Mooc, elearning, gamification, serious-games… innovations réelles ou mirages ?

Mooc, e-learning, serious-games, gamification... innovations réelles ou mirages ?

Mooc, e-learning, serious-games, gamification… innovations réelles ou mirages ?

Mooc, e-learning, serious-games… le monde de la formation, à l’instar de l’ensemble de la société, est bousculé par le numérique, les réseaux sociaux et l’évolution des pratiques socio-culturelles. Faut-il absolument s’adapter à ces nouveaux outils et nouvelles pratiques ? Voici la question globale à laquelle je tâche de répondre par le détour de ces 7 questions « taboues » :

1- LES MOOC, RÉVOLUTION OU FEU DE PAILLE ?

Les Moocs, Massive Open Online Courses (cours en ligne gratuits et massifs), sont à la mode. Crées dès 2008,  ils se sont développés fortement dans les grandes universités américaines (Harvard, Berkeley, MIT…) et à l’échelle mondiale. Le gouvernement français a même décidé de lancer le 2 octobre 2013 sa propre plateforme nationale baptisée FUN. Il s’agissait surtout de ne pas dépendre des grosses sociétés privées américaines comme edX, Udacity, ou Coursera.

Les Moocs ont aussi la cote chez les médias qui y voient une révolution planétaire de la formation. Le site média Rue89 a même lancé plusieurs Mooc, pour diversifier ses activités et développer une nouvelle source de revenus qu’il espère prometteuse.

Mais l’efficacité des Moocs est contestée : constituent-ils vraiment une solution de formation à part entière, et démocratisent-ils réellement l’information académique ?

ASPECTS POSITIFS

    • Les Moocs constituent un outil indéniable de démocratisation de l’information à l’échelle mondialeCoursera, la plus grande des plateformes en ligne, totalisait en janvier 2014 plus de 22 millions d’inscrits provenant de 190 pays. En juin 2014, edX réunissait pour sa part 2,5 millions d’étudiants provenant de tous les pays. Du côté français, la plateforme FUN attirait plus de 300 000 inscrits, six mois après son lancement. Un excellent démarrage au regard de la population des 2,5 millions d’étudiants français de l’enseignement supérieur.

 

  • Les Moocs sont des solutions de formation a priori assez bien adaptées aux contraintes des salariés : leur format est plutôt court, de 1 à 6 mois, à raison de 3 à 4 heures par semaine, et propose principalement de l’asynchrone, accessible par internet partout (travail, transport, domicile) et à tout moment. Une flexibilité d’usage qui facilite son intégration dans les emplois du temps.
  • Ils offrent des possibilités d’apprentissage social par les échanges entre pairs, en interne et au-delà des frontières de l’entreprise. En interne, ces solutions ont l’intérêt de développer la connexion entre individus de Business Units ou de pays différents. Plusieurs études relèvent l’efficacité d’activités pédagogiques issues de l’apprentissage coopératif. Les recherches montrent ainsi que les apprenants ont tendance à s’engager davantage dans les tâches d’apprentissage lorsqu’ils travaillent en groupe et lorsque cette tâche implique la réalisation d’un but commun, et ce malgré les difficultés rencontrées.
  • Les Moocs offrent une solution de formation économiquement très compétitive : la plupart sont gratuits, même si certains proposent un « certificat de réussite authentifié » pour un montant s’échelonnant de 50 à 400 euros Cela reste très bon maché, comparé aux 1500 euros d’investissement moyen que les entreprises font dans la formation par an et par collaborateur.
  •  Les Moocs se révèlent un excellent outil marketing pour promouvoir l’image de l’institution qui les initie. Les établissements d’enseignement supérieur s’en servent ainsi pour capter des flux de clients potentiels et les éditeurs dans une logique de diversification et de marketing.

