Le bonheur pour tous, la géniale invention libérale et totalitaire

Les injonctions au bonheur foisonnent sur les réseaux sociaux via les visuels inspirationnels, notamment. On les retrouve aussi dans l’abondante littérature en développement personnel, ou même en entreprise. Et pour cause : c’est une invention du libéralisme, pour son propre bien.

Dans son excellent billet, Sophie Gourion se demande si le bonheur est soluble dans les visuels aspirationnels.

« Du « chief hapiness officer » à tous les gourous du développement personnel et autres vendeurs de pelles : tout le monde a compris qu’il y avait un potentiel de business fructueux derrière la promesse du bonheur ».

Sophie souligne fort justement le côté très culpabilisant de ces injonctions au bonheur qui pullulent sur les réseaux sociaux, comme ci-dessous : « Le bonheur ne résulte pas de ce que l’on obtient, mais de ce que l’on donne”.

Toutes ces petites phrases apparemment anodines et positives constituent en réalité une double peine pour la personne qui les lit . « Non seulement elle souffre mais elle culpabilise en se disant qu’elle ne doit son malheur qu’à elle-même » explique Sophie avec justesse.

Et pour cause : elles sont le fruit du néo-libéralisme anglo-saxon.

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Médias et citoyens : dix pistes pour rétablir la confiance

Journalistes et médias ne sont pas populaires ces derniers temps. Critiqués, bousculés, violentés, ils sont la cible des gilets jaunes, notamment. On leur reproche leur partialité, leur soumission aux pouvoirs politiques et économiques. Ce rejet vient de loin, mais il y a des pistes pour corriger le tir.

Les gilets jaunes, tout comme la vague de complotisme et de recherche de médias “alternatifs”, ne sont pas nés hier. Le doute s’est immiscé depuis longtemps.

Il est le fruit des nombreux mensonges et manipulations dont les citoyens ont été l’objet depuis la fin des années 80. Qu’on se rappelle le nuage de Tchernobyl opportunément stoppé à la frontière (1986), les faux charniers de Timisoara après la chute de Ceaucescu (1989), la guerre du Golfe “propre” de 1990 avec ses “frappes chirurgicales” mises en scène par CNN, la fiole de prétendu Anthrax agitée en 2003 à l’ONU par le général Powell pour justifier la 2e guerre d’Irak…

Comme dit Alain Souchon “on nous prend, faut pas déconner dès qu’on est né, pour des cons, alors qu’on est… des foules sentimentales”.

Dans ces exemples, les politiques ont utilisé les médias pour contrôler l’opinion, pour susciter son adhésion à la guerre, éviter des mouvements de panique, justifier l’exécution sommaire d’un couple de dictateurs infâmes. La question s’est posée d’une complicité avec le pouvoir politique, dès lors que CNN et les chaînes d’info à travers le monde diffusaient en boucle des images contrôlées soigneusement par les services d’information du gouvernement et l’armée américaine. Le vers était déjà dans le fruit.

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Réseaux sociaux : comment l’hyper-socialisation accentue la division

La cohésion laisse place à l'affrontement social -

L’utopie selon laquelle plus on communique, plus on apaise les conflits, a vécu. En réalité, on observe actuellement le contraire.

Il y a 25 ans, Philippe Breton dénonçait déjà dans “l’utopie de la communication” cette croyance selon laquelle, plus on communique, mieux ça vaut. Idée qui était à la base de l’idéologie cybernétique : tout blocage d’un système vient d’un problème de circulation de l’information.

Aujourd’hui, TV, radio, internet, réseaux sociaux, mobile… L’information est permanente, on n’y échappe pas. Pourtant Il faut être aveugle pour ne pas voir les tensions séparatistes qui traversent la société française.

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Emotions et technologies : la marchandisation de nos affects ne fait que commencer

L’émotion. Voici le nouveau Saint-Graal par lequel les communicants espèrent récupérer l’attention de leurs prospects, utilisateurs, lecteurs… De leur côté, les géants du web l’exploitent déjà massivement. Et ce n’est qu’un début.

Julien Pierre et Camille Alloing, chercheurs en sciences de l’information, ont publié grâce à l’INA un ouvrage brillant, passionnant… et assez inquiétant, pour être honnête.

