Valideur de données bibliographiques

Valideur de données bibilographiques

Valideur de données bibilographiques

– De toute évidence vous n’avez pas checké votre mémoire avec Bibliographic Validation System (BVS).

– C’est plus qu’une évidence, vu que je refuse d’utiliser ce machin là !

– Je sais… je sais… et vous n’êtes pas le seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’on me paie.

– Plaignez-vous ! Au moins grâce à nous, vous avez un travail.

– Ouais ben c’est pas pour ce que je gagne, hein ! En tout cas j’ai passé votre mémoire dans la moulinette et plusieurs références bibliographiques ne matchent pas avec les standards de l’Institut des Savoirs Officiels (ISOF).

– Et c’est grave ?

– Pour moi non. Mais pour vous, ça veut dire que je ne peux pas transmettre votre travail à votre directeur de mémoire.

– Y’en a combien ?

– Le système en a dénombré trois.

– Trois ? Vous allez me faire des misères pour trois pauvres références non indexées ?

– Je n’ai pas le choix. C’est la procédure.

– La procédure ! La procédure ! Le monde n’a-t-il donc que ce mot à bouche ? C’est du grand n’importe quoi ! Collabo va !

– Hey ! Oh ! On se calme ! Hein ! Moi je ne suis qu’un intermittent du savoir. Vous croyez que c’est drôle de se faire remettre dans les dents cette vieille polémique à longueur de journées ? Je n’y suis pour rien moi si face à la démultiplication exponentielle des connaissances, il a fallu clarifier, dégraisser, écrémer, épurer, standardiser les savoirs.

– Bon c’est quoi les articles incriminés ?

– Ben le premier c’est un lien vers un blog. Un certain @cyceron

– Hey oh ! Faut pas pousser ! Le mec est un journaliste scrupuleux qui a forcément croisé ses sources.

– Ouais ! Je veux bien sauf qu’il se permet un article de 7500 signes. On a jamais vu un toupet pareil. Si tout le monde faisait comme lui, je vous raconte pas les Tera millions de Giga octets qu’il faudrait pour archiver toutes les connaissances. Ni le temps qu’il faudrait à un humain pour les assimiler. Moi je la comprends cette limitation, on a du passer la licence à 5 ans, le master à 9… Fallait bien que ça s’arrête un jour.

– Oui mais quand même vous conviendrez que son article a été lu 85000 fois, qu’il obtient une note de 4,5 avec un résultat aux tests d’inférences statistiques qui avoisine les 96 % d’après un panel représentatif de la Market Your Life (MYL) et qu’il a été retwitté près de 47500 fois… Si ça c’est pas un indicateur de pertinence, je me demande ce qu’il vous faut.

– Même…

– Pis le gars il a son entrée dans Wikipédia !

– On s’en fout qu’il soit brillant le gars ou que ce soit vrai ce qu’il raconte. Le problème c’est qu’il ne respecte le standard et en plus il développe plus de deux idées dans le même article. C’est INLISABLE et c’est INTERDIT. La norme est pourtant claire : un article ne doit prendre plus de 2 minutes 25 à lire pour un cerveau avec un indice de confiance au moins égal à 54. C’est la loi !

– Et vous vous avez ?

– Euh ! 57 ?

– Oh ben ça, ça explique pas mal de choses.

– Oh ben elle est facile celle-là ! Moi j’ai été élevé sans Wifi… je viens de la base moi Monsieur !

– Ouais moi je dis que ça sent le coup fourré et que tout ça c’est juste parce que le gars il fait pas dans l’orthodoxie, ni dans la lèche à l’air du temps… pour rester poli !

– J’en sais rien moi… j’ai juste passé votre truc dans la bazar. J’ai pas d’avis à donner… mais quand même je pense que la multinationale qui finance le labo de recherches ne va pas voir ces avancées en pensée dissidente d’un très bon œil. Enfin moi ce que j’en dis… de toutes façons, c’est le comité D-TIC qui décide de ça…

– Le comité d’éthique ? Mwouais…

Paris, 5 octobre 2030

Ce billet est l’œuvre de Vincent Bernard aka Vincnet_B sur Twitter

Longtemps chef de projet en ingénierie de l’information, Vincent se consacre aujourd’hui pleinement à sa carrière d’auteur à la petite semaine. Penseur indépendant et quasi-autodidacte, il s’intéresse de près aux savoirs embrayés, à ce qui se découvre au jour le jour et au fil des échanges. C’était donc tout naturel qu’il s’invite sur médiaculture.

A savourer sans data-restriction sur Welovewords et Feedbooks

Crédit photo via Flick’r @brancolina
La série des « jobs du futur »

3 comments

  • Vincnet_B

    Ouh !!! Ce billet est mon œuvre !!! 🙂
    Merci Cyrille de m’inviter sur médiaculture.
    C’est une belle piste de réflexion que tu nous proposes avec tes jobs du futur.

    • Merci à toi Vincent pour cette nouvelle drôle et bien vue… L’intelligence collective n’est pas toujours une escroquerie démagogique à fins d’instrumentalisation du populaire. Suivez mon regard… 🙂

      • Vincnet_B

        Je crois qu’il ne faut pas confondre intelligence collective et échange de bons procédés.
        La supercherie de l’intelligence collective c’est qu’on essaie de nous faire croire qu’elle est totalement désintéressée… c’est complètement faux et les moins dangereux seront certainement les plus cyniques…
        Et en plus, elle est totalement dépourvue d’humour… A mon avis le net ferait mieux de rester un vaste terrain de jeu. 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *