Les curators peuvent-ils nous soigner de la contamination marketing ?

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Curation ou contamination maketing ? Crédits photo en CC via Flickr.com : ©philoufr

La “curation”, nouveau terme en vogue, rejoint le panthéon des “buzz-words” aux côtés du “personal-branding”, de l’”e-reputation” et autre “data-journalism”. Le fond n’est pas vide, mais l’engouement pour ces concepts traduit l’emprise du marketing de plus en plus fort sur les métiers de l’information.

LA CURATION, NOUVEL ARTICLE DES VENDEURS DE PELLES

Depuis quelques mois, s’est donc imposé chez les élites technophiles le terme de “curation”. Néologisme qui désigne (si j’ai bien compris) l’ensemble des techniques et compétences permettant de “soigner l’information” et lutter notamment contre la fameuse “infobésité”. Sélection, vérification, hiérarchisation, organisation, mise en forme, enrichissement des informations pour redonner du sens à ce bombardement informe de données.

Le terme désigne à la base chez nos amis anglo-saxons, les conservateurs de musées ou d’exposition, voire les assistants archéologues chargés de classer, trier et organiser les pièces historiques découvertes. Là encore de donner forme à l’informe, ou sens à l’absurde.

Mais la base latine “cura” (soin, souci) n’est pas neutre, puisqu’elle sous-entend que l’information initiale est malade et nécessite de nouveaux médecins-sauveurs. Subtilement, la curation instille donc une nécessité forte dans l’expertise qu’elle promeut. Les curators nous soignent alors que les médiateurs se contentent de passer les plats. La prise de pouvoir symbolique n’est pas faible.

Le précurseur du terme de curator est Steve Rubel, qui est semble-t-il le premier à en parler selon l’archéologue du web Eric Mainville. Puis Robert Scoble, bloggeur-vedette américain, lui emboîte le pas dès septembre 2009, citant la curation comme “a new billion dollar opportunity”. La promesse est alléchante et son promoteur jouit d’une belle réputation. Bientôt se bousculent les vendeurs de pelle du nouvel eldorado : instruments de curation de type Scoop-it, Pearltrees, Curated.by… (PS : merci à Sylvain Pausz de l’agence Angie pour avoir partagé avoir moi les résultats de son enquête)

Sans parler des innombrables experts-consultants marketing ajoutant une complexité toujours plus grande au concept, pour mieux faire valoir leur utilité et vendre leurs services.

En France la curation fait son chemin grâce à la sanctification d’influents et experts des médias, reconnus pour leur capacité à innover ou à déceler l’innovation : Benoît Raphaël, Eric Scherer, Pierre Chappaz… qui font monter la mayonnaise via des débats-conférences à l’instigation de vendeurs de pelle politiques.

RENVERSEMENT SYMBOLIQUE DU POUVOIR

Sur le fond, la curation synthétise une bonne part des missions du journaliste et médiateur traditionnel : donner du sens en sélectionnant, digérant, valorisant l’information. Les outils, les rythmes, les échelles, les acteurs (le grand public s’y ajoute) ont changé, mais le principe reste le même.

Il est toujours un peu agaçant de voir des « petits nouveaux » prétendre révolutionner des pratiques appliquées depuis longtemps.

Mais cela fait partie du rituel normal de renouvellement professionnel des générations, du renversement symbolique du pouvoir. Le jeune loup affronte le vieux mâle dominant de la meute, le nouveau chef change la disposition des bureaux, le pdg fraîchement nommé modifie le logo de la marque…

Renommer, relooker, c’est se réapproprier, c’est prendre le pouvoir, même si le changement est superficiel. Les anciens dépossédés de leur savoir-faire par une nouvelle caste recyclant leurs pratiques sous un autre emballage, ne sauraient le vivre sans un poil de frustration.

grex anciens...

grex anciens…

UN GRÉGARISME INÉLUCTABLE

La curation énerve également car elle symbolise les excès de la forme sur le fond. Non que le terme soit vide de sens et d’intérêt. Mais l’exagération de l’engouement et les mécanismes d’emballement grégaires à son sujet, la rendent insupportable.

