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Les illusions de l’innovation inutile

Crédit photo sous Creative Commons : x-ray delta one via Flickr.com

Crédit photo sous Creative Commons : x-ray delta one via Flickr.com

Lunettes en réalité augmentée, impression 3D, internet des objets… les pontes de la Silicon Valley et les vendeurs de pelles ne jurent que par ces innovations incroyables qui vont changer nos vies, ils en sont sûrs. C’est oublier un peu vite les freins socio-culturels.

Chaque jour apporte son lot d’inventions et d’innovations technologiques relayées par une presse technologique enthousiaste et une multitude de “geeks” plus ou moins béats d’admiration. Les nouveautés de la Silicon Valley, qui abrite le noyau de start-up le plus dynamique au monde, est relayé par une multitude de sites et blogs américains qui promeuvent cette idée de “révolution technologique permanente”.

Pourtant, régulièrement depuis 15 ans, la Silicon Valley se plante. Lorsqu’elle porte au pinacle en 2003 un réseau social en 3D, le fameux “Second Life”. Une plateforme totalement moribonde aujourd’hui pour n’avoir conquis, dès l’origine, qu’une poignée d’ultra-branchés. La Silicon Valley se rate lorsqu’elle vante la naissance d’un nouveau modèle commercial “disruptif”, l’achat groupé, avec “Groupon”, aujourd’hui confronté aux pires difficultés économiques.

Elle a tort encore, quand elle annonce une nouvelle ère de diversité culturelle grâce à la “longue traîne”, théorie développée par Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine Wired. Hypothèse (hélas invalidée), selon laquelle le numérique permettant une diversification infinie de l’offre (pas de problème de stockage, ni distribution), il favorise la diversité de la consommation culturelle.

CE N’EST PAS PARCE QU’UNE CHOSE EST POSSIBLE, QU’ON VA LA FAIRE !

Chris Anderson a prophétisé le succès foisonnant des artistes méconnus grâce au fait qu’il leur était désormais beaucoup plus facile d’intégrer le marché (coût d’enregistrement, de fabrication ou de distribution beaucoup plus faibles). Sauf que, côté consommateurs, devant le foisonnement de l’offre, la recommandation, orchestrée par les producteurs-distributeurs-médias, restait primordiale. Résultat : aujourd’hui comme avant, les mêmes blockbusters tiennent le haut du pavé des ventes de biens culturels (livre, musique etc.)

De manière générale, les usages progressent moins vite que les innovations technologiques. Ce n’est parce qu’une chose est possible, qu’on va effectivement le faire. Combien de temps ce nouveau service me prend-il pour quel bénéfice réel ? Au détriment de quelle activité, ce surcroît de temps se fera-t-il ? Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Je peux aujourd’hui, en jouant sur toutes les promotions possibles des marques en magasin, réaliser des économies substantielles (voire manger à l’oeil, moyennant quelques carences et prise de poids morbide). Mais il faudrait que j’y consacre un temps et une énergie prodigieuse. Concrètement, personne ne le fait, sinon les névrosés profonds (copyright Emmanuel Torregano).

QUAND LES INVENTIONS ECHAPPENT A LEURS CREATEURS

Pléthore d’exemples montrent comment les inventions sont détournées de leur usage initial, témoignant ainsi du décalage complet entre les concepteurs et les pratiques du plus grand nombre.

L’une des premières applications du téléphone, qui a assuré sa notoriété, fut le théâtrophone de 1879. Il s’agissait de transmettre en direct des concerts ou des pièces de théâtre à plusieurs destinataires. Les inventeurs du téléphone étaient loin d’imaginer que leur invention allait surtout permettre aux gens de converser sur des sujets plus ou moins futiles.

Internet a été conçu par des chercheurs et universitaires comme une bibliothèque universelle en ligne. C’est devenu un gigantesque magasin où l’on discute et on se divertit (même si l’on y glane au passage quelques infos pour alimenter les deux besoins pré-cités).

Plus récemment, Twitter lancé en 2007, a été pensé comme un outil de micro-bloguing illustré par la signature de l’époque “what are you doing?” (que faites-vous?). Fort heureusement, les utilisateurs y ont trouvé une fonction bien plus intéressante : la transmission d’informations. Le réseau social est donc devenu un outil pour s’informer et le slogan a muté en “Yours to discover” (A vous la découverte).

Les inventeurs sont souvent comme ces parents navrés de voir leur bambin jouer avec l’emballage du cadeau qui leur a coûté les yeux de la tête.