Dans “Le web affectif, une économie numérique des émotions”, les deux auteurs décrivent comment Apple, Facebook, Twitter, Amazon, Microsoft et d’autres géants technologiques exploitent nos affects, pour faire de l’argent.

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Les instruits toujours mieux informés, pour les autres, il y a Facebook et Hanouna

En 2010, je dénonçais l’apparition de chapelles d’information réservées aux élites instruites, les “ghettos culturels” de riches. Sept ans plus tard, les inégalités d’accès à l’information se sont encore accentuées.

L’ère du tout gratuit de l’information a vécu, avec la fin du mythe du financement unique par la publicité. Il ne reste guère que quelques titres en ligne comme 20 minutes pour proposer un accès entièrement gratuit à leurs contenus. L’information de qualité est désormais sous clé.

En France, 95% des quotidiens et hebdos sont passés en payant ou en modèle mixte (une partie des articles gratuits, une partie payante). C’est ce que révèle cette étude 2017 du Reuters Institute.

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Smileys, emojis, emoticônes, hashtags… pourquoi ils sont devenus incontournables

smileys, emojis, emoticons : l'addiction ?

Explosion des emojis : non, la société ne part pas en sucette. ©baconizedhameister via flickr.com

La propagation de ces visuels colorés ne tient pas tant à la ludification du monde, qu’à un besoin de mieux communiquer.

Le succès des smileys, “emoticônes”et emojis (prononcer emodji) ou encore “stickers”– se confirme. Pas une application sociale ou une messagerie qui ne les ait ajoutés à ses fonctionnalités : Facebook, Twitter, Snapchat ou encore des logiciels professionnels, comme Slack. Les requêtes des Français sur Google attestent d’ailleurs de cette popularité croissante :

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Pourquoi l’individualisme, peu adapté à la survie de l’espèce, est à la hausse

L'individualisme et la force ne suffisent pas

Crédit photo Shandi-lee via Flickr.com

L’homme est fait de contradictions. C’est un animal social qui ne peut vivre seul et en même temps, son besoin de liberté et sa volonté de puissance l’opposent perpétuellement aux autres. Si la socialisation est la stratégie adaptative la plus efficace, c’est pourtant l’individualisme qui a actuellement le vent en poupe.

A l’origine, la vie en société de l’homme, comme de tous les animaux sociaux a une origine pratique : assurer une meilleure survie de l’espèce. En groupe, on est mieux armé contre les bêtes sauvages, contre le froid et la faim. Oui, car s’il faut partager avec autrui les fruits de sa chasse, la traque collective permet d’attraper de plus gros animaux ou plus souvent. Rien de très différent de l’organisation en meute des carnivores, du vélociraptor au loup actuel.

Plus tard, c’est encore la vie en cité qui permet de protéger les récoltes des peuples nomades par l’érection de remparts. Ou de gérer efficacement la pénurie d’eau, comme en Egypte ou en Mésopotamie où l’irrégularité des crues nécessite très tôt une organisation centralisée pour distribuer les récoltes équitablement et assurer les travaux de canalisation. Une nécessité administrative qui donne naissance à l’écriture, mais c’est une autre histoire…

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“Tireur fou” : fin de cavale pour les médias un peu flous

L'information folle et floue - ©eole via Flickr.com

L’information folle et floue – ©eole via Flickr.com

Le “tireur fou” a donc été arrêté hier soir, mercredi 20 novembre, après cinq jours de cavale et de rebondissements divers. Fin d’un nouvel emballement médiatique à propos duquel, je tire cinq leçons.

 

1- Le traitement à chaud, l’info en continu conduisent à la précipitation, à des erreurs

Rien que de très classique. Dès le début de l’histoire, les faits relatés sont confus. L’homme qui a pénétré dans le hall de BFM a-t-il tenté de tirer ou non ? A-t-il seulement cherché à intimider ses interlocuteurs en laissant tomber deux cartouches et en criant “la prochaine fois, je ne vous raterai pas”? Ou son arme s’est-elle enrayée, ceci expliquant qu’il abandonne rageusement son projet ? Ces différents sons de cloche me laissent toujours perplexe.

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