La profusion et la vitesse de diffusion des articles sur le sujet, comme dans le cas notable de Quora, témoignent de l’incursion croissante des gens de marketing dans le domaine de l’information.

Il s’agit de récupérer un maximum du butin de notoriété et d’image en s’insérant aussi vite que possible dans le sillage de la comète. Publier vite un truc intelligent sur la curation ou sur Quora, pour profiter du buzz à son plus haut.

Et puis, comment ne pas parler des dernières tendances si l’on veut être un peu crédible en tant qu’expert de l’innovation ? Il y a une course forcée à laquelle on ne peut se soustraire. Au pire l’innovation se révélera un pétard mouillé, mais qui s’en souviendra ? Déjà une autre révolution aura remplacé la première. Tout comme Sarkozy qui peut se permettre de raconter des sornettes en direct car il sait que le lendemain, le flot de l’actualité aura déplacé l’attention du public sur d’autres sujets.

Il est ainsi amusant de voir de manière tautologique quantité de blogs s’exprimer sur la curation, en augmentant au contraire par là-même la redondance, “l’infobésité” qu’il sont censés précisément combattre.

diffusion marketing

diffusion marketing

SYMPTÔME DE LA DISSÉMINATION MARKETING

Au delà des effets de mode anecdotiques accélérés par les médias immédiats (Twitter, Facebook), l’usage des buzz-words : personal branding, data-journalisme, serious-game, e-reputation traduit un mouvement plus profond dans l’univers des médias.

C’est la fusion du marketing et de l’information des deux côtés. Les producteurs opérationnels de l’information utilisent désormais les techniques marketing pour diffuser au maximum. Les professionnels du marketing utilisent par ailleurs les techniques du récit, du contenu informatif pour vendre. D’où le fameux « story-telling ».

D’abord parce que les outils Internet le permettent : les statistiques Google, le retour utilisateur via les commentaires ou les votes, l’analyse de l’information en temps réel sur Twitter… Les producteurs d’information ont désormais les clés de compréhension de leurs lecteurs autrefois réservés au service marketing ou à l’éditeur du journal (au sens traditionnel du terme).

Côté marketing, la maturité des consommateurs ringardise la communication « réclame » et nécessite une nouvelle approche plus informative et moins communicationnelle.

Ensuite parce que l’accroissement de la concurrence économique doublée de la pénurie de l’attention accentue la mise en oeuvre de tout se qui permet de se distinguer, d’émerger.

Il s’ensuit une recherche d’efficacité toujours plus grande dans la diffusion des articles : écriture web, optimisation de l’emballage, simplification du message pour le rendre plus digeste, utilisation d’images fortes plus vendeuses, story-telling

D’ailleurs cet article n’échappe pas à la règle. Le choix de mon titre appuie et annule tout à la fois de manière tautologique ma démonstration. La juxtaposition des mots “curators” et “contamination” induit une critique forte, sujette à polémique, instrument parmi les plus efficaces de la diffusion virale. Une exagération volontaire, technique marketing maintes fois éprouvée, que je met en oeuvre donc, tout en prétendant – apparemment – la critiquer.

Apparemment, car mon objet n’est pas tant la critique que le décryptage du phénomène pour éventuellement en déceler les dérives potentielles

Car au fond, remettre en avant les bonnes pratiques du traitement de l’information sous le terme de « curation » ou sous un autre, redonner ses lettres de noblesse à la mise en forme attractive et interactive de l’information sous le nom de « data-journalisme »… je ne saurais que m’en féliciter. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

MARKETING ET JOURNALISME, UNE QUESTION D’ÉQUILIBRE

Cependant, « un grand pouvoir appelle de grandes responsabilités », comme le rappelle le philosophe super-héros spiderman. La maîtrise des outils marketing, des mécanismes d’audience, des emballages vendeurs sont des outils formidables au service des producteurs d’information. Mais la question essentielle est : pour quoi faire ?