LES USAGES NE PEUVENT ETRE DICTÉS PAR DES INFORMATICIENS

A quoi ressemblerait l'iPad si on avait laissé faire les geeks - Etude de 2003 ©MacRumors.com

A quoi ressemblerait l’iPad si on avait laissé faire les geeks – Etude de 2003 ©MacRumors.com

Du temps de la domination Intel-Microsoft, le modèle d’ordinateur que s’échinait à vendre ce méphitique binôme, c’était la super-calculette. Il fallait le PC le plus puissant, le Pentium III machin-chose, la DRam bidule, le bus à x mégahertz (tiens les bus étaient déjà électriques, quelle avance). Les taux d’équipement progressaient mollement, à grand renfort de bourrage de crâne publicitaire.

Et puis, en 1996, Steve Jobs est revenu aux affaires et a mis fin au sketch. Il a compris que l’usager normal se moque éperdument de la tambouille interne des machines. Il a décidé d’inventer plutôt un truc beau, que l’on peut mettre dans son salon, que l’on pourra exhiber fièrement et que l’on prendra donc plaisir à acheter.

Ainsi est né l’iMac, le premier PC qui pouvait s’accorder à la couleur de vos rideaux. Et qui a eu le succès planétaire que l’on sait. Par la suite, Jobs enfoncera le clou en peaufinant le design des iPod et iPhones, jusqu’à rendre marteau ses ingénieurs. Mais démocratisant par ce biais l’informatique et les objets technologiques, comme personne avant lui. Steve Jobs n’était pas un geek, c’était un virtuose du marketing et un fan de design.

L’ingénieur, le technicien, ne peuvent inventer des produits qui marchent*, parce qu’ils ne sont précisément pas comme tout le monde. C’est comme demander à un juriste d’écrire un article dans un journal grand public. Il ne pourra pas, sauf exception, penser comme vous et moi. Et comprendre par exemple qu’il vaut mieux écrire “faire appel” qu’”interjecter appel”, sinon docteur Ross, on perd le patient. Pardon, le lecteur.

*A contrario, sans ingénieur, ni technicien pas de produit qui fonctionne. Sans Steve Wozniak, pas de Mc Intosh, pas d’Apple… Pas de mépris vis à vis des chercheurs et geeks, au contraire !

NON, MADAME MICHU N’INSTALLERA PAS D’APPLI DE SCAN SUR SON MOBILE

L’informatique n’a aucun intérêt en soi, on ne veut pas savoir comment ça fonctionne, on veut juste que ça fonctionne. Les technologies, on s’en tamponne méchamment le coquillard, ça pourrait bien fonctionner à la vapeur d’eau ou à l’incantation magique… Tant que ça envoie des e-mails à la famille, ça publie des photos des vacances à Djerba et ça fait tourner des vidéos marrantes, ça nous va.

Les ordinateurs, le mobile, c’est sympa. Mais il ne faut pas que ça nous prenne trop de temps. Faut aussi qu’on puisse regarder la télé, sortir, jardiner, bricoler… En gros, vivre, tout bêtement. Et que ça soit pas trop compliqué, hein ! Les technos, c’est comme les blagues, s’il faut un manuel d’explications, c’est mort. Les fonctionnalités avancées, la personnalisation de l’outil, les sous-menus trop “cool” qui permettent de transformer son appareil en fil à couper la roue… En fait, ça n’intéresse qu’une poignée de geeks et de professionnels qui en vivent (les vendeurs de pelle).

C’est pour cela que Google a mis fin à son lecteur RSS, c’est la raison pour laquelle Twitter ne décolle pas dans les usages réels. C’est ce qui explique que les QR codes sont très peu utilisés par monsieur et madame “tout le monde” (moins 15% des utilisateurs équipés de mobiles dotés d’une application dédiée, soit une pénétration ridicule sur l’ensemble de la population).

Non, madame Michu ne va pas rechercher une appli de scan, l’installer sur son mobile, scanner une affiche en pleine rue pour lancer une video fun sur le site, ou détaillant les fonctionnalités incroyables du produit. Madame Michu, elle s’en cogne proverbialement de cette pub et du produit. Elle a d’autres soucis en tête, à commencer par la météo.

Il a fallu attendre qu’Apple invente la molette pour que les baladeurs électroniques multimédia se vendent vraiment (iPod). Il a fallu l’invention du touchpad qui mettait fin aux navigations laborieuses par menus et sous-menus, pour que les ventes de smartphones décollent (iPhone). Il faudra inventer un système automatique et indolore si l’on veut généraliser du push d’information contextuelle.

