Journalistes « traditionnels », n’ayez pas peur, mais bougez-vous !

vieille machine à écrire - mediaculture.fr

Crédits photo en CC via Flickr.com : leightonoc

Je donne des formations en web-journalisme depuis des années à travers la France, en PQR, en presse généraliste ou spécialisée, en radio ou en télé. La manière dont les journalistes de médias traditionnels voient l’avenir, se résume selon moi en 3 mots : « inquiétude », « méfiance », «doute ».

Inquiétude vis-à-vis de leur avenir
Méfiance à l’égard des nouvelles technologies
Doutes sur leurs capacités à s’adapter

Les journalistes traditionnels, autrefois sceptiques, voire dédaigneux à l’égard du web ne le sont plus guère, ou de façon anecdotique. La période pas si lointaine où ils s’amusaient avec une certaine condescendance de ces forçats du web, collés à l’écran et vissés sur leur chaise, est révolue. Sentiment partagé par Jean-Marie Charon, de retour des assises du journalisme 2010 et qui constatait une évolution : « On entre dans les questions de pratiques et moins d’ a-priori » (depuis les 1ères moutures de 2006 ou même par rapport à l’année dernière, précise-t-il).

Aujourd’hui, la plupart s’inquiètent de leur avenir professionnel, de l’évolution de leur métier et de leurs conditions de vie. Entre temps, il est vrai, les difficultés de la presse se sont accentuées, sous l’effet de la crise financière et de la chute brutale des investissements publicitaires.

UN TRAVAIL DE MOINDRE QUALITE

C’est sans doute le premier facteur d’inquiétude des professionnels avec qui je discute. Souci qui montre à quel point les journalistes sont attachés à leur métier et à la qualité de leur travail, avant même les problèmes liés à leur confort de vie.

La course à l’information, cette frénésie de vitesse symbolisée par Twitter est l’objet de la plus grande méfiance. Comment continuer à exercer correctement son travail si l’on n’a plus le temps de vérifier l’information, si l’on ne nous laisse plus le temps d’enquêter, de creuser, d’aller au fond des choses ?

Apparaît en filigrane, le problème de la course à l’audience pour générer des revenus publicitaires, au détriment quelquefois des missions essentielles du journaliste.

Au premier rang de ces dernières, la fonction citoyenne du journalisme : former des esprits libres, éduquer, élever les lecteurs vers des informations « nobles ».

Une mission qu’ils estiment globalement en recul dans la presse en ligne en raison des difficultés du modèle économique (faible coût de la publicité, fuite des petites annonces…) qui pousse à une stratégie d’acquisition de trafic plus ou moins racoleuse. Google  et Facebook concentrent une autre part des critiques.

Ces deux géants omnipotents et omniprésents dicteraient leur loi aux journalistes, contraints d’écrire pour eux. Une vision biaisée que je conteste dans cet article « Google n’est pas responsable de la standardisation journalistique ». La technologie imposerait donc non seulement son rythme mais aussi ses contraintes au détriment de l’intérêt du lecteur.

Je réfute d’une part ce fatalisme et prétends par ailleurs, que cette adaptation au support n’a rien de nouveau ni de spécifique. Tous les médias adoptent en effet un certain format, conditionné par le mode de réception et les effets de modes, mais qui ne constitue en aucun cas une règle absolue. En radio les recruteurs privilégient les voix basses et graves, a priori plus agréable à l’oreille que les sons plus aigus.

Mais heureusement, il y a des contre-exemples et des voix plus claires ont su faire leur place en radio, grâce au talent du locuteur qui compensait l’inadéquation au format. Les règles sont conçues pour s’en affranchir et si conformisme il y a, elle provient des décideurs, managers et institutions (les écoles de journalisme), pas des outils médiatiques eux-mêmes.