Pour générer du trafic, de l’argent. Bien sûr, les entreprises de presse ne sont pas philanthropiques et leur survie conditionne aussi la vivacité du débat démocratique. Raison pour laquelle ils sont subventionnés par l’Etat et les citoyens.

Mais tout est question d’échéance. Pour vendre sur la durée, faire du trafic n’est pas un objectif suffisant. Il faut aussi créer un lien avec le lecteur. Et ce dernier repose sur le sentiment que d’une part les médiateurs-curateurs sont compétents, mais aussi qu’ils nous veulent du bien, qu’ils cherchent à nous rendre service, et pas seulement à court terme.

D’où la nécessité de ne pas trop abuser des martingales marketing qui jouent sur un axe temporel réduit. Créer du lien prend du temps, demande des investissements importants et exige de ne pas tomber dans la facilité.

Comme celle de se ruer sur le premier buzz venu pour en tirer un éphémère profit. Ou exagérer les vertus d’un concept, intéressant mais ni neuf, ni vraiment révolutionnaire.

La curation est le symptôme d’un mélange où l’emballage l’emporte sur le fond et où précisément le journalisme passe un peu trop de l’autre côté du miroir marketing. Au détriment du sens, justement qu’il est censé défendre. Tautologie amusante si elle n’est pas contagieuse…

Cyrille Frank

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Crédits photo en CC via Flickr.com : ©philoufr Mr-pan karthicliks

22 comments

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  • eric

    Bravo pour cet article qui décrypte fort bien les enjeux liés à ce nouveau buzzword.

  • On a beau être dans le marketing, on vous soutient à 100%, on fera d’ailleurs référence à votre billet sur notre blog. Franchement, votre analyse est juste et fait beaucoup de bien, on en a un peu marre de « ces vendeurs de pelle » qui prennent les internautes pour des ‘truffes’. Encore bravo !

  • Bravo pour l’article
    Une tarte à le crème pour se fare voir dans les conférences inutiles.
    http://www.kweeper.com >> social-heapcasting depuis 2008 !!!

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  • Tu poses bien le problème quand tu parle des « vendeurs de pelles ». En fait, à mon avis, les vendeurs de pelles n’emploient pas le mot « curator » dans le sens exact.

    Je crois avoir été un des premiers en France à signaler ce terme sur mon blog, bien avant que les outils dont on parle aient été créés (je précise que je n’ai fait que signaler ce terme, au fil de mais lectures, rien de plus!).
    A l’époque, il y avait, je crois un article de Steve Rubel, qui doit avoir été le premier à en parler (http://www.micropersuasion.com/2008/02/the-digital-cur.html). Le sens était clair: c’était des « commissaires d’exposition » du web.

    Pour les « vendeurs de pelle », la curation c’est juste remixer du contenu, mouliner ce qui a déjà été mouliné. Et, entre nous, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas dire que le meilleur outil de curation c’est Facebook.

    Quant à l’omniprésence du marketing, elle est indiscociable de l’outil Internet, maintenant. Alors que les pionniers étaient plutôt des scientifiques, ce sont maintenant les pros du marketing qui occupent le terrain. Cette évolution était-elle nécessaire? Je ne sais pas, mais il faut avouer que le marketeux a cet avantage sur le journaliste, par exemple: il sait mieux se fondre dans le décor, et dissimuler ses effets rhétoriques.

    • Merci Eric pour cette référence, tu as en effet trouvé semble-t-il la source originelle 🙂

      Oui « commissaire d’exposition » est plus français que « conservateur d’exposition » ! Sur le fond la racine est éloquente je trouve et à tout le moins évocatrice. Elle participe de ce sentiment global que notre société est malade de l’information.

      Comme je le dis, le concept de « curation » n’est pas vide. Il a le mérite de mettre en lumière les bonnes pratiques de la médiatisation, qui consistent à produire un maximum de sens le plus efficacement possible. Sa récupération excessive par les gens de marketing tend à le vider de sa substance cependant.

