américains qui promeuvent cette idée de “révolution technologique permanente”.

» J'en veux plus

Comment sommes-nous devenus accros à l’information ?

L’information s’est beaucoup accélérée ces dix dernières années, via l’évolution des outils de communication et de la demande du public. Cet engouement pour l’actualité est lié à notre besoin de socialisation et de divertissement.

Sur le plan quantitatif la fréquence des interactions entre individus s’est accrue, à mesure que les distances se sont raccourcies via l’urbanisation croissante. Les gens vivent plus près les uns des autres, ils ont donc plus de chances de se croiser.  Les citoyens se voient également davantage grâce à l’amélioration des moyens de transports (nous sommes à trois heures de Marseille en TGV quand il fallait une journée de train il y a 20 ans et un mois au moyen-âge).

Naturellement, la principale raison de l’augmentation des échanges sociaux entre individus est la modernisation des moyens de communication à distance. Depuis le milieu du XIXe s les inventions se sont multipliées : le télégraphe (1837), le téléphone (1876), l’e-mail (1971), les  messages instantanés (1988), les SMS (1992) et puis Facebook (2004) et Twitter (2006) aujourd’hui.

L’augmentation de ces contacts explique partiellement notre besoin d’alimenter davantage la machine informationnelle, histoire d’avoir du « grain à moudre ». Les news, sont le carburant social par excellence, le sujet qui alimente les conversations, le prétexte d’une bonne part de nos interactions avec autrui.

L’explication doit aussi être à envisagée à l’envers : c’est l’augmentation de l’offre d’informations, liée aux nouvelles technologies décrites plus haut qui a conduit à l’explosion de la consommation d’informations. Ou plus exactement, l’ouverture parallèle des vannes de communication privées et médiatiques ont coïncidé. Les médias pouvaient communiquer plus vite et les gens pouvaient se le raconter aussitôt.

Mais les possibilités techniques et la politique de l’offre n’expliquent jamais à elles seules, une évolution sociale massive. Il faut que la technologie remplisse une fonction essentielle pour s’imposer. Outre le plaisir de communiquer avec autrui, pour se rassurer et se valoriser, il y a un ressort sous-estimé.

Et si notre addiction à l’information venait moins de notre besoin de socialisation que de celui de nous divertir ?
» J'en veux plus