Cette mission « noble » d’éclairage des consciences est pour beaucoup de journalistes de la vieille garde, au cœur de leur conception du journalisme. Une vision honorable mais restrictive et dangereuse, si appliquée avec trop de raideur. Celle d’une « vérité supérieure » dont le journaliste serait détenteur et qu’il aurait pour rôle de transmettre aux foules imbéciles. Théologie du journalisme qui rappelle furieusement les propagandes soviétiques, maoïstes et autres totalitarismes…

Or, cette prérogative journalistique est aujourd’hui remise en cause par l’irruption du web 2.0. La conversation profane est venue concurrencer la parole « sacrée » du journaliste. Et c’est là encore un sujet d’inquiétude : comment éprouver de la satisfaction à voir ses articles souillés de commentaires ineptes, creux et sans « intérêt » ? Avec en arrière-plan chez certains journalistes, un vague mépris vis-à-vis du populaire à qui l’on devrait exiger un permis de s’exprimer pour en écarter les plus idiots. Vision élitiste dont ils ne se rendent pas compte qu’elle bafoue les principes démocratiques dont ils se revendiquent pourtant constamment.

Une autre peur s’empare des journalistes à l’ancienne vis-à-vis des pratiques numériques, c’est celle de la polyvalence à tout crin, l’image du journaliste « Shiva », à qui l’on demande de tout faire, simultanément, en un minimum de temps. Le plus dur à vivre pour eux n’est pas tant le stress et le manque de sérénité dans le travail – ils sont habitués aux « bouclages » ou au stress du direct – que le résultat décevant, voire déprimant de cet activisme.

Et sur ce point, les journalistes n’ont pas toujours tort. Une frénésie de multimédia s’est emparée des journaux, qui a conduit certains à exiger de leurs journalistes la production de vidéos, de photos, en plus et en même temps que leurs papiers. C’est alors l’organisation, le flux de la copie qui est à revoir. Difficile de faire tout bien : les photos, la vidéo et l’interview papier, surtout sur un évènement chaud et/ou dramatique.

Frustration aussi en aval, quand, après avoir miraculeusement réussi à produire son article, envoyé ses photos pour le diaporama et monté laborieusement la vidéo, ces deux derniers  ne sont pas publiés, faute d’une équipe web suffisamment étoffée. Les goulets d’étranglement du circuit de production sont des freins massifs à la motivation des troupes. Pourquoi s’échiner pour rien ? Cela ne sera pas publié…

Les journalistes traditionnels déplorent aussi la perte de qualité liée à l’abandon partiel et progressif des fonctions de relecture : la fin annoncée des SR (secrétaires de rédaction) en particulier. Sur Internet, cette tâche pas totalement nécessaire devient synonyme de coût inutile. Il est vrai que certains rédacteurs se reposaient un peu trop sur les correcteurs-réviseurs de papiers. L’absence de ce matelas de sécurité devrait donc les responsabiliser, ce n’est pas trop tôt !

Mais par ailleurs, il est très difficile de garder du recul sur sa prose. Il est utile de se faire relire et corriger par un regard extérieur, car c’est dans l’inter-subjectivité qu’on évite les erreurs, les malentendus et les bévues déontologiques. Il faudra donc envisager des modes de travail et de relecture collectifs qui transforment tous les rédacteurs en potentiels SR. Il y aura indéniablement une perte d’exactitude, car tout le monde n’a pas l’œil aguerri et l’expérience d’un bon SR, mais les temps sont durs et la presse peut-elle vraiment se permettre ce luxe ?

UNE PERTE DE QUALITE DE VIE

Avec les nouvelles technologies l’angoisse d’une disponibilité professionnelle permanente  sourd des différents publics journalistes que j’ai pu former.

S’informer tout le temps, être à l’affût des dernières news signifie ne jamais vraiment décrocher et cela rend difficile la coupure psychologique nécessaire entre vie personnelle et le bureau.