      Mais ce sujet ne m’a intéressé finalement que dans la mesure où il révèle un déplacement des pratiques journalistiques et des médias vers ce terrain. Déplacement qui mal contrôlé peut nuire au métier.

      Traditionnellement en presse, les producteurs d’info sont isolés de la cellule marketing et de l’éditeur. Pour permettre aux producteurs de contenus de se concentrer sur le fond, quand les marketeux soignent la forme, l’emballage et donc la diffusion.

      Avec les nouveaux outils Internet les frontières s’effacent. Le marketing a qui a toujours existé en presse, est aujourd’hui aux mains des producteurs d’info eux-mêmes. Ce qui est bien dans la mesure où cela permet de mieux connaître et comprendre son lecteur et redonne aux rédacteurs du pouvoir.

      Mais cela peut aussi conduire à verser encore plus dans le racoleur, la démagogie, le suivisme opportuniste… Chaque journaliste doit désormais devenir son propre Editeur et définir les limites qu’il ne doit pas franchir : dans le choix des sujets et des angles, mais aussi la rédaction des titres, la formulation du propos… Mon propos était d’appeler à une certaine vigilance sur ce point.

      Que la blogo-twittosphere visible soit entre les mains des experts marketing ne me pose pas grand problème. 🙂

      Amicalement

  • Hello Cyrille,

    je te rejoins largement dans ta première partie. Je trouve que ces concepts et autre sérendipité apportent au final une très faible valeur heuristique : ce sont en eux-mêmes déjà des concepts marketing, des beaux emballages qui ne nous apprennent pas grand chose sur un phénomène qui existe déjà.

    Pour ton analyse du rapprochement marketing / information, assez d’accord également. Mais après, cela reste un choix éditorial avant tout je pense : un Paris Match n’est pas un Le Monde. On peut dire d’un certain sens que les magazine People adoptaient déjà des techniques marketing : couleur flashy, titres provocateurs… aujorud’hui ,effectivement les techniques ont changé : on utilise les #buzzword à la mode, on SEOise sont titre et son contenu….

    Après, évidemment, je ne vais pas nier l’évidence : le maketing envahit bel et bien le monde de l’information comme tu le soulignes. Le marketing vend des marchandises et l’information est devenu une marchandise à la mode, l’eldorado de notre temps. Le vrai problème est peut-être plus global, à chercher du côté de l’hypercapitalisme où nous dit Raoul Vaneigen : « le stade parasitaire de l’économie est atteint lorsque la valeur d’usage tend vers zéro et la valeur d’échange vers l’absolu. »… pour verser dans le situationnisme… 🙂 What do u think ?

    • Bonjour Anthony,

      Oui le marketing en presse n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est la fusion des métiers au sein des entreprises de presse. Le rédacteur devient aussi SR et aussi éditeur, pour sa fonction marketing et diffusion.

      Les outils le permettent, la concurrence l’exige, les moyens économiques se raréfient et tout cela conduit à créer des journalistes multi-polyvalents à qui l’on demande d’être leur propre rédacteur en chef (juge et partie).
      C’est cela qui est délicat et qui selon moi a conduit à certains excès, comme au Post par exemple.

      Sur le fond oui je pense que tu as raison, l’invasion du marketing est une conséquence directe du capitalisme exacerbé et j’aime bien la référence 🙂

  • Cyrille, tu ne déclenchera pas la tempête que tu annonces car ton article est pertinent et honnête: tout en mettant un petit coup sur les exploitants de buzz-word, tu reconnais d’une part que les pratiques dénoncées ne sont pas nouvelles (fusion info – marketing), et que d’autre part elles sont nécessaires – toi même y faisant appel. Respect.

    En tant que vendeur de pelles cité dans ton article je souhaite apporter une précision: tout le monde expose son opinion sur ce qu’est la curation, son existence déjà ancienne et l’inélégance du mot – légitimement. Un autre angle me semble aussi intéressant: pas la motivation à en parler, mais la motivation à le faire; la finalité. Pourquoi un internaute voudrait être curateur, ou commissaire d’exposition de contenu web? La curation n’est pas une fin mais un moyen.