©Hugh Fearnley Whittingstall - "101 unuseless japanese inventions"

©Hugh Fearnley Whittingstall – “101 useless japanese inventions”

LA TECHNO EST LIMITEE PAR LE CULTUREL

Il ne faut pas négliger l’importance des freins socio-culturels au développement des usages. En France, on ne demande pas une réduction Foursquare au restaurant, c’est aussi gênant que de demander un doggy bag à la fin du repas. Ici on retrouve la fameuse distinction entre pays protestants et catholiques, si bien décrite par Max Weber dans “l’éthique protestante ou l’esprit du capitalisme”.

On ne se balade pas avec des lunettes immondes qui nous font repérer et nous singulariser de la pire manière. Le besoin “d’exister” à ce prix est un truc de névrosé ou de nerd. Comment ça, c’est pareil ? (Halte au feu, je plaisante. Quoi que). On ne sort pas son appareil photo en pleine rue pour scanner un bâtiment en réalité augmentée. C’est trop bizarre, c’est un effort incongru, hors des habitudes normales.

Il ne faut pas demander aux gens de faire un effort pour s’adapter au matériel, mais bien plutôt le contraire ! Les lunettes interactives (Google glass par exemple) demandent une certaine pratique, cela donne des maux de tête, voire des nausées au début. Cela ne marchera donc pas plus que la télé 3D. Du moins tant qu’on n’aura pas inventé l’astuce ergonomique qui permet de s’en servir sans y penser et sans désagrément. Ou peut-être justement, contrôlées par la pensée ? Nous n’y sommes pas encore…

L’internet des choses, dernier mot-valise en vogue, permettra à tous paraît-il de porter des appareils connectés, les “wearable devices”, comme on dit quand on est à la page (in, bath, swag, câblé ?). Mais pour faire quoi ? Savoir combien de pas on a réalisés dans la journée, de calories on a brûlées, de périodes de sommeil profond on a eu dans la nuit ? Cela intéresse une minorité de gens, car le service reste faible : cela rend-il vraiment ma vie plus facile, plus riche, amusante et intéressante ? La réponse est non, c’est un gadget qui plaît donc à un public limité comme les ventes et les usages déclinants en attestent.

Les exemples d’innovations géniales, encensées par les magazines techno et qui échouent ou peinent à s’imposer, sont légion. Du portefeuille électronique, à la Kinect en passant par le livre électronique (3% du chiffre d’affaire des éditeurs en 2012 !)…

Il ne s’agit pas d’adopter la posture rigide du vieux con pour qui “ça ne marchera jamais”. Mais entre l’optimisme technophile béat et le refus du changement, il y a une marge. Elle passe par l’étude des usages réels du plus grand nombre, et pas celle des geeks.

 

Cyrille Frank

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PS : grand merci à Emmanuel Torregano de l’excellent Electron Libre qui a grandement inspiré ce billet.

 

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21 réponses

  1. Julien

    Je trouve cet article trop partisan et trompeur : il est bon d’echouer et d’apprendre de ses erreurs. Si 2nd Life n’est pas le succès attendu, c’est tout de même une société qui a le mérite “d’ouvrir la voie” et malheureusement elle n’est pas européenne !

    • Bonjour Julien,

      Partisan ? Si vous voulez dire que j’ai des opinions tranchées, j’assume :) Mais pourquoi trompeur ? 2d Life n’est pas une erreur, c’est un délire d’informaticien utopiste déconnecté de la réalité. Je suis un grand défenseur de la recherche fondamentale inutile (à court terme), ça ne me gêne en aucune façon. Sauf quand ça mène à des échecs boursiers coûteux, comme c’est le cas avec Groupon ou ce le sera sans doute avec Oculus Rift (tiens les actionnaires de Facebok – largement survalorisé – ont commencé à exercer leurs actions…) – Ceci dit, nous avons un problème de recherche fondamentale en France, mais c’est plus lié à un pb d’investissement qu’à notre audace ou nos compétences (sous-investissement en % du PIB).

  2. lôtre

    On te sent un peu énervé dans cet article, sans doute contre la tendance consumériste qui règne sur le net, ce formidable outil publicitaire des entreprises qui l’ont vendu comme un espace de liberté au peuple . L’ennui c’est que le peuple y croit.
    C’est vrai, Certaines innovations, “vitales” pour des geek, peuvent paraître inutiles pour les gens normaux et “vitales” mais n’est-ce pas tout simplement une escroquerie intellectuelles habilement menée par des marketeurs audacieux. prenons par exemple l’imprimante 3D. Son application dans l’industrie de construction, les prothèses ou la mécanique de précision, permettra je l’espère de faire des progrès importants en productivité baissera le cout de la main d’oeuvre (c’est à la société et aux entreprises de gérer les conséquences de la disparition du travail c

    • Salut à toi camarade !