Effectivement, cette disponibilité mentale, cette porosité à l’actualité doit être constante, même si elle ne signifie pas une astreinte réelle. Le dimanche soir avant de retourner au travail, il faut en effet avoir jeté un œil à ce qui s’est passé durant les dernières 48 heures, afin d’en imaginer les conséquences éventuelles sur son propre travail : nouveaux sujets et angles, nouvelle hiérarchie de l’information… Et cela, même quand on travaille sur un rythme hebdomadaire ou mensuel… Je repense à l’étonnement de cette jeune journaliste s’exprimant aux assises de Strasbourg : «  Twitter, obligatoire même pour les journalistes magazine ? »… Oui, même.

Cela signifie-t-il une perte de qualité de vie ? Oui, pour ceux qui considèrent leur job comme un pensum, une fatalité nécessaire pour subsister. Oui aussi pour ceux se laisseront absorber par leur boulot et ne sauront pas prendre le temps de vivre !

Car il faut fixer des limites à l’hyper-connectivité et ne pas se laisser complètement déborder. Twitter, les blogs, le web 2.0 peuvent être envahissants. On tombe vite dans le feedback grisant avec le lecteur, dans la quête des followers, dans la dépendance à sa communauté. Il appartient à chacun de dominer ces technos pour en tirer le meilleur, sans en devenir esclaves. Tout comme on a réussi à dominer les autres médias : la télévision hypnotisante dont on arrivait pas à se décrocher étant jeunes, le téléphone avec les copines vissé sur l’oreille qui rendait fous nos parents et affolait les factures.

Perte de qualité de vie dans la remise en question de ses compétences. Réapprendre son métier quand on a des années, voire des décennies d’expérience ? Duraille. Surtout quand le formateur est un petit jeune qui semble à peine débarqué de son école (je fais très jeune, pourvu que ça dure) :-).

journaliste "couteau suisse"

journaliste « couteau suisse »

Il est toujours difficile de changer ses habitudes, de désapprendre ce que l’on croyait acquis. La résistance au changement est naturelle chez l’homme et c’est toujours un effort de changer, de s’adapter. Mais cet effort est impératif pour nos métiers (et pas que les nôtres). Il faut bien comprendre que tel des Sisyphe de la plume, les journalistes devront accepter de réaliser cet effort tout au long de leur carrière. Et de plus en plus souvent, car l’accélération technologique modifie les usages de plus en plus vite. La mobilité, l’interaction, demain la 3D et la réalité augmentée vont modifier nos métiers, nos outils mais pas le fond de nos compétences : trouver l’information, la valider, la hiérarchiser, l’enrichir.

Perte de qualité de vie chez les planqués ? Très probablement !

La presse ne peut plus se permettre de payer des gens à glander. Tôt ou tard les quelques passagers clandestins qui subsistent seront débusqués, car les titres sont contraints à la chasse aux coûts (il le seraient d’ailleurs davantage et depuis longtemps sans la perfusion des aides publiques à la presse qui s’élève à près d’un milliard d’euros). Ou ces fonctionnaires de la presse disparaîtront avec les titres eux-mêmes.

– Ainsi des typistes, chargés dans certaines rédactions de recopier les textes envoyés par les correspondants et les journalistes, ces derniers ayant interdiction de saisir les caractères eux-mêmes.

– Ainsi des correcteurs qui s’ajoutent parfois aux secrétaires de rédaction et sont chargés uniquement de la validité orthographique et grammaticale du texte, sans se préoccuper de la structure. Absurde, car on sait qu’il vaut mieux parfois réécrire entièrement une phrase ou un paragraphe…

LES TECHNOS LIBERENT AUTANT QUELLES CONTRAIGNENT

Les nouveaux outils sont surtout des moyens de gagner en efficacité Et en qualité de vie, par le temps qu’elle permettent d’économiser.

– La numérisation des données a donné naissance à cette prodigieuse invention qui est au journalisme ce que l’imprimerie est au moine copiste : le moteur de recherche. Qu’on songe aux heures et aux jours gâchés autrefois à rechercher laborieusement les informations dans les archives papier de la bibliothèque ou des bandes magnétiques des journaux qu’on devait faire défiler en accéléré, jusqu’à dénicher enfin la perle qu’on cherchait. Encore fallait-il avoir une idée de la date, sinon on se fadait des années d’archives sans garantie de succès. Et en accéléré l’attention est moins fiable bizarrement.