    Notre angle dans Scoop.it est tout simplement de baisser la barrière à l’expression. Je n’ai pas nécessairement le temps, ni le talent, de tenir un blog de qualité sur mes sujets de passions (dans mon cas, le violon, le jeu de go; pour d’autres le développement durable, les média sociaux, les voyages au Vietnam; à l’infini de la richesse humain). Et pourtant je désire m’exprimer, partager. Alors j’organise mon meilleur du web sur mon sujet, avec subjectivité et passion, et je le partage. Pour les auteurs des contenus choisis, c’est une exposition additionnelle, pas moins gratifiante ni plus éphémère que d’avoir été trouvé par SEO. Pour mes lecteurs, c’est un média homogène et riche. Pour moi, un moyen d’échange.

    Scoop.it fournit tout simplement les outils (les pelles, sans doute?) pour faciliter ce tri, cette édition (j’édite, j’ajoute mon style, ma mise en scène) et ce partage. Sans prétention d’avoir inventer l’écriture, mais avec l’ambition de rentre l’expression et le partage, sur la base de la passion et non du SEO, accessibles à tous.

    Juste trois exemples de média ainsi créés par des passionnés:

    http://www.scoop.it/t/violins
    http://www.scoop.it/t/special-needs
    http://www.scoop.it/t/coveting-freedom

    • Bonjour Marc,

      Ah je me sens toujours un peu gêné de critiquer ceux qui font, qui agissent et innovent comme vous. Là n’était pas mon objectif et le terme de « vendeur de pelles » sonne un peu dur, même s’il résume bien l’activisme des vendeurs de rêve, du e-commerce facile à l’UGC généralisé.

      Oui je n’ai pas traité du fond mais seulement de l’emballement médiatique du buzz-word. Comme je l’évoque rapidement, je me félicite de la redécouverte des bonnes pratiques de sélection, vérification, mise en valeur de l’info. Comme des nouveaux outils permettant comme le vôtre de faciliter l’accès à la production intelligente de sens. (les exemples fournis sont en effet convaincants)

      Tout comme Apple et Adobe a donné accès dans les années 80 à un plus grand nombre aux techniques de production graphique, via la PAO.

      Mais, ces illustres prédécesseurs ont abaissé le seuil d’entrée, ils ne l’ont pas effacé. Ceci pour dire qu’aucune technologie, aucun outil aussi parfait soit-il ne peut lutter contre les facteurs structurels : taux d’équipement, niveau socio-culturel, temps disponible…

      Ceci pour contre-balancer certains emballements et utopies web 2.0 qui diffusent ici et là… J’essaie d’avoir une approche équilibrée, ni totalement béat, ni complètement critique. Même si le ton que j’emploie est un peu accrocheur, mais vous savez pourquoi … 🙂

      Très bonne continuation !

  • Assez d’accord sur le fait qu’il n’y a rien de nouveau là-dedans, et qu’il n’y a que réappropriation et renommage de phénomènes anciens.
    Pourtant, il me semble que l’on peut appliquer cette logique à tous les phénomènes du web.
    Qu’il s’agisse de dsérendipité, de curation, de transmedia, de crossmedia…
    Tout ça n’est que phénomènes existants qui ont pris une dimension autre grâce à la multiplication exponentielle des connexions et du potentiel de diffusion permise par le web 2.0.
    Ces phénomènes que nous vivions déjà prennent une ampleur telle qu’on les redécouvre sous un autre jour.
    Mais dans un mois on ne parlera plus de curation, car ce ne sera plus « bath' », et pourtant le phénomène continuera de vivre naturellement.

    • Bonjour Fredouat,

      Oui les médias immédiats y sont pour beaucoup, mais aussi car leur principaux utilisateurs viennent du monde marketing, experts en gonflement de concept.

      Ayant travaillé en agence de publicité, j’ai pu voir comment cela fonctionne. Il y a d’ailleurs un phénomène qui ne tient pas à la simple « arnaque » intellectuelle, mais à une stratégie d’adaptation de survie.