      Enervé, non… Amusé cette poudre aux yeux “mediadico-marketing” et un peu déçu aussi par ce grand détournement commercial comme tu l’as senti. L’imprimante 3D ok, mais pas pour monsieur tout le monde, ce n’est pas la mort de l’industrie et de la distribution prophétisée quelquefois. C’est sans doute un nouveau procédé industriel et médical prometteur, mais réservé aux pros. Idem de l’Internet des objets, celui-ci de, fait, existe déjà de longue date, mais de façon transparente. Oui pour la domotique automatisée, non pour les smart-watch, capteurs et autre big-data dont le consommateur moyen se carre :)

      C’est plus un papier de contre-pied pour aller un peu contre la tendance à voir des révolutions partout et pour tout le monde (comme dirait Apple “it’s a revolution”)

      Merci pour ton commentaire, à bientôt !

  3. lôtre

    Oups j’ai appuyé sur enter ! je continue mon commentaire ci après désolé, l’erreur est humaine, je suis pas un robot :)
    (c’est à la société et aux entreprises de gérer les conséquences de la disparition du travail sinon ce progrès pourrait devenir une catastrophe sociale )
    Mais quand les médias présentent les imprimantes 3D comme la panacée en affirmant que chaque foyer sera équipé dans un avenir plus ou moins proche d’un de ces bijoux de la technologie salvatrice et présentent des modèles hors de prix(de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros) tout juste capable de concevoir des babioles en plastiques unicolores et inutiles ça pour moi c’est de l’escroquerie presque comparable à la radioactivité dont on ventait les mérites et les vertus curatives au début du siècle dernier au moment de la découverte de Pierre et Marie Curie et avant qu’on n’en découvre les dangers. Pourtant les innovations découlant de la radioactivité ont véritablement changé le cours de l’histoire et ce n’est probablement pas fini. En bien ou en mal il y a et il y aura débat :)

    • Hahaha,

      avec la fin du commentaire, on constate qu’on est 100% d’accord !

      Très bon exemple de la radioactivité :)

      A très bientôt

    • Boubacar

      Oulala !

      Attention, les imprimantes 3D actuelles sont une source d’innovation, d’innombrables commerces se basent la dessus.
      Ce n’est pas que des trucs moches en plastiques !

      Penser que tout le monde en acheterais était un peu capilotracté mais au final, c’est très répandu dans les universités, les hackers space… et très utile.

      La techno est faite par des passionnés, des idéalistes, alors évidemment, ils sont parfois un peu déconnectés, mais mieux vaut une prolifération d’innovations stériles que l’absence d’innovation.

      Je retiens de l’article que l’innovation s’inscrit avant tout dans une époque et dans une culture.

      Merci, bonne journée.

  4. Eric

    Effectivement, les discours “pro innovation” et web-enthousiastes sont toujours tenus par ceux qui ont intérêt à cela: les patrons d’entreprises, grosses ou petites, qui cherchent à vendre leur nouvelle technologie.

    Mais, d’un point de vue du bien-être global, il n’est pas certain que toutes ces technologies aient fait progresser l’humanité. Le web crée beaucoup de perte de temps et de divertissement…

    Et même sur le plan de la rentabilité, une nouvelle technologie peut laisser perplexe. Exemple: Warren Buffett disait dans sa dernière lettre aux actionnaires qu’investir dans les nouvelles inventions n’est généralement pas une bonne idée. Par exemple, quelqu’un qui aurait misé sur l’automobile au XXème siècle n’aurait pas gagné d’argent (il le démontre chiffre à l’appui). Cette technologie, la plus importante du XXème siècle, n’a pas empêché la faillite d’un grand nombre de sociétés, la destruction de centaines de marques automobiles. Et quelqu’un qui se serait dit que la voiture allait définitivement supplanter le cheval comme moyen de transport, n’aurait peut-être pas fait une bonne affaire, alors que le cheval est encore aujourd’hui un placement très recherché, peut-être justement parce qu’il n’innove jamais.