Les flux RSS regroupés dans un agrégateur aujourd’hui permettent d’augmenter considérablement et la couverture d’information et la spécialisation des recherches. Feedly, Inoreader permettent non seulement de faire une recherche par mots clés sur l’ensemble des titres que l’on enregistrés, mais aussi sur un dossier thématique ou sur un seul titre en particulier. Mieux encore, combinés aux alertes Google ou Talkwalker, ils récupèrent tout seuls des requêtes avancées, plus besoin de partir à la pêche, il suffit de relever périodiquement ses filets…

Les documents partagés en ligne via le « cloud computing » permettent de travailler en collaboration de manière très facile, à distance. Ils conservent l’historique des versions précédentes et sont accessibles de n’importe où. Plus besoin d’une clé USB qu’on égare, plus de souci de versions vétustes du document. Plus de problèmes d’incompatibilité de formats…

Les outils de communication à distance de type Skype permettent de faire des interviews rapidement, à moindre coût. C’est aussi un moyen d’organiser des conférences de presse en un clin d’oeil entre personnes situées aux quatre coins de la planète.

Les blogs ou comptes Youtube qui permettent aux jeunes talents d’émerger et qui accroissent la valeur des journalistes sur le marché de l’emploi. Mais aussi vecteur d’approfondissement des sujets, instrument de passion et de valorisation personnelle, lieu de contacts et de réseautage professionnel (ou pas).

Bases de données

Bases de données

Les bases d’information n’ont jamais été aussi nombreuses (cf mon papier « trop de mémoire ou pas assez ? »). Plus besoin d’aller poireauter à la photocopieuse de la bibliothèque Sainte Geneviève ou de Beaubourg (clin d’œil aux Parisiens) pour récupérer le texte du journal officiel. Il y a désormais legifrance.org

– Vous n’avez pas eu le temps de faire votre revue de presse ? Qu’à cela ne tienne, un œil sur votre fil Twitter vous dira l’essentiel : vos abonnés cherchent pour vous et ils sont 350 fois plus nombreux.

– Vous cherchez un avis d’expert sur un point spécifique de votre article ? Twitter, votre carnet d’adresses en ligne, vous fournit votre profil et votre réponse à vitesse grand « V ». Rien de bien différent par rapport à votre ancien calepin élimé, si ce n’est le temps qu’il vous a fallu pour le constituer. Des années pour la version papier, quelques mois sur Twitter.

Les nouvelles technologies représentent un gain de temps, d’énergie, de stress considérables. Temps et énergie que l’on peut  désormais consacrer au fond : vérifier les informations, les confronter, les comparer, les classer… pour les rendre intelligibles et donner du sens aux lecteurs.

 

———————-

Les journalistes des « vieux médias » ont peur et ils ont des raisons de trembler, compte tenu de la crise et des évolutions structurelles du lectorat. Leurs réactions ne relèvent pas que du corporatisme, de la défense d’avantages acquis et d’une inertie molle face au changement.

La profession s’inquiète surtout des conséquences des évolutions techniques sur la qualité de son métier, avant même son souci de confort. De ce point de vue, bonne nouvelle : les technologies sont de réels vecteurs d’efficacité et de qualité. A condition que l’organisation des entreprises de presse soit adaptée, qu’elle n’exige pas trop de ses rédacteurs, trop vite, sans les consulter et sans tenir compte des contraintes préexistantes. Parfois, c‘est surtout la direction qu’il faudrait former.

Cyrille Frank

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Crédits photo en CC via Flickr.com : leightonoc, picnikk et jordyb

19 comments

  • loran

    bonjour,
    je ne suis pas journaliste.
    Je ne suis pas (tres) vieux.