LIMITES

  • Tous les sujets ne se prêtent pas aux Moocs, et tous les contenus académiques ne sont pas adaptés aux besoins de l’entreprise. Lorsqu’il s’agit d’aligner les collaborateurs sur une culture groupe, d’accompagner le changement, de s’emparer d’un processus ou d’un vocabulaire spécifique… Les contenus génériques des Moocs ne sont pas adaptés. Les Specific Private Online Course (SPOC) tentent de pallier cette défaillance.
  • Les Mooc peinent à maintenir la motivation d’apprendre sur la durée. En 2012, la plateforme Coursera estimait que, sur le nombre moyen d’inscrits aux Moocs, c’est à dire entre 40 et 60 000 étudiants, seuls 5 % allaient jusqu’au bout des cours. En 2014, la chercheuse Katy Jordan arrivait à la même conclusion : sur un nombre moyen d’inscrits de 43 000 étudiants, seuls 6,5 % suivaient la formation jusqu’à la fin.
  • Toutefois, une autre étude du MIT menée en janvier 2014 auprès des 840 000 étudiants d’un Mooc d’Harvard, montre que si le taux d’abandon est élevé (près de 96 %), près de la moitié d’entre eux en ont suivi au moins la moitié. Cela laisse à penser qu’il y a quand même eu acquisition de connaissances chez la très grande majorité, acquisition qui ne se serait pas faite sans cet accès numérique.
  • Tous les salariés ne savent pas apprendre en ligne d’une manière autonome (lire « l’apprenant rêvé des Moocs »). Il faut aujourd’hui une bonne dose de motivation et d’organisation pour pouvoir suivre un xMooc tout en continuant son activité professionnelle. La démocratisation des Moocs et l’appel au plus grand nombre ont estompé la notion de pré-requis en termes de compétences et d’accompagnement, qui sont pourtant des éléments clés dans la réussite d’un programme. C’est certainement en structurant plus finement leurs cours par niveau et par métier que les Moocs pourront continuer à se développer.

EN SOMME…

  • Les Mooc ont l’immense mérite d’encourager la culture de l’auto-formation chez les collaborateurs. Cette compétence fait d’ailleurs partie du socle de compétence défini dans la réforme de la formation professionnelle. Elle est désormais clé dans notre environnement numérique pour maintenir à jour ses compétences, les développer, et contribuer à l’amélioration continue de l’entreprise.
  • Les RH, doivent aussi accepter que les collaborateurs les plus autonomes se forment via les Moocs qui leur semblent les plus adaptés. Cela signifie aussi les outiller (a minima un accès à internet) et leur accorder les 3 heures de travail personnel requis en moyenne par les Moocs sur leur temps de travail.
  • Les Moocs ne sont pas la panacée ! Ils doivent être considérés comme des modules d’acquisition de connaissances et intégrés dans des dispositifs de formation plus globaux. Ils seront alors articulés avec d’autres modalités pédagogiques (en salle et/ou à distance, synchrones et/ou asynchrones), qui auront pour objectif de travailler sur l’adaptation au contexte spécifique de l’entreprise.
  • Leur efficacité pédagogique réside aussi dans la qualité de l’ingénierie de formation. Celle-ci permet de faire vivre une expérience collective, cognitive mais aussi sensorielle et émotionnelle assez nouvelle par rapport à ce qui était proposé jusqu’alors.

A lire dans le livre blanc ci-dessous les réponses aux 6 autres tabous :

2- Gamification : peut-on vraiment apprendre sans effort ?
3- Visio-formation, e-learning, mobile-learning… la formation en présentiel est-elle dépassée ?
4- Apprenant autonome : le formateur sert-il encore à quelque chose ?
5- Les nouveaux outils peuvent-ils vraiment mesurer le ROI des formations ?
6- Faut-il nécessairement innover en matière de formation ?
7- Formation en ligne : comment maintenir la motivation à l’heure du zapping permanent ?

PS : Ce livre blanc est une synthèse réalisée pour CEGOS,  à partir notamment de l’interview de huit de leurs experts.

Cyrille Frank 

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Crédit photo en CC : Véronique Debord-Lazaro via Flickr.com

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