    • Bonjour Eric,

      Oui en effet, s’agissant du bien-être global, on voit apparaître des tas de pathologies liée à l’hyper-connection, la peur de manquer un truc important (FOMO) etc.

      En effet Warren Buffett considère les nouvelles technologies comme trop mouvantes et instables pour être un bon placement, c’est un peu une loterie permanente où les dés sont jetés de nouveau très régulièrement. Je ne connaissais pas l’exemple du cheval versus voiture, en termes d’innovation versus rendement financier, c’est très intéressant…

      Merci pour ce commentaire :)

  5. Shog

    A la lecture de cet article je me suis rendu compte que je n’étais sans doute plus seul à penser ainsi. Merci.

    En revanche un point m’a fait hérissé le poil (soyeux au passage) “! Les technos, c’est comme les blagues, s’il faut un manuel d’explications, c’est mort. ” Je comprend bien le principe de simplification, mais bon sang ce que ça m’énerve de voir tout ces gens qui se croient supérieurement intelligent pour ne pas prendre 5 min afin lire les mode d’emploi avant d’utiliser un nouvel appareil et c’est pourquoi j’ai eu bien souvent recours au célébre acronyme RTFM(Read The Fu*king Manual).

    Certes on n’a pas le temps de tout lire mais ça éviterai bon nombre de question vraiment con parfois. Et le plus drôle c’est quand j’entends ensuite “oui mais toi t’es un ingé c’est pour ça que tu sais…”, euh, non j’ai pris le manuel comme un grand et j’ai lu comme n’importe qui peu le faire.

    votre meuble suédois I*EA, pour le monter vous regardez bien le feuillet avec le bonhomme ridicule non? Alors pourquoi ne pas faire pareil avec votre nouveau lecteur BlueRay? vous pouvez bien attendre 5 minute de plus pour regarder la dernière saison de BigBang Theory/Games of Throne/Desperate housewife(chacun ses gouts)

    Alors simplification du quotidien oui mais il ne faut pas que innovation rime avec assistanat (d’ailleurs ce ne sont même pas les même phonèmes )

    • Bonjour Shog,

      Hahaha, je comprends cet agacement vis à vis de ceux qui ne font pas d’effort… On peut sans doute le regretter, mais hélas, c’est un fait incontournable de nos sociétés.

      Concurrence de l’attention, pression sur la productivité, assistanat institutionnalisé… si c’est trop long, trop complexe, trop rébarbatif… on décroche.

      On accepte de s’emmerder avec Ikea parce qu’on a pas vraiment le choix à ce tarif. C’est un désagrément accepté compte tenu du service rendu : pouvoir s’offrir ce produit ou ne pas se faire saigner. Ceux qui ont de l’argent ne vont pas chez Ikea, ils achètent chez Habitat ou Roche Bobois. En gros les riches s’achètent aussi du temps avec le “clé en main”.

      Pour le fonctionnement des appareils, l’effort demandé n’en vaut le plus souvent pas la chandelle (la programmation d’un pg en 6 étapes ? C’est au moins 4 de trop.) – Trop compliqué, trop chiant, tant pis. J’enregistre pas, je regarderai en “live”. Sauf si je suis ultra-fan et que je ne peux pas le voir en direct.

      Il ne faut pas sous-estimer aussi la trouille des non-geeks vis à vis de cet univers : peur de faire une connerie, peur de “casser”, ce qui marche bien (certes en utilisant 3% des fonctions, mais c’est déjà ça).

      Nous sommes une société qui se rapproche de plus en plus de celle décrite dans l’excellent Wall-E. C’est un peu triste, et il faut en effet continuer d’évangéliser en faveur de l’effort, mais je ne suis pas très optimiste :)

      Merci pour ce commentaire, à bientôt !

  6. samik

    Échouer, recommencer, se fourvoyer, réussir. Je suis content que tout le monde puisse tenter leur chance, beaucoup d’appelé peux d’élué, plus d’appelé donc plus d’élus.

    • Bonjour Samik,

      Oui en effet il faut beaucoup se tromper pour réussir, mais pourquoi ne pas maximiser ses chances en mettant le client au centre ? C’est aussi l’objet de ce papier, comprendre ce que veulent vraiment les gens. Même en ce cas là le succès n’est pas assuré, car il y a plein de facteurs qui peuvent entrer en jeu (prix, distribution, contexte, concurrence…)

      Mais ce papier est aussi là pour dire : arrêtez de nous bourrer le mou avec vos révolutions permanentes ! Il s’adresse aussi aux journalistes high-tech > faites le tri ! Et tâchez de garder un peu la tête froide. A force de crier au loup, on n’y crois plus, comme le raconte si bien la fable. :)

      Merci et à bientôt !