    Et pourtant votre prose me hérisse. Votre fond est puant.

    (re?) Lisez le livre de Max Weber « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme » et vous verrez que ce que vous croyez avoir inventé, est d’une platitude sans nom.

    Vous démonstration n’est rien d’autre qu’une vague venue de la pensée américaniste. Vous voulez etre vraiment moderne? Demandez vous ce que dirait un chinois, je ne suis pas sur que cela va flatter votre habitus, et pourtant les ressorts économiques de dans 5 ans sont la, plus dans la pensée puritaniste éculée que vous defendez…. Vous n’êtes pas loin de ramer contre l’histoire….

    Ceci dit, rien n’est perdu, n’ayez pas peur et bougez vous!

    • Bonsoir loran,

      Je ne comprends pas votre propos ni le fond de votre critique. Je vois en revanche quelqu’un d’assez discourtois, méprisant (vous croyez être le seul à lire Weber ?) et excessif. Et comme bien vous le savez, tout ce qui est excessif est insignifiant…

      Reformulez poliment vos critiques je vous prie, je suis toutes ouies.

      • Loran

        « Une perte de qualité de vie chez les planqués ? Très probablement !
        La presse ne peut plus se permettre de payer des gens à glander. Tôt ou tard les quelques passagers clandestins qui subsistent seront débusqués car les titres sont contraints à la chasse aux coûts »

        « Il est toujours difficile de changer ses habitudes, de désapprendre ce que l’on croyait acquis. La résistance au changement est naturelle chez l’homme et c’est toujours un effort de changer, de s’adapter…. »

        Qui est méprisant?

        Vous me trouvez méprisant, je le suis, c’est vrai, mais moins que vous, vous l’êtes sur le fond.
        Votre discours, je l’ai entendu il y a 10 ans, alors que je venais d’être embauché, tenu par des experts en-moi-je-connais-la-vie (titre de la formation: me me me workshop), lors d’un plan social dans une grosse société américaine.

        Votre approche c’est que les loosers méritent ce qui leur arrive. C’est l’idée que vous véhiculez. Sans avoir aucune idée de ce que ces gens que vous méprisez ont subi ou vécu, et surtout en vous foutant des effets que cela peut avoir sur les gens les plus faibles, parce que justement ils sont en échec.
        Cette idée, chacun est responsable de ce qui lui arrive, n’est pas neuve, l’origine en est connue (cf weber), elle est biblique. Ce qui sous tends votre discours c’est le corollaire de cette approche: le fantasme de la liberté individuelle façon american dream des années 50.

        Et bien j’ai une mauvaise nouvelle pour vous (et peut-être pour moi aussi), les valeurs professionnelles, dominantes vont changer avec les changements économiques en cours. Si vous voulez savoir ce que des jeunes méprisants viendront vous enseigner quand vous serez usé, regardez quelles sont les valeurs véhiculées en Chine.

        • Loran,

          « Ils ont des yeux, mais ils ne voient pas »…
          Vous regardez et comprenez les choses sous un angle bien particulier. Soit que vous lisez en diagonale, soit que votre émotivité modifie la perception du message.

          Mon papier à 95% est consacré à défendre les journalistes, à expliquer leurs réticences, leurs freins. Le tout petit paragraphe que vous citez est de plus assez mesuré puisque je dis bien qu’il s’agit d’exceptions « les quelques passagers clandestins ».

          Le second paragraphe vaut pour moi, car il ne vous a pas échappé que j’appartiens aussi à l’espèce humaine. Non, il n’y a absolument rien de méprisant la dedans, au contraire. Il s’agit de dire que la résistance au changement est quelque chose de normal, c’est naturel. Et lutter contre n’est pas une évidence. Aucun mépris, aucune condescendance, juste une explication que je prends à mon compte.