      Le client ne paie pas pour une simple idée, aussi géniale soit-elle trouvée sur le coin d’une table, ou en prenant sa douche le matin. Il acceptera plus volontiers en revanche de lâcher une somme conséquente pour un dispositif de réflexion étoffé, comprenant schémas, déclinaisons en cascades, visuels et gros pavé d’analyse sémantique et autre territoires de marque…

      Le gonflement conceptuel artificiel tient donc aussi à ce besoin de justifier l’aléatoire, l’intangible, l’incompréhensible : l’idée.

      Déformation professionnelle qui s’exprime aujourd’hui sur Internet…

  • Suis d’accord Cyrille. Un bon article qui pose une problématique concernant l’abus des BuzzWord. Suis en même temps partagée : il ne s’agit pas de nouveaux métiers; en revanche on ne peut pas renier un changement de posture par l’utilisation de nouveaux outils. Mon pb avec les journalistes qui évertuent à casser du sucre sur les acteurs du Web ; est de distinguer ce qui relève de l’analyse « objective » de la subjectivité impartiale qui prend le chemin du déni = « vendeur de pelles » (ça sent l’aigreur, non ,!)

    • Bonjour Fadhila,

      Non, non, aucune « aigreur » 🙂 C’est l’image qui me semble la plus proche de ces marchands de rêve qu’étaient les bricaillers de l’eldorado.

      Je suis issu du monde de la publicité, même si je l’ai quitté pour embrasser celui du journalisme. Mouvement inverse à celui habituellement réalisé et qui relève sans doute de la motivation qui s’exprime aujourd’hui : ce rejet d’une certaine superficialité, de l’artifice et gonflement conceptuel.

      Mécanisme que je décris dans le commentaire ci-dessus et que j’ai pu vérifier dans l’agence immortalisée dans « 99 francs », Young &Rubicam, pour ne pas la nommer.

      Ma vision est par définition subjective, et ma seule façon de la défendre est d’y apposer des arguments qui peuvent certainement être mis en difficulté par des contre-arguments. J’aurais bien écris « l’objectivité journalistique n’existe pas », mais ce papier a déjà été écrit…

      Quant au déni… Oui, d’une certaine représentation du monde. Je ne crois pas à ce que je considère comme des utopies web 2.0 ou technicistes. La ligne conductrice de mes papiers est de remettre le social au centre : les contraintes socio-économiques passent avant les potentielles vertus technologiques qui servent les catégories les plus favorisées (du moins dans un premier temps)

      Mais je suis également un fervent défenseur de ces nouveaux outils. Simplement je pense que s’ils sont utiles, ils ne sont pas suffisants pour répondre à nos désirs d’utopie.

      Avec quelques petits coups de griffe quelquefois sur ces excès d’optimisme, pas toujours désintéressés. Mais, je ne tape pas toujours sur les mêmes, et j’ai pris aussi la défense de Wikileaks contre ceux qui dénonçaient le culte de la transparence.

      Mais ce qui m’a intéressé et a justifié que je prenne la plume, ce ne fut pas la dénonciation simple d’un phénomène banal d’emballement grégaire. Mais ce que cela révèle des modifications profondes de nos métiers d’information; Avec les atouts que je reconnais et approuve, mais aussi les risques. C’est cela le coeur de mon propos.

