Emotions et technologies : la marchandisation de nos affects ne fait que commencer

L’émotion. Voici le nouveau Saint-Graal par lequel les communicants espèrent récupérer l’attention de leurs prospects, utilisateurs, lecteurs… De leur côté, les géants du web l’exploitent déjà massivement. Et ce n’est qu’un début.

Julien Pierre et Camille Alloing, chercheurs en sciences de l’information, ont publié grâce à l’INA un ouvrage brillant, passionnant… et assez inquiétant, pour être honnête.

Dans « Le web affectif, une économie numérique des émotions », les deux auteurs décrivent comment Apple, Facebook, Twitter, Amazon, Microsoft et d’autres géants technologiques exploitent nos affects, pour faire de l’argent.

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Les instruits toujours mieux informés, pour les autres, il y a Facebook et Hanouna

En 2010, je dénonçais l’apparition de chapelles d’information réservées aux élites instruites, les “ghettos culturels” de riches. Sept ans plus tard, l’inégalité d’accès à l’information s’est encore accentuée.

L’information de qualité est désormais sous clef

L’ère du tout gratuit de l’information a vécu, avec la fin du mythe du financement unique par la publicité. Il ne reste guère que quelques titres en ligne comme 20 minutes pour proposer un accès entièrement gratuit à leurs contenus.

En France, 95% des quotidiens et hebdos sont passés en payant ou en modèle mixte (une partie des articles gratuits, une partie payante). C’est ce que révèle cette étude 2017 du Reuters Institute.

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Smileys, emojis, emoticônes, hashtags… pourquoi ils sont devenus incontournables

smileys, emojis, emoticons : l'addiction ?

Explosion des emojis : non, la société ne part pas en sucette. ©baconizedhameister via flickr.com

La propagation de ces visuels colorés ne tient pas tant à la ludification du monde, qu’à un besoin de mieux communiquer.

Le succès des smileys, « emoticônes »et emojis (prononcer emodji) ou encore « stickers »– se confirme. Pas une application sociale ou une messagerie qui ne les ait ajoutés à ses fonctionnalités : Facebook, Twitter, Snapchat ou encore des logiciels professionnels, comme Slack. Les requêtes des Français sur Google attestent d’ailleurs de cette popularité croissante :

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Pourquoi l’individualisme, peu adapté à la survie de l’espèce, est à la hausse

L'individualisme et la force ne suffisent pas

Crédit photo Shandi-lee via Flickr.com

L’homme est fait de contradictions. C’est un animal social qui ne peut vivre seul et en même temps, son besoin de liberté et sa volonté de puissance l’opposent perpétuellement aux autres. Si la socialisation est la stratégie adaptative la plus efficace, c’est pourtant l’individualisme qui a actuellement le vent en poupe.

A l’origine, la vie en société de l’homme, comme de tous les animaux sociaux a une origine pratique : assurer une meilleure survie de l’espèce. En groupe, on est mieux armé contre les bêtes sauvages, contre le froid et la faim. Oui, car s’il faut partager avec autrui les fruits de sa chasse, la traque collective permet d’attraper de plus gros animaux ou plus souvent. Rien de très différent de l’organisation en meute des carnivores, du vélociraptor au loup actuel.

Plus tard, c’est encore la vie en cité qui permet de protéger les récoltes des peuples nomades par l’érection de remparts. Ou de gérer efficacement la pénurie d’eau, comme en Egypte ou en Mésopotamie où l’irrégularité des crues nécessite très tôt une organisation centralisée pour distribuer les récoltes équitablement et assurer les travaux de canalisation. Une nécessité administrative qui donne naissance à l’écriture, mais c’est une autre histoire…

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Comment l’hyper-communication accentue la division sociale

La cohésion laisse place à l'affrontement social -

La cohésion laisse place à l’affrontement social – Crédit photo © windwalkernld en Creative Commons via Flickr.com

L’utopie selon laquelle plus on communique, plus on apaise les conflits, a vécu. En réalité, on observe actuellement le contraire.

Il y a 22 ans, Philippe Breton dénonçait déjà dans “l’utopie de la communication” cette croyance selon laquelle, plus on communique, mieux ça vaut. Idée qui était à la base de l’idéologie cybernétique : tout blocage d’un système vient d’un problème de circulation de l’information.

Aujourd’hui, TV, radio, internet, réseaux sociaux, mobile… L’information est permanente, on n’y échappe pas. Pourtant Il faut être aveugle pour ne pas voir les tensions séparatistes qui traversent la société française. On les observe à travers des mouvements aussi variés qu’hétérogènes : les bonnets rouges, les Dieudonnistes (et son cortège “d’anti-systèmes”), les partisans du mariage pour tous, les frondeurs anti NDDL, les ouvriers frontistes…

C’est que l’excès de communication dans le contexte actuel se retourne contre la cohésion sociale.

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« Tireur fou » : fin de cavale pour les médias un peu flous

L'information folle et floue - ©eole via Flickr.com

L’information folle et floue – ©eole via Flickr.com

Le « tireur fou » a donc été arrêté hier soir, mercredi 20 novembre, après cinq jours de cavale et de rebondissements divers. Fin d’un nouvel emballement médiatique à propos duquel, je tire cinq leçons.

 

1- Le traitement à chaud, l’info en continu conduisent à la précipitation, à des erreurs

Rien que de très classique. Dès le début de l’histoire, les faits relatés sont confus. L’homme qui a pénétré dans le hall de BFM a-t-il tenté de tirer ou non ? A-t-il seulement cherché à intimider ses interlocuteurs en laissant tomber deux cartouches et en criant « la prochaine fois, je ne vous raterai pas »? Ou son arme s’est-elle enrayée, ceci expliquant qu’il abandonne rageusement son projet ? Ces différents sons de cloche me laissent toujours perplexe.

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Désinformation, manipulations… le public est-il son propre bourreau ?

manipulation ©gibbons v/ Flickr.com

manipulation – mediacultures.fr ©gibbons v/ Flickr.com

« Médias : à quoi peut-on se fier » ? Cette question posée par Julien Lecomte dans son ouvrage tombe à pic après le fiasco médiatique de Boston. Erreurs, manipulations, story-telling… Julien passe en revue les différents travers des médias d’information, et comme dans l’exemple de Boston, évoque aussi le rôle non négligeable du public.

La chasse à l’homme des poseurs de bombes de Boston via les réseaux sociaux a pris fin hier 21 avril, avec l’arrestation d’un des deux suspects. Durant près d’une semaine, les fausses informations se sont multipliées sur Twitter ou dans la presse.

Une 3e explosion inventée, une arrestation précoce qui n’avait pas eu lieu, la photo d’un innocent diffusée sur Reddit… On a assisté à une grande confusion de la part des réseaux autant que des médias sur cette histoire. A tel point que le FBI lui-même a demandé à l’agence AP d’être plus prudente.

Cette affaire entre en résonance avec  le propos de Julien Lecomte, agrégé en sociologie des médias, qui a publié récemment « Medias : influence, pouvoir et fiabilité ». Julien examine les risques prêtés aux médias et les passe au tamis des études et de sa réflexion.

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