          Mon propos n’est absolument pas de taper sur les « loosers » comme vous dites, mais d’essayer de comprendre les réticences des journalistes papiers vis à vis des nouvelles technos. Et mon constat est de dire que leur première motivation est de défendre la qualité de leur travail. Ou est le mépris ? Relisez-moi avec un oeil neuf et vous verrez que vous vous êtes fourvoyé (en cassation)

          Par ailleurs, allez faire un tour sur mes autres papiers et vous verrez que vous vous êtes « trompé d’ennemi ». Je passe mon temps à dénoncer l’élitisme et la culpabilisation « méritocratique » comme ici :
          http://www.mediaculture.fr/2010/09/04/nouveaux-medias-une-nouvelle-classe-dominante/

          Je comprends mieux votre rapprochement avec Weber, mais mon propos est à l’exacte opposée.

          Cordialement

          Cyrille

  • chrys

    GOOD CYRILLE ! C’est toujours aussi dynamisant et intéressant de te lire !

    Oui c’est toujours un effort de changer ses habitudes et de s’adapter aux nouvelles technologies : autant devenir un VRAI « couteau suisse » et donc RECLAMER d’être formé CORRECTEMENT aux techniques Web (recherche + diffusion d’infos & écriture) et de l’image (photo & vidéo) que se mettre debout sur les freins ! On n’a pas vu que ceux qui refusaient Internet et s’accrochaient à leur minitel en 93/95 ont eu raison… ;o)

    • Merci Chrystele 🙂

      C’est toujours aussi roboratif tes encouragements et critiques constructives 🙂

      Tu as raison c’est un point clé que j’ai omis dans ce papier : parler de la formation. Je pense consacrer un billet entier sur les conditions du succès, les erreurs à éviter dans une stratégie bi ou cross-média, dont la formation des équipes. Du haut de mon petit poste d’observatoire, j’ai vu pas mal de choses…

      A très bientôt !
      Bises

      Cyrille

  • martin

    Hé Hé
    Encore un beau papier Mr pois chiche…

    La vie ( des journalistes ) n’est pas dure,
    elle est juste impitoyable.

    Je vais de ce pas lire l’article sur la photo numérique qui me concerne plus directement….

    A bientôt Cyrille.

  • Vincnet_B

    De le jargon d’expert que mon banquier m’oblige à tenir parfois, on appelle ça la gestion industrielle des connaissances. Derrière de la roue de l’efficience appelée aussi cercle vertueux, je constate à chaque fois une détérioration des relations humaines dans l’entreprise, une déshumanisation des espaces de travail, un détricotage du collectif par mise en compétition interne des collaborateurs.
    Certes ce n’est pas directement la faute de l’outil mais plutôt la logique gestionnaire qui accompagne leur implantation.
    Bref je comprends ces réticences et précise toujours qu’elles doivent être prises en compte pour une implantation sur mesure (et non « clé sur porte »), mais malheureusement ces facteurs humains ne sont jamais pris en considération dans les cahiers des charges.

    PS: Lire Bartelby de Melville et son « je préfèrerais ne pas » comme petit précis d’inservitude volontaire 🙂

  • Alain

    Le passage sur la disparition des SR/correcteurs montre ta totale absence d’expérience en matière de presse. Je n’ai jamais été correcteur ni SR mais j’en ai côtoyé un bon paquet dans mes (bientôt) 20 ans d’expérience en journalisme. Et je peux t’assurer que ces gens sont indispensables à toute publication qui se veut un tant soit peu professionnelle. Il suffit de constater les sombres m…s pondues (d’un point de vue orthographique/grammatical/lexical) sur les sites en ligne pour se rendre compte qu’on perd énormément avec ce type de fausse/mauvaise économie.