      Cordialement

      • Bonjour Cyrille , merci d’avoir répondu avec autant de précisions. Je suis d’accord « l’objectivité » n’existe pas voire elle peut être contre-instructive. Les mots… les mots .. et le marketing. Les mots servent autant le sentiment d’appartenance que l’exclusion. Il est vrai que le marketing invente régulièrement des mots pour pointer un phénomène déjà existant ou pour rhabiller une tendance. Ceci étant concernant le Web 2.0 (outils, usages et comportements) s’il est vrai que la technique existait, que les usages correspondent à des comportements tribaux et anciens … les services et autres applications permettent de les mettre en exergue. Autant l’utilisation de nouveau Buzz Word est agaçante… irritante même car elle s’inscrit dans des effets de buzz & de masse ; autant elle ouvre des discussions. Comme un effet d’entonnoir elle pointe un usage en particulier.
        Nous ne pouvons pas renier les changements culturels, organisationnels et structurels ; comme nous ne pouvons pas écarter le fait que tous ces nouveaux services servent de caisse de résonance à des pratiques anciennes qui trouvent un terrain d’expression exponentiel. Les organisations changent (décloisonnement des tâches), les métiers évoluent (triple famille de métiers pour un poste), les usages également…. avec disparité.
        Toutefois, je suis autant agacée par les propos comme « rien à changé » que par les « … est mort » qui symbolisent à mes yeux un esprit binaire. Peut être que nous pouvons y voir également un effet « d’électrochoc » .
        slts 🙂

        • Merci Fadhila pour ces long et beaux échanges 🙂

          Nous avons donc la même démarche d’équilibre. Je cherche juste une solution intermédiaire entre utopie et négativisme.

          Il est vrai qu’à choisir, je préfère ceux qui font et se bougent quitte à ce qu’ils soient un peu trop optimistes, que le contraire. Mais parfois les idéaux déçus peuvent se retourner aussi en excès inverses. D’où ma propension à dénoncer certains excès d’optimisme technologique.

          D’une manière générale, je suis adepte de la complexité. Mais voilà quelque chose qu’il est difficile de transmettre par définition. Les techniques marketing y aident, comme les phrases « choc » des philosophes.
          Ex : « le hasard n’est pas l’absence de nécessité, mais l’ignorance de la nécessité » – condensé d’intelligence et de complexité intellectuelle de Spinoza qui prend une forme un peu « accrocheuse ».

          Ce qui prouve bien que je n’ai rien contre le marketing en soi. Juste un peu d’ironie contre certains excès…

          A bientôt !

  • Pascal

    Un regard extérieur au journalisme et autre spécialités liées à la communication et au marketing : la situation donne l’impression d’un individu réduit à son statut de consommateur traqué, harcelé et essoré pour que la machine tourne pour la seule raison qu’elle doit tourner indéfiniment sans qu’on ne sache plus très bien au service de quelle finalité humaine !

    D’ailleurs on ne sait plus très bien où se trouve l’humain dans ces approches qui visent à une standardisation toujours affinée et renouvelée d’un prospect étudié sous toutes ses coutures et qui devient un produit culturel formatable et formaté !

    La limite est ténue entre l’étude qui permet d’adapter le marché aux besoins identifiés et la campagne qui vise à adapter l’individu consommateur aux besoins de débouchés du marché …

    Cordialement Cyrille

    • Bonjour Pascal,

      Oui, je vous suis sur la marchandisation exacerbée de l’être humain… Au final si je tire le fil de l’évolution de nos sociétés depuis une vingtaine d’année, je vois comme l’un des facteurs structurants, l’augmentation de la compétition liée à la mondialisation des échanges.

      Standardisation culturelle et des modes de vie, marketing exacerbé (Debord avait déjà très bien décrit cette société du spectacle)… Pour ne parler que des points négatifs, auxquels je ne réduis pas cette ouverture toutefois…

      L’interconnexion des économies a un avantage immense qu’on oublie souvent : elle limite les sources de conflit armés entre puissances liées par des intérêts communs.

      Il est vrai que la mondialisation génère en retour d’autres sources de conflit (comme les bouleversements culturels au moyen-orient qui génèrent des résistances traditionnelles fortes, s’exprimant via le terrorisme notamment)

      Mais cela est un tout autre débat…

      Cordialement

  • GP

    Merci pour ce « wrap up » d’une tendance on ne peut plus lourde… voire lourdingue.

    Allez savoir pourquoi, depuis que ce petit nouveau est apparu sur le marché des mots (« Content Curation »), je ne peux m’empêcher de lui accoler « Waste Management ». L’équivalence « Content Curation = Waste Management » tient-elle la route? La réflexion suit son cours, au gré de mes automatismes langagiers.

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