  7. Tumeconnais

    Je viens de découvrir ton blog, et je suis déjà client!
    Pour revenir a ton article, je dirais qu’il faut laisser du temps au temps, prenons la production automobile (http://antivoitures.free.fr/ressources/production-automobile-mondiale-1900-2007.gif je crois que c’est en France, mais ça vaut pour le monde) on voit que la courbe est croissante depuis le début, donc la voiture a mis 100 ans pour se démocratiser mondialement, l’informatique en a mis 30.
    Le problème est que là ou la voiture a vu passer 5 générations (je crois que c’est 20 ans une génération) l’informatique en a vue qu’une seule, ou 2, et l’informatique du début est bien différente de maintenant alors qu’une voiture sa nous amène toujours d’un point A a un point B, même si maintenant elle est bluetooth avec ABS, et elle se gare toute seul.
    Là ou je veux en venir, c’est que les gens on pu avoir le temps de s’habituer a la normalité d’avoir une voiture, passer son permis, souhaitait avoir une évolution par ci par la.
    En France il y a a peu prés 75% de la populations qui a plus de 20 ans (INSEE), je peux dire sans me tromper qu’il doit y avoir au moins 50% de personne au dessus de 30 ans, donc qui sont plus vieille que l’informatique! et la est tout le problème, l’informatique évolue tellement vite que les gens n’ont pas le temps de s’habituer au usage de c’est outils, mais dans 30 ou 40ans, absolument tout le monde ou presque sera née après la naissance de l’informatique, et saura comment utiliser un ordinateur, et donc on pourra leur proposer de nouveaux usage plus cool comme les Glass, il aura une meilleur adhésion.
    Car Mme Michu a découvert internet en 2005, elle sait télécharger Candy Crush sur son téléphone depuis 2010, elle ne peut pas se mettre a discuter avec des Google glass, son frigo et sa TV tout en checkant si elle fait son nombre de pas journalier sur sa montre connecté en 2015.
    les innovations vont trop vite, et c’est sa qui fait que des truc que les geek trouve extra, passe pour des gadget pour Michu.
    il faut donc laisser du temps, que les générations se renouvelle, pour voir des adoptions massive de technologie nouvelle.
    Enfin c’est mon avis, je me suis un peu éparpillé, et peut être que je n’ai pas était assez clair, mais je répond au question :)

    • Bonjour Tumeconnais,

      Merci beaucoup, ravi de vous compter parmi mes lecteurs !

      Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites : nous avons une population vieillissante, qui a découvert l’informatique et les nouvelles technos assez tard. Cela prendra du temps aux innovations “gadgets” d’aujourd’hui pour se développer, peut-être. Mais comme vous dites, cela prendre peut-être une génération (ou deux pour certaines). Et d’ici là les produits tant vantés seront morts depuis longtemps.

      Je ne dis pas que toutes les idées sont stupides, mais beaucoup sont trop éloignés des besoins réels actuels et le service rendu est encore trop faible (infos limitées des smart watch, interfaces pourries des Google glass). Par ailleurs, la Google car, c’est une innovation incroyable, mais combien de temps cela prendra t-il pour faire renoncer le conducteur (surtout mâle) à sa prérogative sexuelle sur la conduite ? Les constructeurs européens ont renoncé aux boîtes automatiques, car les ventes s’écroulaient : le levier de vitesse est un prolongement du phallus pour le conducteur européen (surtout latin of course). Un jour peut-être, ou dans certaines conditions… mais pas avant un lonnnngg moment. Il n’empêche que la techno d’automatisation utilisée par Google servira peut-être à autre chose : en cela elle est loin d’être “inutile”. J’ai usé de ce terme simplificateur par souci d’accroche, je l’avoue volontiers. :)

      A très bientôt et merci de ce super commentaire !

      Cyrille

  8. Boubacar

    J’ai fais quelques recherches sur le sujet, et j’ai trouvé ça : http://en.wikipedia.org/wiki/Diffusion_of_innovations

  9. [...] est paru un excellent article intitulé Les illusions de l’innovation inutile à lire absolument sur le site Mediaculture dans lequel Cyrille Frank, son auteur, fait le [...]

  10. [...] madame Michu n’a ni le temps, ni l’envie, ni la compétence pour effectuer ce tri en amont. En revanche si la machine peut faire ce tri pour elle, sans effort, alors là, c’est très [...]

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