    Ton article, le premier, mériterait le passage d’un correcteur pour corriger les fautes qu’on y trouve encore et qui tirent comme souvent vers le bas sa qualité perçue…

    • Bonjour Alain,

      Cela n’est pas vrai, j’ai pratiqué presque deux ans de journalisme papier, en presse spécialisée , un magazine qui s’appelait .Net Pro, comme pourrait te le confirmer un des commentateur de ce billet. Attention aux a-priori pas très journalistiques 😉

      Il vous bien me relire je crois : je concède bien volontiers qu’il y aura une perte de qualité (et les fautes de mon premier papier en témoignent, apparemment – je suis curieux de savoir où sont les fautes qui subsistent, j’ai publié un peu vite c’est vrai hier matin)

      Mais je vois aussi à quel point certains journaux sont en difficulté et je crains que les SR sinon ne disparaissent complètement, en tout cas se fassent plus rares. Les fautes que j’ai commises sont liées en grande partie à mon inattention, j’aurais sans doute pu mieux faire.

      Ceci dit, je ne vaudrai jamais un bon SR expérimenté avec l’oeil aguerri de plusieurs années de traque… C’est sûr. L’idée est de parer au plus urgent et de limiter la casse. On en est là, il faut ouvrir un peu les yeux…

      Les journalistes se reposent trop souvent sur les SR pour nettoyer leur copie. Par ailleurs, c’est aussi le flux de la copie et les rythmes effrénés qui sont cause des erreurs les plus fréquentes. On peut mieux faire à effectif constant, je l’ai éprouvé

      Cordialement

      Cyrille

  • Un article particulièrement passionant et fort bien construit. Il a de plus un petit quelque chose de remotivant qui n’est pas à dénigrer… Bon allez, aujourd’hui c’est décidé: je me bouge!

    • Merci Sandra !

      Comme vous l’aurez noté, mon message s’adresse aussi et surtout aux dirigeants de presse. Ce sont bien souvent eux, les principaux freins 🙂

      Amicalement

      Cyrille

  • Loïc

    Très très bon article. Ca fait plaisir de voir que je ne suis pas seul à avoir cette pensée sur le sujet.

    En tant que formateur à la WAN-IFRA, vous n’êtes pas sans savoir que des projets de salle de rédaction du futur sont en cours de création (principalement à St-Ettienne je crois?), et je pense que ces centres ont leur rôle à jouer pour amener ce changement dans les mentalités. Et j’ai envie de dire, tant pis pour ceux qui ne suivrons pas, ils auraient meilleur temps de demander une retraite anticipée pour « moisir » dans leurs certitudes has-been.

    Cordialement,

    Loïc, ingénieur des médias
    Suisse

    • Merci Loïc,

      Pour être honnête, je ne suis pas au courant de ce projet à Saint-Etienne (logique cependant, le siège de la WAN-IFRA est à Lyon)

      Bien entendu je connais ces salles de rédaction intégrées, ces « newsrooms » dont le plus fameux exemple est le Daily Télegraph.

      Pour le coup mon approche est vraiment au cas par cas. il faut vraiment se défier des solutions « clés en main ». Dans certains cas le remède peu tuer le patient, s’il ne tient pas compte des freins en amont :

      – Problèmes d’infrastructure de production
      – Culture papier et résistance forte au changement
      – Absence de moyens
      – Faible impulsion de la direction
      – Objectifs et délais flous…

      En gros aucune techno ne remplace la vision, la stratégie. Et c’est souvent ce qui manque au sein des groupes de presse. mais pas toujours fort heureusement (cf le dynamique Télégramme)

      Comme vous dites, ceux qui feront l’autruche en revanche sont condamnés. Le tsunami, même atténué par les aides publiques arrive…

      Cordialement

      Cyrille

  • Le papier fait il appel à la partie automatique reptilienne du cerveau
    assez reposante et le web à la partie analytique plus fatiguante ?

    • Je sens quelque sarcasme ici… 😉

      Bien entendu non. Le support n’y est pour rien. Les deux peuvent divertir ou être profonds. Je n’instruis pas une guerre contre le papier mais, dans l’intérêt du journalisme, je milite pour que les supports de presse et donc notamment les journalistes s’adaptent aux nouveaux usages. Lesquels se déplacent manifestement vers le web et l’Internet en général (applis mobiles etc.)

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